‹ [Opuscules philosophiques] (volume 3)Chapitre 6 sur 16 · L. HACHETTE · texte numérisé non relu

L. HACHETTE

Ulwaire do l'UltfTenlté rofato d« FranM,

MB PlKEMMAaAAZlil y €3.

VAcqnunl vas uasawiSi

DISCOURS lyOUVERTUIŒ

DOGOURS

DE L'ANNÉE SCHOLAIRE 1841-1842,

Sun CETTE QUESTION

S'U y a ImoMitalité do l'âaM , «mU» doit «cre cette iflunortalité 7

Messieurs,

Depuis près de quatre ans qu'appelé à cette chaire, j'ai commencé, et continué, sans être près de le finir, le cours dont le beau sujet m'attache de plus en plus, le moment serait peut-être venu de Taire un retour avec vous sur ce long enseignement , et d'en rapprocher, en les coordonnant, les principaux résultats; et j'aimerais, je l'avoue, à revenir sur ce passé, pour vous reparler des grands noms qui nous ont occupés et vousredire sommairement l'histoire de leurs idées,

loujours d'un si haut iniérêt quand on y voit ce qu'il faut y voir, le tableau de Tavénement de la libre pensée moderne régnant enfin d'un droit qui ne se peut plus contester, celui du génie joint à la règle et de la force puissante par la méthode. J'aimerais également, après vous avoir rappelé nos études achevées, à vous présenter une esquisse, et comme un premier crayon, selon une expression de Descartes, de nos études à poursuivre; à vous entretenir de mes projets comme à vous retracer des souvenirs.

Mais, Messieurs, j'ai avec moi-même comme un engagement déraison qui me détourne de ce dessein, et m'oblige à reprendre, pour en suivre le développement sous un point de vue nouveau , une doctrine que l'an dernier je ne pus vous exposer qu'en partie.

En effet , si vous me permettez de vous rappeler le discours dont elle fut le sujet, et d'en citer ce passage, qui le résume en quelques mots: « J'ai, ce me semble , prouvé que l'âme est immortelle d'abord si, par sa nature , elle est simple et incorporelle, non mortelle par conséquent à la manière du corps, par conséquent aussi apte à toute espèce d'immorialité; si ensuite ici-bas, et c'est là mon principal argument, son destin est l'épreuve, et que Tépreuve soit continuelle, suffisante ou insuffisante, bien ou mal acceptée »; si, dis-je , vous nie permettez de vous le .rappeler par ce passage , vous y reconnaîtrez avec moi une première solution qui en appelle une seconde, une conclusion .qui. en veut i,iiie autre , un conriniencemcnt qui attend sa fin. Do quoi s'agit il en effet? De la i)rcuve de l'immoitalir

lé ; mais rimniortâlilé peui êlre prouvée, démon* trée comme devant être, sans être encore poar cela complètement expliquée ; et dans la question générale de Texistence future , après celle de la réalité, il y a celle du caractère et du mode de cette existence : or, comme j'ai d'abord essayé de traiter la pre^ mière, c'est un motif et une obligation pour moi de traiter aussi la seconde , afin d'embrasser dans son ensemble un des sujets les plus graves et en môme temps les plus délicats que puisse toucher la philor Sophie.

Il Test même à ce point, que, pour justifier à mes yeux le choix que j'en ai fait , j'ai eu besoin de nie dire qu'il m'était comme imposé, et qu'en bonne conscience logique, après avoir établi, dans une première discussion , que l'âme est immortelle, je ne pouvais pas me dispenser de rechercher, dans une seconde, quelle est sa manière d'être immor^ telle ; que je ne le pouvais pas , sauf toutefois à TOUS faire connaître. mes scrupules et à vous prier de me tenir compte des embarras dont ils témoignent. Vous parler en effet. Messieurs, de l'état ;de l'âme dans l'autre vie, de notre temps, dans cette chaire , en philosophe, et non en prêtre , sans l'au*torilé ou le charme puissant de la religion ou de la poésie ; vous proposer, en une matière plus familière à la foi qu'à la raison et à la science , des conjectures qui , sans trop s'avancer, aillent cependant assez loin et puissent avoir quelque précision sans d^ venir arbitraires, n'est-ce pas un peu téméraire. Messieurs , et refuserez-vous de me croire si je vous avoue que ce n'est pas sans une certaine hésitation

que j*di tenté un pareil essai? Ex cependant iséhi est si vrai, que J*ai bien pu me hasarder â vous lire quelque chose sur cette question , mais que je n'aii^ rais pas pris sur moi de vous en entretenir oralement, tant elle me paraît une de celles qu^on doit le plus craindre de commettre soit par la manière dont on tes résout, soit par la forme sous laquelle on en présente la solution. Cest pourquoi je vous le déclare sans vaine précaution oratoire, il m'est nécessaire de compter auprès de vous , au début de ce dis* cours, d'abord sur cette bienveillance de cœur qui , je Tespère , ne me manquera pas ; mats ensuite^ et surtout, sur cette sympathie dMntdKgence qui s'accorde moins facilement, et que je réclame néan*moins, afin d'avoir la confiance que, toute liberté d^opinion réservée, comme de juste, vous serez ^ pour ainsi dire , de moitié dans les pensées que je vous exposerai , par les bonnes interprétations que irons voudrez bien leur prêter.

Du reste , si ces régions que dous allons aborder sont , au premier aspect, couvertes d^une sainte ob« Beurilé, elles sont en même temps si élevées , que^ pour peu que quelques rayons de lumière y pénètrent ^ en éclairent et en marquent les larges et profondes perspectives, elles charmeront sérieusement noire esprit par tout ce qu^elles lui offriront de divin à contempler et à comprendre. Elles peuvent être mystérieuses, mais elles ne sont certainement pas arides; et l'humanité ne s*y est pas trompée lorsque d'flge em âge elle en a fait l'objet le plus coiislantde ses désirs et de ses espérances. Ne craignons donc pas de les visiter, et , si Ton veut même te d re ,-de nous

5 aventurer ; et sachons que philosopher n^esl pas noh plus toujours chercher la vérité terre à terre et à l'é^ irott , mais aussi au loin et dans l'espace , par delà ce monde visible , qui après tout n'est pas la limite et le dernier terme de nos idées. Seulement n'oublions pas que philosopher, même alors , ne doit jamais être qu'appliquer avec régularité et liberté les forces de son intelligence à la solution de questions avouées par la raison.

J'ai besoin d'ajouter que, tout en traitant cette niatière avec le soin qu'elle exige, je n'ai cependant pas l'intention de lui donner les développements qu'elle pourrait recevoir dans une dissertation plus approfondie. }e n'en toucherai guère que les points les plus généraux et les plus accessibles, et même je n'y insisterai qu'autant qu'il le faudra pour amener et justifier quelques réflexions ultérieures que je tiens surtout à vous proposer : car raisonner de la vie future est bien pour moi un but , mais c'est aus* si un moyen ; et si cet avenir vaut la peine qu'on le considère pour lui-même, il n'est pas noii plus inutile d'y penser en vue du présent , qui , vous en conviendrez , est assez grave pour mériter d'être l'objet d'une sérieuse méditation .

Et maintenant que vous connaissez, Messieurs, mes sentiments et mon dessein , je commence j et, pour commencer régulièrement et avec ordre, je vais d'abord , en deux mots , vous indiquer ma mé- 1hode«

Je prendrai pour accordé ce que je crois avoir en eflet établi, dans mon discours de Taç dernier, savoir : Que, comme répreuve est la condition de la

TÎe présente y la justice ou la cessation dél'épreuTe, selon le droit , est celle de la vie future.

Je ne ni*occuperai donc pas de la justice pour la prouver, puisque je l'admets, mais pour Texpliquer et déterminer en quoi précisément elle consiste, et afin d'y mieux parvenir, je jugerai de ce qu'elle est d'après ce qu'est l'épreuve elle-même, dont elle est l'opposition ou la profonde modification.

Et comme, ainsi que je Vai montré, quand l'âme est éprouvée, elle Fest de certaines façons ; qu'elle Test dans son intelligence, dans sa libre puissance , dans son corps, dans ses biens, dans les âmes qui lui sont chères, dans tous les moyens dont elle a besoin pour accomplir sa destinée, j'aurai à rechercher si , quand elle cesse de TéUre , et qu'elle passe providentiellement de l'ordre de l'épreuve à celui de la justice, ce n'est pas sous des rapports jusqu'à un certain point analogues qu'elle est récompensée ou punie , béatifiée ou damnée.

Et si, dans cette suite d'inductions tirées par voie d'opposition de la vie présente à la vie future, je ne m'écarte pas de la vraisemblance, peut-être à la fin aurai-je indiqué , au moins d'une manière générale , quel devra être l'état de l'âme dans le nouveau mode d'existence auquel elle sera appelée.

Je ne veux raisonner de la justice qu'en vue de l'épreuve, qui l'explique. Je dois donc avant tout rappeler ce qu'est l'épreuve. Or, pour le dire en deux mots, car je ne crois plus avoir besoin de me développer à cet égard, l'épreuve consiste à la fois dans la difiiculté et dans la douleur : dans la difiiculté, en ce qui regarde Dieu , puisque c'est de lui que nous

TiemieAl to lAMftdes de tout gmwe qai iimilaDl et ^1 mèmelfflipft exdtrat notre activité ; dans la don* leur, en ce* qui nous regarde, paÎ3que c'est par le {sentiment que nous avons de ces obstacles que nous souffrons de. notre ÊdUesse et que nous désirons la Élire cesser. Elle est dans la diflBculté et la douleur, avec la perfection pour fin au moyen du libre effort, et au prix du mérite et de la vertu.

Qu'est-ce que la justice, par conséquent? Cessa* tion de Tépreuve , elle n'est plus, du moins sous une de ses (aces , la rémunération (la seule que je considère ici, je parlerai plus tard de l'autre), la difficulté et la douleur ; elle est la facilité et la douceur; elle est la suppression de l'obstacle, et de l'impression qu'il fait sur l'âme ; elle est l'absence d'emptehement, ou mieux encore l'assistance, et le bontieur, qui en est la suite ; elle l'est à la condition , et à la suite de la vertu , et avec le caractère de la récompense.

Ainsi, comme présentement, quand nous sommes éprouvés, nous souffrons dans notre intelligence, parce que nous trouvons de la difficulté à saisir, ,k retenir, à posséder la vérité ; comme nous souffrons d'avoir la perception confuse et vague, la mémoire incertaine, l'expérience bornée, le raisonnement embarrassé; comme nous souffrons de Tignorance, du doute et de Terreur, et même de la science , tant elle est toujours pour nous laborieuse et incomplète; quand nous cesserons d'être éprouvés, et que nous serons, comment dirai-je? béatifiés, &its bienheureux, nous n'aurons plus ces faiblesses, ni. par conséquent , ces misères et ces tristesses de Tintelligence.

-»- jW) —

' Nous auroM toiil^ flMUtô eltMtè èôiioécrr k panser; nous aurons, si nous tes ai^ns, le sens tuddé et net, te souvenir âooon![di , la reéherche, soit etnpirique, soit rationnelle , assurée, bu plutôt vraî^ semblaûement , en place de toutes ces facutiés j qui,' si excellentes qu'eltes puissent être, sont toujours celles d'un esprit quelque peu borné et empdetié,nous aurons, à Tîmageet par le don de Dieii, une pure et ample intuition ; nous verrons sdns rel&dhe comme sans détour, saris défaut comme sans traTail, rétemelte vérité qui nous sera dévoilée, et nous Joui^ rons divinement du bonheur t)e la contempler telle que rarement ici-bas nous Taurôns aperçue; nous goûterons dans sa pureté ce plaisir de f entendement qui Élit la perièction comme le ravissement des es* prits , te plaisir de Fétidence.

Mais ce qui peut se dire de T f ntelltgence dans son rapport avec le vrai peut s'en dire également dans Son rapport avec le .beau. En s'élevant de là terre au Cief , la poésie change, coitime la science, dé condition et de caractère : car tandis que sur la terre « même diez les âmes ié mieux douées, elle ne s'échappe que comme une source qui fréquemment se trouble, se détourne et s*arrête j et qui , dans ses jets tes plus heureux , ne coule jamais parfaitement vive, pure et facile; au Ciel, et, si on peut lé dire, chez les saints par le génie , elle abonde en inspirations qui ne fhiissent ni ne s^abàissent; elle est vraiment divine , et ceux dont , dans Fétat d'épreuve , elle a fart le toinment , en l'état de justice elte n'a plus , pour tes affecter, que d'indicibles ftHicitës.

Mais l'homme n*a pas seulement la faculté de l'tntei-

ligenoe» il a aussi celle de ta vohmié» et, dam eelle-ei eomme dans eelte-là , il sera rétniinéré après qu'il aara été éprouvé. Comment le sera^tril? Toa<* jours de la môme manière , c'esl-à*dire toujours par la facilité et la douoeur 7 il aura done aussi , pour prix de ses mérites en ce genre, tonte facilité tt par conséquent toute douceur à vouloir. Devenu saint, il Toudra en saint; H aura les joies de la volonté sans en avoir tes travaux , et même, à proprement parler^ il n*aura plus de vertus ; il n*ainra que des perfeotions. A force de pureté , il sera presque revenu à la simplicité et à la spontanéité de son innocence pre^ m^e, avec cette différence toutefois que, désormais justifié,. il ne sera pkis tenté, mais pour toujours sauvé de péril et de chute, et e*est ce qui fera sa séréiitié et cette divine tempérance qui est comme le repm dans la toroe et le coii lentement dans Fachè* 'vemeiit.

Aussi quand de Finlention il passera à l'action , ce fie sera plus comme ici-bas , où il Riit rarement oé -qu^il veuu Les saints font ce qu'ils veulent; saint Im^ jnôoie^ il le fera comme eux : faire et vouloir seront pour lui une seule et même opération , et le bonheur «qu'il trouv^a à tout vouloir parfaitement se redoi^blera pour lui dans celui de tout faire excellemment y et de ce cêté encore il sera bienheureux.

On doit déjà comprendre comment s'aocompl ra .sur nous cette justice de Dieu , qui , quand nous en serons devenus dignes , changera la difficulté en fatdltté , et la douleur en Ixmheur. Mais ce qui achève de l'expliquer, c'est l'amour que nous avons en nous, avec ta v(rfonté et rinlelligence , et comme principe

ijlii i^éyèloppfjEMnl de l'une et dé l'autee de ces fe^ çaUé$« C'est ppr l'amour, eneflet, que Dieu nous rend sensible à la difficulté , et par conséquent nous éprouve; c'est par l'amour également qu'il nous rend sensibles à la facilité , et que , par suite, il nous ré* compensé. Lors donc que de l'épreuve il nous appel* lera à la récompense, il retranchera de l'amour toutes les affSeçtions qui tiennent en nous au sentiment de la difficulté, comme la douleur, le regret, la crainte, et leurs conséquences , la haine, l'envie , la jalousie et la Y^ngeance, etc. ; il en retranchera même les affeolions qui ne supposent qu'en partie, mais enfin qui supposent quelque impression de Tobsiacle, comme la réjouissance et l'espérance, parce que se réjouir, c'est lavoir été privé et pouvoir l'être encore , et que espérer n'est pas posséder ; il en retranchera tout ce qui n'est pas pure et parfaite félicité, et n'y laissera, en l'absence de toute cause d'inquiétude et dans la foi s^ns bornes à une immuable facilité, que la séré* nité d'un bonheur que rien ne troublera ni n'interrompra. C'est ainsi qu'il nous fera jouir de notre activité tout entière avec une inaltérable béatitude. Aussi peut-on bien dire avec les douces paroles de Fénélon : « Tous les maux s'enfuient loin de ces tranquilles lieux; la mort, la maladie, la pauvreté, la douleur, les regrets, Les remords, les craintes, les espérances même , qui coûtent souvent autant de de peines que les craintes, les divisions, les dégoûts,

les dépits, ne peuvent y avoir aucune entrée..

Seulement les justes ont pitié des misères qui acca- )>lent les hommes vivant dans le monde ; mais c'est ,une pitié douce et paisible, qui n'altère en rien leur

félicité.^.. Leur joie ira rien de folâlrè ni d'indëcënt ; c*est une joie douce, noble , pleine de majesté; c'est' un goût sublime de la vérité et de la vertu qui les trànsporte. Je ne sais quoi de divin coule sans cessé au travers de leurs cœurs comme un torrent de la divinité même qui s'unit a eux ; ils voient, ils goûtent qu'ils sonlhcurcux , et ils sententqu'ils le seront toujours. Dans ce ravissement divin , les siècles coulent plus rapidement que les heures parmi les mortels , et cependant mille et mille siècles écoulés li'ôtent rien a* leur féHcilé toujours nouvelle et toujours entière. » (Télém., liv. 19.)

L'àmôur explique donc la j ustice com me Tépreu ve. Mais lui-même rien ne Texplique-t-il? N'a-t-il pas aussi sa raison? Ne Tâ^t-il pas dans le bien? En effet, qu'est-ce que lé bien, au sens dû moins où il est évidentqu'on doit l'entendre Jei? Il est, quelque nom d'ailleurs qu'on lui donne de préférence , et sous quelque point de vue plus particulier qu'on le considère et qu^on le présente, ce qui eti soi est parfait; il est Vun de certains philosophes, si à Cet tiit ribn ne manque; il est Yétre de certains autres , si cet être est excellent; il est le vrai si dans le vrai il y a le beau, le juste, le saint et le divin ; il est l'ordre pareillement, si l'ordre réunit toutes ces choses; il est Dieu enfin , si Dieu aussi est pris dans toute la plénitude de. ses. iniinis attributs. Oi^ comment à tous ced titres ne serait-il pas l'objet et le principe de l'amour? Gomment , après l'avoir excité , ne le modifierait-il pas diversement selon qu'il se montrerait à lui difficile ou facile? Gomment par conséquent, quand le moment est venu^ selon les

lois delà ju8l|ce, non seulement cle ne le pluftcon^ trarieri oaakr de le prévenir, mais de le nriPj de se dooMT à kii sans détour, bo réiôveraiiril pâs à ce > quin'jufaiiet pag nième la réjouissance, pas raqpéraMe, tairt il est le sentinneat dà la pure ol^taalffapeasasioii l

Le hîaR eiptifM dosa Paoïûiir , eomoie l'amour la félicité,, ei la fétiaîai^eilMQéaM lequel Dieu, après mua a(wr éprouvés ^^ nousudooiie toute (acUiié pour accoaapKr nalreàtttteâe« . Telle est dans sa généralitô la sohitea èa fat question que je me suis proposé de traiter. .

Mais s'il était nécessaire de s'élever, it ne finirait cependant pas se borner à cette généralité, et it f a certains points particuliers, qui en dépendent et q«î s'y rattachent , qu'on ne saurait négliger.

Ainsi comment ne pas se demander s'il n^y aura pas dans l'autre vie quelque chose, permoUea*moi de ne pas employer un autre mot, pour ne pas trop m'avan* cer^ quelque chose qui , de la même manière que la nature en eelle-ci, sera aussi pour Dieu un moyen d'agir sur nous par impressions et mouvements , et de contribuer ainsi à nous rendre notre destinée plus facile et plus douce? Un certain système de forces lui sertici4)as à nous éprouver : pourquoi un système analogue, quoique avec un autre dessein, ne lui ser* vipalt-il pas à nous récompenser? L'affirmation est délicate , je le sais , et embarrassante, mais elle n*est pas cependant sans quelque probabilité et sans quelque vraisemblance.

Et d'abord , s'it^îst cert«nin que l'àme n'aura phis en cet état le corps , dout en effet la mort l'aura

dégafgée» n'aiira4-^Ite riea d'é^uivalenit N'aura4ir elle pas, comment dirairje^ d'autres appareils de irie, qui, à la différence de ceuiL dont elle est présente* ment plus empècbéequ'aidee» loi seront a» eoiiûam d'nn merveilIeux^ seeoiu» et 'yami^ oa obstadeT M'aura-t-^lle pas des seau oottveawi ptas wMS^A plus purs? de nouveaux ocgams ykm vomamuf tout un mode nouveau cie^ pe»oep6om ei d^aciions qui lui sera donne sai» kss besoin, le» infirmités et los^ Aiiblesses , aiaqueUes-dte est sujette sur U terre) En dépoffiàant l'homme ne revâUra4-elIe pas l'angef n'en auraH-f He pas l'enveloppe, la divine apparence, la pureté , là puissance , et , si Ton peut le dire , cette mystique santé , qui se confond avec la beauté, et témoigne de la béatitude?

N'aura-t-elle pas aussi ses cieux, son air, sa lumiè^ re, tout.ua monde à souhait ordonné pour son repos , doux refuge de ses misères , lieu de paix et de félicité, saint théâtre de la justice et de la miséricorde de Dieu? Qu'affirmer, je ne sais trop, et en quels terpfies, je ne lésais pas mieux; mais quand je redis des paroles telles que celles que je vais citer, Je trouve que , sans contrarier mon jugement et ma raison , elles satisfont mon cœur, et je les répète comme un chant qui , sans rien exprimer de bien précis à mon esprit, lui fait cependant comme pressentir et rêver la vérité. « Ni les jalousies , ni les défiances, pi lea craintes ,^ ni les vains désirs, n'approchent jamais de cet heureux s^our; le jour n'y finit point, et la nuit avec ses sombres voiles y est inconnue. Une lumière pure et douce se répand autour des corps de ces hommes justes, et les environne de ses

i*ayons comme d*un vêtement. Cette lumière n^est point semblable à là Itimtëre sombre qui éclairé les yeux des misérables mortels , et qui n'est que ténèbres; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumière. Elle n'éblouit jamais; au contraire, elle fortifie les yeux et porte dans le fond de l'âme je ne sais quelle sérénité; c'est d'elle seule que ces hommes bienheureux sont nourris; elle sort d'eux » et elle y entre; elle les pénètre, et s'incorpore à eux comme lès aliments s-incorporent à nous. Ils la voient, ils la sen* tent, ils la respirent; elle fait naître en eux une source intarissable de paix et de joie Ils ne veulent plus rien; ils ont tout sans rien avoir, car ce goût de lumière pure apaise la faim de leur cœur...; ils sont tels que les Dieux. »

Et puisque rien au fond ne répugne à là croyance en cette nature d'un caractère et d'un ordre à part, que Dieu a pu faire pour la justice comme il a fait l'autre pour l'épreuve, qu'y a-t-il d'invraisemblable à supposer qu'il y aura aussi pour les âmes des justes une société d'âmes semblables à elles, avec lesquelles elles vivront dans une divine communion de pureté et de bonheur? Il n'est pas bon que l'homme soit seul, même au Ciel, ajoutcrai-je; et le saint appelle le saint, comme pour se sanctifier encore, et compléter par ce commerce, où nul ne perd et où chacun gagne, sa perfection et son bonheur. La sociabilité est en elle-même un principe ou une condition de bonté et de félicité qui ne saurait pas plus nous manquer dans l'autre vie que dans celle-ci; et, je vous prie, quand pour nous consoler de nos misères pré* sentes nous nous créons en idée quelque utopie

bienheureuse qui les prévienne ou les exclue, que

concevons-nous de meilleur et de plus convenable à

celte fin? Une société d'anges ou d'hommes divins^

auprès desquels nous ne trouvions, pour mieux

accomplir notre destinée, que religieuse assistance ^

douce et pieuse sympathie. Eh bien , c'est une telle

société que Dieu , ce grand utopiste, mais lui infail-.

Vible et tout-puissant , devra composer selon ses vues

aux élus de sa justice, pour achever de les rendre

meilleurs et phis heureux.

Enfin, comme ici-bas l'épreuve des épreuves, celle qui 9 au fond , constitue et comprend toutes les autres, est dans la difficulté que.nous sentons avec une tristesse si profonde de nous élever et de nous unir à Dieu par un acte immédiat d'amour, de même, dans l'autre monde, la justice des justices, celle qui surpassera en quelque sorte et couronnera toutes les autres, devra consister dans une facilité sans limites et sans troubles de vivre avec lui dans la plus étroite^ la plus pure, la plus immuable union , et cette absolue intimité de la créature avec le créateur fera le souverain bonheur de l'une , comme le triomphe , si on peut le dire, et la gloire ineffable de l'autre.

Mais dans tout ce qui précède, vous l'aurez remarqué, j'ai parlé de la justice comme si elle était uniforme et n'avait à s'appliquer qu'à des mérites identiques ; cependant vous comprenez que ce n'est que par hypothèse et pour la simplicité de la discussion qu'elle peut être ainsi considérée , et que, puisque, en réalité, elle doit se régler sur l'épreuve, elle doit être diverse et graduée comme l'épreuve.

Ainsi, et pour abréger, je me borne ici à des

exemples, n'est-M pas conséquent q(ie Thomme d'intelligence, éprouvé comme tel, et méritant comme tel , soit autrement traité dans le prix qu'il reçoit que l'homme de pratique et d'action ; et que ni Fun ni rautre ne le soient comme ces âmes douces et tendres qui ont surtout excellé et souffert dans de purs et saints attachements? A tous il sera accordé, parce que tous en seront dignes, une vie facile eC heureuse; mais à chacun en -même temps selon ses droits et ses besoins une facilité particulière et un bonheur relatif. Tous participeront à la fois, dans une certaine mesure, à la perfection et à la félicité qui seront propres à chacun ; mais ce sera , comme il convient, à des degrés différents.

Chacun aura donc sa vie future çn raison dé sa vie passée; de sorte que quand l'homme d'intelligence, quand le savant, par exemple, qui aura noblement accepté et subi sur la terre toutes les dures nécessités de la recherche de la vérité , en ferait, au temps de la justice, dignement récompensé par une facilité sans bornes à retrouver et à recueillir les plus pures de ses idées, à les approfondir et à les étendre, à les enrichir d'idées nouvelles bien autrement fécondes et claires, et de toutes à se composer cette divine science qui est la vue même de la vérité, de l'absolue vérité, il n'y aurait rien là que de raisonnable.

Quand , de ménie, le poète , après avoir, dans fe présent, saintement et douloureusement dévoué son génie au culte delà beauté, aura enfin satisfait i cette loi de la Providence qui l'a soumis à l'épreuve de l'art , comme l'autre à celle de la science, il n'y aurait non plus rien que de vraisemblable à penser

— loque son bonheur sera de jouir^ mais alors sans fatigues et sans fin , de cette poésie divine aussi , tant désirée ici-bas y mais si peu possédée, et achetée au prix de tant de dégoûts, de déceptions et d'ingrats travaux.

Et quand, pour plus de bonté. Dieu, au terme de la perfection qu'il a assignée à ces intelh'gences, rapprochant dans leurs facultés le savant et le poëte, et les faisant communier dans cette sublime vérité, qui est autant le beau que le vrai et le vrai que le beau^ parole qu'elle est le bien lui-même, l'objet suprême de la pensée, mêlerait harmonieusement, les inspirations de celui-ci aux lumières de celui-là , et tous les deux tes élèverait à cet état d'intuition dans lequel l'intelligence , ne se divisant plus avec elle-même, unirait et fondrait entre elles la poésie et science , et n'aurait pour tout qu'une idée , l'idée divine des choses, où serait encore l'invraisemblance?

Et dans un autre ordre de mérites , quand cette mère dont je parlais dans mon premier discours, et dont je disiïis : Elle a tout fait pour son enfant, son amour et sa joie ; elle l'a porté dans son sein et engendré dans la douleur, elle l'a nourri de son lait , réchauffé de son souffle, conservé de ses mains; elle lui adonné, sans compter, ses meilleurs jours et ses plus douces nuits, long-temps même sans qu'il la comprit et qu'il pût lui rendre dans son âme sentiment pour sentiment; à mesure qu'il agrandi, elle a cherché et trouvé de nouveaux moyens de lui être bonne ; elle s*est faite successivement son institutrice,. son guide, sa compagne, son amie, et au besoin sa con-

solation, son refuge, son espérance; enGn sa lâche est achevée, elle jouit de son œuvre, de cette créature selon son cœur : mais ce que Dieu lui a donné, Dieu peut aussi le lui ôter et il lui ôte en effet... pour réprouver, pour relever au caractère de la douce et tendre mère, à celui de la sainte mère; v quand, disje, pour prix de sa résignation , elle recevrait dans l'autre monde les joies d'une maternité divinement recréée, ou le bonheur de retrouver, mais cette fois pour l'éternité, cet enfant tant pleuré, où serait encore l'inconséquence? La poésie chrétienne ne conçoit rien de plus pur que la sereine béatitude de la mère du Dieu fait homme; pourquoi la mère de l'enfant fait ange ne goûterait-elle pas quelque cbose d'une pareille béatitude?'

Et ce que je viens d'expliquer de chacune de ces personnes, on pourrait également l'expliquer de toutes les autres; on le pourrait du sage, du héros et du martyr: le sage, en effet, aura sa paix, le héros sa couronne, le martyr son repos; on le pourrait pareillement du prince et du sujet, du grand et du petit, du vainqueur et du vaincu: tous auront leur récompense selon leurs mérites et leurs conditions; on le pourrait des nations , des générations successives, de l'humanité tout entière : pour tous Dieu réglera la justice sur l'épreuve, car la justice et l'épreuve sont deux formes, ou, si l'on veut, deux moments de sa bonté, qui sont, parce qu'ils doivent être, parfaitement conséquents et relatifs l'un à l'autre.

Aussi pour nous, Messieurs, quel noble et saint espoir de penser, par exemple, que tant de beaux génies qui d'âge en âge ont éclairé ou charmé le genre hu-

main a'ont j^s» faute de puissance ou de justice dans pieu , péri sans retour à la mort ; mais que par les lois et les. soins de son infinie providence ils ont survécu au contraire dans la meilleure partie d'euxmèmes, pour toute une éternité de perfection et de bonlieur ! Quelle douce et haute croyance que celle qui nous l^s montre , ou passant pleins de vie et dans toute la gloire de leur intelligence de ce monde* Cl à Vautre» et, libresenfin de Tépreuve, poursuivant avec une facilité et une félicité inouïes le développement presque divin de leurs sublimas facultés; ou bien quittant cette terre , fatigués , épuisés , atteints dans leur âme par la vieillesse presque autant que dans leur corps, pour retrouver, mais cette fois inaltérable et sereine, cette forte et vive jeunesse dont ils ne conn ureh t guère ici-bas que les rudes et tristes exercices ! Avoir la foi que tant de trésors de science et de poésie non seulement ne seront pas perdus et ne s'en iront pas en poudre comme cette enveloppe éphémère qui les recueillit un moment , mais qu'ils dureront pour éclater en mille richesses nouvelles inconnues au présent, quelle douce et grave religion. Messieurs! et pour chacun de nous en particulier, quel motif de constance , quand par un retour sur nous-mêmes nous venons aussi à songer que nos études , quelque modestes et quelque humbles qu'elles puissent être, pourvu qu'elles soient sérieuses , laborieuses et sincères , nous seront pareillement comptées comme un premier et juste avancement dans ces vastes voies de la pensée qui nous seront un jour ouvertes pour un avenir sans fin de progrès et de lumières !' Et ce que je viens de dire principalement des

mérites intellectuels, je pourrais le dire de tous les autres , je pourrais le dire de toutes les vertus. Quoi de mieux, en effet, que d'espérer qu'elles auront aussi rélernilé pour se développer de plus en plus parËiites, faciles, pures et douces? Quoi de plus désistant au contraire que de supposer que contre tout ordre elles s'éteindront dans la tombe , et que ce qu'il y a de meilleur sur là terre , sagesse , bonté , courage , héroïsme , {Sainteté, Dieu , qui peut tout conserver , perdra tout par caprice , mettra tout au néant sans justice et sans raison!

Maisqu'ài-je fait, Messieurs, jusqu'ici? Qa'ai-je essayé de vous montrer ? Que l'état de l'âme dans l'autre vie est la cessation de l'épreuve, ou la sui>stitution, pour la rémunération, de la facilité et du bonheur à la difficulté et à la douleur.

Cependant est-ce là toute la question, et n'y a-t-il pas aussi àsedemander si cette cessation dèl'épreuve, qui pour les bons tourne à la récompense, ne tourne pas pour les méchants à la peine et au châtiment! Sans doute; mais d'autre part, d'après tout ce qui précède , n'est-ce pas un point résolu au moins d'une manière implicite, et ne suit-il pastiue, si les uns en ont fini dans la vie future avec la difficulté et la douleur, les autres doivent au contraire les retrouver renouvelées et aggravées par le caractère de punition qui leur aura été imprimé. U y n'a.donc là, à proprehient parler, rien de nouveau à discuter, et il suffit d'indiquer comment , si on le voulait , on pourrait se rendre raison de cet autre mode d'applidation de la justice de Dieu.

'■ Ainsi on montrerait successivement comment les

réiHrouYés (je me sers de ce mot à dessein , potlr marquer qu'ils sont comme soumis à une nouvelle et plus dure épreuve) ont à souffrir dans leur pensée^ dans leiir volonté, dans toute leur âme ^ par suite de la difficulté, de la difficulté dévenue pénale, qu'ils trouvent à connaître, à vouloir et à posséder le bien, dont cependant ils ont 0n euxlesombre nsais inquiet ampur.

On dirait quel est pour eux le suppUqe de l'ignorance, du doute et de l'erreur, qu'ils subissent avec toiite l'horreur dont doivent être saisis des esprits qui par leur faute ont mécbammeiit ipanqué au saint devoir dé la science.

0|i dirait quel e^t leur tournaent d'avoir une volonté , également par leur faute ^ condamnée sai>s r^epos à l'exercice d'une immense et terrible réparation ; quel enfer c'est aussi de youloir et de ne pa$ pouypir , de tenter et de ne rien faire, de s'efforcer et de perdre ses efforts! peine affreuse de rirppuissance dont la fable en ses images ^ ou nos rêves en lei^r^ tristes jeux, ne nous 4onnent cependant qu'une imparÊiite et. vague idée !

Qn dirait eacore comment Dieu, qui récompense les bons par la société des bons, doit punir les mé- .chants par la société des .méchants; de méchants à méchants la vie peut être en effet si importune et ^i dure, que ce soit entre ses mains un énergique moye;i d'expiation et d'amendement.

On pourrait en dire autant de cette espçœ de nature qu'il ferait pour eux, à dessein, âpre, sévère çt vengeresse, comme il l'a faite pour les justes dç^^QO .et facile à souhait^ m marquerait sous ce [r^ppQfrt

quel est le sens général des conceptions de la poésie ou des dogmes de la foi ; enfin on parlerait aussi de Dieu comme se retirant de ces âmes perverses, pour leur inspirer, par Tétat de confusion et d'angoisses où les plongerait le mystère de ce terrible éloignement, le profond besoin dé le chercher , de le trouver , de se réunir à lui : car c'est un des secrets de sa providence de ramener à lui par la crainte quand il ne peut pas par l'attrait, et d'user de la sévérité comme d'un dernier traii de sa bonté.

On expliquerait de la sorte comment les méchants, qui, pour être méchants, n'en ont pas moins, à leur manière, un certain amour du bien, dans le sentiment qu'ils ont de ne pouvoir, à cause de leur vie passée, le connaître et le posséder qu'avec des peines inouïes, n'ont d'affection que pour souffrir, haïr, s'irriter, trembler et regretter, inaccessibles à la Joie et aux douces émotions qui en naissent.

Mais ce ne serait là , je le répète , qu'une suite de conclusions qui ne seraient , point par point, que la contre-partie et l'opposition des conclusions développées au sujet de l'état des justes. Je n'y insiste donc, et je passe à un nouveau point de la question, délicat entre tous les autres, car il s'agit de la durée des récompenses et des peines, ou pltitôt seulement de celle des peines , puisqu'on dispute peu de l'autre. Je ne veux cependant pas m'engager trop avant dans cette matière, mais siniplementapprécier une opinion trop souvent mal attaquée et mal défendue : l'opinion des peines éternelles. Sont-elles en contradiction avec la divirte bonté, et incompatibles par conséquent avec les décrets de là providence? Oui sans doute, si l'on

sapfMse qu'elles ne 8O0t pas méritées, et que Dieu les applique sans raison et sans droit, pour le seul plaisir d'affliger et de feire souffrir des créatures long-temps même après qu'elles ont expié leur mauvaise vie passée; si l'on suppose, par conséquent, qu'il n'y a pas de méctontqui le soit jusqu'au bout, et que dans la suite des temps il arrive toujours un moment où, quelles qu'aient élé ses fautes et ses crimes antérieurs , celui qui a feilli s'est parfaitement corrigé et puri£é. Mais si l'on admet, au contraire, que ce qu'il feut avant tout à la perfection de Dieu, c'est que le méchant ne demeure jamais sans ce qui seul peut en lui combattre et puiser le vice, je veux dire le châtiinent justement ménagé ; si par conséquent au médiant qui persiste et qui dure, il faut en Êdre l'hypotbèse, au méchant éternel , qu'on me permette l'expression , convient légitimement le châtiment éternel ; si c'est pour le bien en soi, pour le bien considéré non seulèmenit dans le juge, mais dans le coupable lui-même, que la justice de l'un doit s'étendre sans cesse à la malicesans Un et 4 l'impénitence de l'autre, afin que l'éternité n'offre pas le scandale d'une mauvaise âme laissée sans jugement et sans punition, c'est-à-dire sansjmotif et moyen d amendement, et finalement de bonheur, on comprendra qu'il y a dès lors quelque témérité à se prononcer pour la solution négative de celte obscure question. D'autant que rien n'empêche que, pour mieux justifier encore l'éternité de ces peines, on ne les conçoive commegraduées, comme allant s'atténuant et s'afifoiblissant de plus en plus, à mesure que ceux qu'elles poursuivent sq font euxHnêiMes meiitouw et

èffaeent inèeMibteme&t en eux , par le repentir et la réparallOD, ia masse d'iniquités ckmt ils étaient d'abord souillés.

El en ce sens méme^ ne peut^on pas dire que pour les bons aussi, pour peu du moins qu'ils ne soient pas d'une lx>nté achevée, et qu^il veste en eux quelque trace de leur feiblesse première » il y aura mêlées à rhabituite de leurs perfections et de 1mi« joies oer'^taines derniôrtSEk difficultés , certaines dernières dou* leurs 9 qui leur demeureront comme un éternel et sahitaire avertissement de leur infirmité naturelle. Et enfin , pour insister sur une oonftidérati(Mi qu'il im* porte de ne pas négliger, on ne doit pas oublier, ce qni est au reste dé^ im-plicitement renfermé dans les raisons précédentes , «que , si les pqines éternelles sont et doivent être possibles au ^regard de Dieu, afin que âa justice ne soit pas courte et caduque , c'est de nous qu'il dépend ^lu^^elles poient ou non réelles : car eUês ne seront jamisKis que ee que ks fera notre Hbre disposition «àipérsister dans lé mal ou à revenir au^bien ; :de eorte. que nous somoies ainsi DOttSomômes les premiei^ et vrais auteors de Jâotre condamnation ou de notre absolution étemelles ou temporaires, et Dieune fait >en quelque sorte que mettre sa puissance à nos cNrdres pour nous punir ou nous récompenser en duvée comioe en intensité, "selon que nous faurons voulu et mérité. ' Quoi qu'il en soit. Messieurs, pour qu'il y ait peines et récompenses, ]une chose sera nécessaire, la cooeeîenee, puisqu'il esiévid^t qu'il ne saurait y avoir, 4le quelque &çon, difficulté. et douleur, faeHité et bMbsttr,(ei>J'iabsenoe ou dans la confusMA du senli-

meiit dii moi. IttaiB qoelie devra Sera-t-elle aussi TamUa, aussi sujette aux langueurs, aux troubles et aux dé&illanGes, qu'elle le paraît idbas? ou aura-t-elle un caractère de continuité et d'iiHensité ^ui nous y est inconnu? l'incline au «eeond sens, et en voici la raison. Telle qu'elle est en cette vie , noire àme n'est bien capable que dans une certaine mesure de oetie pereeption d'elle-noéme. Quoi qu'elle fasse, elle ne peot jamais la garder active et claire au delà d'un certain temps , au dessus d'un certain terme. Elle n'est pas comme le Dieu, qui ne M fatigué ni ne sommeilîe, et de toute traité est la pensée de la pensée; elle est fa pensée de lu pensée, mais avec toutes les vicissitudes et toutes les imperfections de notre faible nature. Je dis plus , elle ne supporterait pas une autre manîène de se connaître. VoyeE*la en èSety soit dans les grands travaux de l'esprit, soit dans les grandes tristesses du cœur : n'y a-^t-il pas un moment où elle ne peut plus résister au besoin de passer de cette veille inquiète, importune, intolérable, i ce mol oubli d'ellopmème, que Dieu lui a ménagé, comme le repos et la rénréation de ses forces épuisées? Et sansaller jusqueli,Ghaqu0Jour,à l'heure réglée où s'achève d'ordinaire cette succession pértotdique de soins et de soucis qui sont sa condition, n^ lui Êiui>-il pas aussi ces rdftchMBs bien mesurées du seli^ timent d'elle-même que lui apporte I9 aammal? Et quand vient à son tour cet autre sommeil aussi , qui n'est plus le passage d'un jour à un autre jour, maâs d'une vie à une mitre vie, B'est^ce pas encwe parce que Dfett ne lui tiouve pas assez de force pour «soi»- Uxkïv pleine de veille cette terrible transfcraMilira^

— as —

qu*il rendort pour ainsi dire unedernièreet suprême fois^ pour ne lui rendre la lumière qu'après la consommation du funèbre mystère ? ^

Telle est Tàme en ce monde , sous le rapport de la conscience; dans l'autre , que devra-t-elle être sous le, même rapport? À en juger par analogie , les plus vraisemblables conjectures nous conduisent à penser>que , sans avoir cette intuition et cette veille sans fin qui est l'attribut exdusif de rintelligence divine, elle aura du moins quelque chose de cette infinie perception , et qu'elle pourra persévérer sans interruption comme sans confusion dans cet intense regard, fixé sur elle-même, en vertu duquel elle se verra éternellement telle qu'elle sera. Autrement . comment se préterait-elle à cette justice désormais sans retard^ sans relâche, et de tout point accomplie, que Dieu lui a réservée? Elle ne saurait être pleinement récompensée ou punie , si ses défauts de conscience venaient comme suspendre ou affaiblir dans leur cours la récompense ou la peine.

La mémoire donnerait lieu à peu près aux mômes remarques : je m'abstiendrai donc de les présenter ; je dirai ^seulement, pour prévenir cette objection, qu'on pourrait par mégarde élever à cet égard, que quand plus haut, en parlant de la pure intelligence des esprits bienheureux , j'ai avancé que peut-être ils seraient trop parfaits pour, avoir besoin de la faculté de se souvenir, je n'ai pas entendu qu'ils n'auraient pas rasage de cette faculté pour tout ce qui serait nécessaire , dans l'intérêt, de la justice, à la comparaison de leur vie passée avec leur vie présente; j'ai âoulament voulu dire, que la mémoire leur était en

effet inutile pour penser à un objet qui leur serait éternellement présent et manireste; mais elle ne leur est pas inutile, èile leur est indispensable pour que avec le sentiment de leur personnalité ils aient aussi celui de leur identité personnelle , double condition essentieHe de rémunération et de bonheur. Faut-il ajouter que sous ce rapport il n'en est pas autrement des méchants que des bons, et qu'ils ont aussi pour leur part,' mais implacable et terrible, cette mémoire du passé, qui est ndéme pour eux une de leurs peines les plus cruelles? La conséquence est si simple, qu'il suffit de l'indiquer , et que vous me dispenserez, je pense, de vous l'expliquer et de vous la développer.

Je m'arrête donc, et puisque aussi bien je me trouve à peu près ai} terme des diverses questions que je m'étais proposé de traiter au sujet de Tétat futur de r&me, je finis non pas mon discours, qui doit encore se prolonger, pour donner place aux réQéxions que je vous ai annoncées en Commençant, mais la discussion proprement dite, que je n'ai plus qu'à résumer et que je vous demande la permission de réduire sommairement à ces termes :

En principe il y a le bien, pour le bien l'amour, et par l'amour les désirs; deux principaux désirs relatifs à nos^ deux principales manières de nous mettre en rapport avec le bien : désir de le connaître, désir de le posséder. \

L'amour et ces désirs rencontrent dans la vie présente des difficultés à se satisfaire, c^est pourquoi il y a la douleur et tout ce qui suit de la douleur. Mais comme, en même temps que la douleur, il y a excita-

— notion à Taotion , et à râcttoii es ime du bien , il en résulte Tépreuve*

L*éprettve n*est en effet que la contrariété et la souffrance de rameur et des désirs , avee cette fin excellente : redoublement d'énei^ie en vue du bien et de tout ce qui tient au bien , et par Gonséqu^ni vertu ^ perfection nement , mérite..

Mais l'amour et les désirs peuvent aussi être secondés et jEacilités dans leurs penchants, et alors il y a bonheur et tout ce qui suit du bonheur* Or, quaind le bonheur et ses conséquences arrivent en raison et pour prix de la vertu et du mérite , il y a justice, rémunération*

Gomme aussi il y a justice quand non plus pour la préparation , mais pour la réparation et Texpialîon, il y a surcroît et aggravation de la difficulté et de la douleur.

Etc*est là précisément cequl doit se passer au sein de Tautre vie , si dans les conseils de la providence elle est destinée à la justice, comme cetle^i l'est à répreuve.

Ainsi ce qu'on pourrait appeler, en termes peutêtre peu philosophiques, mais du moins très populaires, le paradis etTenfer, reviendrait, par Tabstraction j à quelque chose de très simple :

L'immortalité de Tâme prouvée, aimer, aimer en saint, avec toute facilité, toute pureté et toute douceur, voilà le paradis.

Aimer aussi , mais en réprouvé , avec toute difficulté, toute malice et toute douleur, voilà Tenfer par opposition.

L'enfer et le paradis sont dohc dans la nature de râme^ comme Tamour et les désirs , comme la diffi<culté et la douleur, la facilité et le bonheur, comme le démérite dt le mérite, comme rimmorlalité et l'épreuve, comme toute sa destinée.

On peut donc en raisonner tout aussi bien que de sa nature, et il faudrait la nier elle-même pour se refuser logiquement à traiter ces questions. .

Mais l'admettre et les repousser , reconnaître , d'après les épreuves qui peuvent en être données » qu'elle est^ par ses propriétés , ses facultés et sa vie présente , appelée à une autre vie , et ne pas voukMr rechercher quel doit être dans cette autre vie son état y sa condition, est une inconséquence à laquelle, à mes risques et périls, j'ai essayé d'échapper. >

Et ceci m'amène naturellement aux réflexions dont je vous ai dit que j'étais surtout préoccupé en traitant cette question. Je ne pou vaîsen eif^t la traiter sans avoir bien pensé, soit au caractère qu'elle pi^ sente, soit à l'opportunité dont elle peut être. Et c'est pour vous proposer à ce sujet quelques sérieuses considérations que je vous demande «noore un peu de votre temps et de votre attention.

Etd'abord, par son caractère, est-elle véritablement philosophique? Je n'hésite pas à l'affirmer, parce qu'elle peut être posée et discutée de telle sorte, qu'elle satisfasse à toutes les conditions de la recher* che philosophique. Ainsi, qu'elle ne vienne qu'à son rang, c'est-à-dire après la question de l'existenoe future de l'âme et de toutes celles qu'elle présuppose; qu'elle soit traitée d'après ce principe ou cette règle de raisonnement : juger de l'avenir par lé présent en

tenant compte des différences qui doîvem les dîstinguer, l'un comme état de justice, et l'autre comme état d'épreuve ; et, dans les conclusions que rontire,. ne jamais dépasser la limite de la dfsmônst ration ou du moins de la vraisemblance, et certes on. ne pourra nier que , grâce à ces précautions, cette question ne rentre légitimement dans le domaine dç la philo*

sophie. . '

Mais on insistera , et on dira , en généralisant Tobjection , qu'autre est l'objet de la philosophie, au trç celui de la religion ; qu'autres sont les questions du ressort de Tune , autres celles du ressort de l'autre} et on soutiendra qu'en particulier la question qui nous occupe relève de celle-ci beaucoup plus que de

celle-là.

Je répondrai,, sans toutefois donnera ma pensée

son développement tout entier, p?^rce qu'il me mènerait trop loin, qu'en général on distingue mal la philosophie et la religion quand on les distingua par leur objet et les questions dont elles s'occupent; que leur vraie et profonde différence est dans leur procédé, dans leur mode et leur niolif d'affirmation , et non dans la matière même et le but de cette affirmalion.

En effet , d'abord , d'une part , que se propose la philosophie? la vérité; mais la religion ne se la propose-l-elle pas également? Sa loi, comme sa perfection, n'est-elle pas d'être vraie? et , lors même qu'elle né Test pas, ou qu'elle nç l'est qu'à demi , n entendelle pas l'être encore:, et n'est-ce pas pour rétablir qu'elle soutient ses plus rudes et ses plus constants combats ? Depuis celle de ses formes où elle est le

moins raie jusqu'à celui où elle Test le plus , le vrai est dans son ambition , parce qu'il est dans sa na^ ture, et Dieu, qui, en le créant, a fait l'homme pour la vérité , lui a départi à cette fin la religion comme la philosophie : la religion pour commencer, la phir losophie pour finir, l'une et Tautre comme la satisfaction d'un même besoin desavoir, auquel suffit d'abord la foi, auquel il faut ensuite la raison. Ce qui le prouve , c'est que c'est la même vérité , ou la vérité sur les mêmes points, qu'elles se proposent l'une et Tautre, c'ésl-à-dire la vérité sur Dieu , le monde et l'homme ; sur Dieu et le monde en vue de l'homme , de son origine , de sa nature , de 3a condition et de sa destinée. Toute grande religion , comme toute grande philosophie, prononce nécessairement du vrai sur tous ces graves problèmes.

Mais f d'autre part , la religion, qui veut la vérité, la veut pour la piété , pour la charité , pour la pratique (1). D'accord ; mais , au fond , la philosophie ne la veut-elle pas également pour la même fin ? Si la religion a ses dognâes, qu'elle traduit en préceptes, Jâ philosophie a ses doctrines , qu^elle déduit en maximes; elle a sa psychologie, sa théodicée, sa physique, qui se terminent à sa morale. <}ue chez tel ou tel de ses représentants elle paraisse se renfermer dans lasphère de la spéculation, qu'importe? C'est le fait du philosophe , et non de la philosophie, qui n'en a pas moins en elle-même la double attribution de la pratique et de la théorie , de l'application et de la spéculation. La vérité est bonne à voir,

{i'^OçlsAonûeSgUkQsti, Théologie politique. .

mais elle est bonne aussi à vouloij*, et la philosb^ phie, dont Toffice est de l'enseigner tout entière, ne doit pas seulement l'expliquer, mais aussi la recommander et rinvestir d'autorité en même temps que de lumière. La vérité pour la vérité, voilà ce qu'elle doit avoir en vue quand il ne s'agit que de connaître, parce que telle est la condition d'une juste et légitime connaissance. Mais la vérité pour la vérité , une fois qu'elle est connue ; la vérité pour la regarder, la contempler et n'en rien faire ; la vérité sans la considération des règles de vie qu'elle impose, voilà ce à quoi elle ne peut se réduire , sous peine dé n'être plus qu'une vaine et vide sagesse.

La philosophie et la religion ont donc leurs grandes questions en commun , et pour ce qui est en particulier de l'état de l'âme dans l'autre vie , il est si vrai que la philosophie doit la revendiquer comme la religion, qu'y renoncer serait pour elle, en un point essentiel, renoncera cette charge d'âmes qu'elle a aussi à sa manière , et laisser dire sur son compte ce qu'elle n'en doit pas laisser dire, qu'on ne peut pas s'instruire et s'occuper de sa destinée, ou, en termes chrétiens, s'instruire et s'occuper de son salut, par la philosophie comme par la religion. Si elle n'est pas en effet la plus vaine des sciences, elle doit servir à sauver comme à éclairer les esprits , à les sauver en les éclairant.

Mais on peut insister encore et présenter l'objection soiîs une forine nouvelle, en Fappuyant du sentiment de certains philosophes , qui auraient tenu la question pour peu philosophique en elle-même ; et je prendsici à dessein Descartes pour exem-

pie, patf*cé qu'il peui paraître étrange qu'avec sa pensée el son système, si^ profondément spirituali&« tes, il n'ait pas montré plus de goût pour le problè» me de l'immortalité , et surtout pour celui du caractère et du mode de l'immortalité. On sait en effet combien peu il donue à l'un et à l'autre, et comment principalement , en ce qui touche le second , il récarte , l'élude , ou en renvoie à d'autres la solution ; il le laisse assez voir dans ses ouvrages , il l'in* dique dans ses Jiéponfef , il le déclare dans ses lettres. Serait-ce donc que pour cette intelligence douée à un si haut point du sens de la philosophie le problème n'aurait pas été suffisamment phitosophique? On ne saurait le supposer ; mais pour ne pas le sup«poser, il faut bien comprendre Descartes. C'est avant tout un penseur, mais c'est aussi un homme de conduite ; c'est un novateur en théorie , mais plein de modération dans la pratique , et qui ne touche jamais aux matières de morale et de religion qu'avec la pltt^ grande réserve ; c'est un personnage de son temps, grave , retenu , plein d'égards et de mesure, et pénétré de respect ; c'est déplus peut-être un génie qui a moins de ce qui fait le moraliste et le théologien que le mélaphysicien et le géomètre, et qui, d'ailleurs , s'il est vrai qu'en psychologie comme en .tout le reste une grande idée bien établie suffise à là gloire d'un fondateur, a bien pu se borner à éclairer de lumières nouvelles la question de la nature de l'âme, sans porter aussi expressément ses méditations et ses recherches sur celle de sa destinée»

On pourrait , en outre , opposer à Descartes , trop incomplet et trop court en ce point, plus d'un de ses disciples, mieux inspirés, Malebrancbe,Fénélon,

Bûssuet, par exemple, et, si on peut le nommer avec eux, Spinosa lui-m^me, qui n'hésite pas, à Toccasion, à raisonner de Taûtre vie , dans le sens , il est vrai, et au point de vue de son système.

C'est ainsi que Malebrancbe, en plus d'un endroit de ses ouvrages, et aussi dans sa correspondance, aborde directement ou indirectement la question dont il s'agit; que dans une lettre sur ce sujet il fait valoir entre autres arguments celui-ci , qui mérite d'être médité : « Dieu ne peut nous avoir £siits que pour lui, pour le connaître, par exemple. Or notre esprit est fini , et Dieu est infini. II faut donc que nous subsistions éternellement pour contempler les perfections divines, car à un esprit fini il faut un temps infini pour voir un être infini. » C'est ainsi encore que Malebrancbe, au Z^ discours du Traité de la nature et de la grâce, s'exprime en ces termes, sur l'état du bienheureux : c Ce plaisir l'aurait mis dans un état semblable à celui des bienheureux, lesquels ne méritent plus..., parce que le plaisir qu'ils trouvent en Dieu est égal à leur amour , qu'ils en sont pénétrés, et qu'étant délivrés de toute sorte de douleurs et de tout mouvement de concupiscence, ils n'ont plus rien à sacrifier à Dieu.»

Il serait inutile de rien citer de nouveau de Fénélon , après ce que j'en ai déjà cité. Hais je ne puis oublier ces lignes de Bossuet dans la ConnaUsanee de Dieu et de sai^iéme :« Nous avons quelque expérience de cette vie ( de la vie future ) lorsque quelque vérité illustre nous apparaît, et que, contemplant la nature, nous admirons la sagesse qui a tout fait dans un si bel ordre. Là nous goûtons un plaisir si pur, que tout autre plaisir ne parait rien à com-

paraison. C'est ce plaisir qui a transporté les philosophes , et qui leur a fait souhaiter que la nature n*eûtdonnéaux hommes aucunes voluptéis sensuelles, parcQ que ces vohiptésr troublent en nous le plaisir de la vérité toute pure. »

Puis après avoir rappelé Py thagore et Archimède, ravis parce plaisir, il ajoute : « Qui voit Platou ce* lébrer la félicité de ceux qui contemplent le beau et le bon, premièrement dans les arts , secondement dans la nature, et enfin dans leur source et dans leur principe, qui est Dieu; qui voit Âristote louer ces heureux moments oii l'âme n'est possédée que de l'intelligence de la vérité , et juger une telle vie digne d'être éternelle , d'être la vie de Dieu ; mais qui voit les saints tellement ravis de ce divin exercice de connaître , d'apmer et de louer Dieu, qu'ils ne le quittent jamais, et qu'ils éteignent, pour le continuer durant tout le cours de leur vie , tous les désirs sensuels; qui voit , dis-je, toutes ces choses, reconnaît dans les opérations intellectuelles un principe et un exercice de la vie éternellement heureuse. » -. t

Enfin Spinosa , dans V Ethique , en traitant de la liberté humaine ou de cet état de raison auquel l'homme doit s'élever , parle de cette acquieseence de l'esprit, et de cet amour intellectuel y ce sont ses expressions, dont nous n'avons ici-bas qu'un avantgoût imparfait, mais dont, si nous sommes justes et sages, nous jouirons éternellement et purement dans l'autre vie. Â ce sujet il dit : « Nous sentons, nous éprouvons que nous sommes immortels , nous avons pour le voir les yeux de l'esprit , qui ne sont autres que les démonstrations. — Sentimus', experimurque

no9 lœternos €S9e Mentis enim ùcùliy quibui ré9

Met obgervatque, 9ma ipsœ demonstrati0ne9. 9

Et je me borne aux cartésiens, car que serait-K^ si je reprenais, dans toute la suite de leur histoire, les systèmes des philosophes, pour en tirer autorité en faveur du caractère philosophique de la question, et si accessoirement, et non sans poids , j'y joignais les inspiralfkms et les vues des poètes, «t enfin les croyances et les dogmes des religions I

Or, cecaractère de la question que j'ai eu raison de lui reconnaître , j'ai tâché de le lui conserver par la mantèlre dont je l'ai potée, discutée et résolue. '

Tranquille donc à cet égard , il ne me reste plus qu'à savoir si j'en ai aussi bien jugé l'opportunité que la nature,

' Mais d'abord , si elle était en effet in<^portune^ j'ose croire que l'esprit de mon temps et de mon pays , qui vit «et veille en moi , sans doute comme en chacun de vous, serait venu en quelque sorte , cornittele démonde Socratè, m'avertirde m'en abstenir et m'en détourner sévèrement; si donc, non seulement 41 me l'a permise^ mais commnndée , c'est qu'il n'y a pas inconvenance, c'est qu'il y a à-propos et utilité ^ la traiter. Or n'est-ce pas aujourd'hui une opinion fort commune que, sur ee^ujet comme sur tous ceux tjui paraissent du même ordre, la philosophie ne doit pas tellement se tenir sur la réserve , qu'elle demeure toujours en arrière de la rdigion?Ne veut-on pas que, sans en avoir les révéla tîons et les Imaginations, die ait pour y suppléer ses légitimes conjectures et sed raisonnables-anticipations? Ne pense-t-on pas qu'entre runetetP-aulre la différence ne doit pas étie

dans l'objet, mais dans le procédé; dans le fond ^ mais dans la forme? Il y a donc déjà, à mes yeux, présomption dans ce motif pour penser que ma tentative n'a rien de déplacé.

Mais en voici peut-être des raisons plus directes.

Premièrement, s'il est vrai qu'on ne puisse bien vivre en ce monde sans songer sérieusement à Fau-^ tre ; si le présent même le meilleur ne vaut que par cet avenir, comme le réel ne vaut que par l'idéal, la vertu par la sainteté, la perfection de la terre par la perfection du ciel y si le commencement n'a de prix que par |a fin qui le couronne ; si , en un mot, notre grande affaire est de vivre pour mourir, c'est-àdire pour revivre, et pour suivre, en passant du temps à l'éternité , de l'ordre de l'épreuve à celui de la jusr tice.^ le cours de notre libre destinée; la philosophie, qui , ainsi que je l'ai déjà dit , a charge d'âmes conime la religion, n'a pas dedevoir plus sacré que de s'occuper de.ces questions, non pas sans doute pbur les agiter précipitamment ei sans règle , mais pour les aborder à leur rang, au terme, et non au début de ses sérieuses recherches , avec les précautions , les soins et le respect qu'elles méritent. Aujourd'hui surtout que la religion, cette éducation d^ âmes par la foi , n'a plus, soit par son principe, soit par ses pratiques et ses règles, le même empire sur les esprits ; aujourd'hui qu'on a moins , d'inspiration ou par tradition , cette science des choses invisibles, qu'il faut cependant posséder, car on ne saurait s'en passer-, qu'on recourt moins, pour la cherche];, à ces occasions et à ces exercices qui sont familiers aux fidèles , tels qu^ les recueillements solitaires , la

fréquentation des lieux saints, les examens de con« science, les élévations et la prière; et que, parmi toutes ces agitations et toutes ces dissipations tem" porelles, on ne s'en inquiète, quand on s'en inquiète , que pour en disserter et en disputer ; n'est-ce pas de plus en plus la mission de la philosophie, venue à cette société en suite et en supplément dé la religion , qui lui manque, de prendre avec autorité et d'exercer auprès d'elle , au défaut de celui de la foi, le saint ministère, et , si l'on peut le dire, le sacerdoce de la raison ? Loin donc d'être déplacée , son intervention est au contraire urgente et nécessaire dans la discussion de ces problèmes , qui sont, après tout, les plus graves qui puissent solliciter l'humanité-

Mais je ne crois pas me tromper en disant que ces spéculations ont, dans les temps où nous vivons, un autre genre d'opportunité que je voudrais pouvoir bien expliquer; je prie toutefois, pour qu'on nne comprenne mieux , qu'on prête toujours à mes paroles la plus favorable interprétationr : car, pour peu qu'on les prit mal, mes intentions seraient méconnues, et le droit sens de mes remarques détourné et faussé. Voici donc très sincèrement ce que je désirerais faire entendre. .

S'il était vrai. Messieurs, qu'ilyeôtaujourd'hui parmi nous une trop grande préoccupation pour les intérêts delà terre, et par suite une disposition malheureusement trop commune à les traiter avec une vivacité, une passion et une liberté, que permettent au reste et autorisent nos mœurs et nos lois; si cette disposition^ se déclarer, à oser et à éclater pour tout cequi

nous est si sensibloi en nous donnant certaines qua* lités, la franchisé, la fermeté, le courage par exemple, nous en ôtait (feutres qui ont Uen leur prix , la douceur du cœur, la tolérance, la bienveillance, la charité ; si surtout déréglée, comme il ne manquerait pas d'arriver, en Tabsenoe de tout principe qui la réprimât et la tempérât , elle finissait par changer les meilleurs hommes en moins bons , et les moins bons en méchants , ne produisit-elle même des méchante que râpèce la moins mauvaise, celle qui Test plus en action que par volonté et intention, qui l'est même quelquefois avec un certain dessein du bien; ne serait-il pas à redouter qu'avec le temps et les circonstances,cette cau^e mal modérée ne fit de nous, à la place d'une nation mobile sans doute, ardente, impétueuse , mais par sociabilité ordonnée et unie, puisante et généreuse , une race agitée , divisée avec elle-même, amoindrie par ses divisions, et qui, soutenant et poussant des petites querelles intestines, comme elle ferait de grandes guerres, n'imposerait plus au dehors pour la force et la dignité?

Ne serait-il pas du moins à craindre qu'elle multipliât trop facilement, parce qu'ils s'engendrent aisément, cette sorte de méchants dont je viens de parler, qui le sont pour ainsi dire sans l'être, qui le sont par humeur, mouvement et emportement , plutôt que par yice intime; assez inolfensife peutêtre dans les affaires de la vie privée, mais dont rintervention , mal contenue, dans les destinées du pays , pourrait par malheur, en les brouillant , les mettre en péril et les perdre. Or, si tel devait être un }OVLt le mal dont nous sommes menacés , ne fiiadk*ait

iL pas dès à présent y. chcircber T!çiip^^Q par prévoyance? Et un des moyens de guérison qui auraien^t le plus de veriui ne serait-rce pas, et c'est paro\i je reviens, comm^ vous le T<>y^3E , à mon sujet , une de ces bonnes et douces pensées» qui traiisforr meiit et calment les. âme^ , qui vont leur cber<^er la paix au ciel pour la leur donner sur la ^rre, une pen^e de Tie future , de j\istic9 et d'ét^nité. Qua^id nous aurons comn^e visité de l'œil ^e la foi et de l'espérance cette s^utre patrie qui un jour doU Qous recueillir et ppus garder, nous tiendrons n^oind ' à cetie-^ci , en tout ce qu'elle a de petit ; nous aurons plus de détachement, de désintéressement et de tolérance; nous ya^dron^ mieux , parce que nous verrons mieux.

Et qu'on ne ^edoutQ p^s que par un excès et un eqtraipement opposés ces aspirations de l'âme vers l'autre vie puissent nuire à la bonne direction et à la bonne conduite de celle-ci. Ce n'est pas là du mysticisme , c'est de la raision et de la sagesse, appliquées sévèrement à la méditation d'un avenir qu^ nous ne .sauf iops négliger. Mais fût-ce mènie du mysticisme, nous pourrions» par le temps qui court, avec nos habitudes beaucoup plus fortes de critique et de scepticisme , noui^ en permeUre quelque peu , sans incon- .vénie^t et sans daoger. Le danger est d'Ôtre mystique qi^apd on ^l'gst que mystique ; il ne l'est pas quand, ^lon la parole d'un de nos vénérés makres, dont j'abuse pe^t-étre ici , on fait au mysticisme sa .part ; mais, je la répète i dessein , ce n'est pas là du .mysticisme^

fie li'est p%s davantage du quiétisme , car it n!y a

rieik dans oes idées qui mène ao dédain de Taction, i fanaour pur et âans volonté, à la piété sans œuvres, à un désir de l'autre monde qui exclue le soin de celui-ci ; elles nous apprennent seulement à donner à Faction , 'à la volonté , aux œuvres , leur véritable direction, aux choses de ce monde leur vrai prix; à la vie présente^ qu'elles nous enseignent à remplir par le travail et la vertu , son vrai rapport avec l'autre vie. Certes ce n.^est pas là du quiétisme : il n'y a pas à s'y tromper. Mais quand te serait du quéitisme , où serait le péril aujourd'hui qu'un peu de paix vient se mêler à la lièvre d'agitation dont tant d'Ames sont travaillées ? Notre mal n'est pas la quiér tude, et ce nesermt pas l'aggraver, mais bien plutôt radoucir, que de le traiter par le repos.

Dirai-je à ce sujet ma pensée tout entière? Je lé puis, ce me semble, d'autant mieux que, si d'une part il y a toujours dans de telles géhéralités chance d'erreur et d'excès, de l'autre, de nos jours plus que jamais, il y a un sûr moyen de les vérifier et de les rectifier : c'est la publicité bien interprétée. Or, sur la foi de symptômes auxquels on ne peut guère se tromper, parce qu'ils se tirent de ce quHI y a de plus vif el de plus expressif dans les esprits , je ne crois pas avancer rien lie trop téméraire en disant que l'apathie, l'égoisme et le scepticisme, ne sont peut-être pas aujourd'hui , ainsi que quelquefois on le suppose, les seuls vices dont soit par malheur allante notre société. Il y a aussi à côté une manière d'avoir foi en soi , une foçon de se glorifier, une exaltation de sa personne , une superbe , pour toiit Aire, qui , s'imtfntencoredetotttœ qu'ont 4e^tet^

ardcnl les passions poIitiques|, deviennent sans peine inUraitables , et, surtout dans les âmes naturellement mal modérées , sont toutes prêles à s'emporter en actes hostiles et violents. J^ n'en veux pas regarder, pour mieux me tenir dans la mesure , les crises terribles et les coups d'éclat ; je n'en veux voir que les habitudes et les effets ordinaires. Eh bien! en les observant, puis-je n'y pas reconnaître un fâcheux penchant à oublier ce qui s'apprend si difficilement et se conserve si peu , le respect , la déférence, l'obéissance morale , l'esprit de charité appliqué à ce qui est au dessus comme à ce qui est au dessous de soi, tous sentiments qui composent la discipline d'une nation , et par sa discipline sa puissance?

Or l'altération de ces sentiments , si elle devenait profonde, durable et générale, serait un grand mal social , car elle empêcherait deux choses , nécessaires cependant au bon état de tout peuple : la première l'art difficile de gouverner les autres ; la seconde] l'art non moins difficile, quoique par d'autres raisons , de se laisser gouverner. Cherchons donc à rappeler ces dispositions dans nos âmes; ne craignons ))as un peu d'humilité , nous aurons toujours assez d'orgueil ; la douceur est aussi de la force , car elle est de la sociabilité; ramenons-en dans nos mœurs ce qu'il en faut pour combattre ces funestes principes de division et de dissolution qu'elles- portent en leur sein ; et pour cela pensons un peu , élevons^nous en idée àfce monde d'un ordre supérieur, en vue duquel nous serons toujours, touchant les choses d'ici-bas , plus désintéressés ,. plus calmes , plus pleins de câte modération qui , sans être l'a-

bandon de nos droits et de nos intérêts^ en exclut toute préoccupation trop étroite et trop jalouse.

Et puisque j'en suis à des observations sur l'état moral de notre société , dans son rapport avec la question qui fait le sujet de ce discours, permettezmoi de vous en présenter encore une qui me paraît mériter aussi quelque attention. Le concours en tout genre est une loi de l'humanité : il est donc bon, à cette double condition , toutefois , que ceux qui le pratiqueriis^oient loyaux et ceux qui le jugent équitables ; mais s'il est bon , c'est, comme tout le reste, avec ses inconvénients et ses défauts. Or il ne les a jamais plus que là où il est le plus répandu , le moins modéré et le plus commandé. Je li'ai pas besoin d'expliquer quels en sont sous ce rapport tous les mauirais effets ; je me bornerai à affirmer que ce sont surtout Tenvie et la haine chez les uns, l'orgueil et la dureté chez les autres, chez tous une prompte et impatiente hostilité. Or, on ne saurait se le dissimuler, c'est là aussi une de nos plaies, et il faut y porter remède. Lequel? vous le savez, celui que j'ai déjà proposé , qui est bon pour plus d'un mal , et qui , pour convenir à plusieurs , n'en est pas moins efficace ; je veux parler de ces pensées qui , en mettant à leur rang tous ces intérêts temporels, objets de tant d'ardeur quand ils sont placés trop haut, règlent et modèrent l'émulation , tempèrent l'ambition , adoucissent les rivalités, et, grâce aux sentiments généreux qu'elles y mêlent, changent la lutte en harmonie, et du concours font une communion d'efforts et de . travaux qui n'a plus rien que d'excellent. Quand on est un peu plus occupé de Dieu et de l'autre vie que

— Iodes bter\s , des grandeurs et de la gloire dé oelle^ci ; on se console mieux de la défaite, on s'enorgueillit moins de^ la victoire ; on supporte mieux son abaissement, on soutient mieux son élévation; on est plus résigné et plus modeste. Rien ne ealme et n'atttédit sur les choses d^ ce monde comme la médita'* tioii de celles de Tautre^

Et maintenant , Messieurs , pour finir ce discours, voulez-vous me laisser dire encore quelques mots sur ce que vous appellerez , sur ce que j'appelle moi^ même une imagination, un rêve; mais, vous saVez, les rêves ont parfois aussi leur sens.

Je rêve donc; [e fais une fiction à laquelle je ne crois pas, je raisonne dans une hypothèse qui, je l'espère , ne se réalisera pas. Mais cependant qai sait ce que les décrets de la Providence et les saintes lois de l'histoire réservent à notre pays, il n'en est cer<tes pas à son déclin , ses années ne lui sont pas Comptées, et j'ai foi, pour ma part, en sa forte et longue virilité. Mais enfin nous avons eu nos jours d'épuisement et de défaite, nos jours de désordre et de confusion , nos orages au dedans , et nos périls au dehors; nous avons vu l'état des âmes se trahir par de fâcheux symptômes, tels que ces découragements ou ces irritations, cette indifiérence ou cette licence, ce défaut de respect, d'obéissance et de discipline, qui pouvaient à bon droit alarmer et troubler les sages.

Etje comprends que des esprits tristes sans doute, mais sérieux, mais instruits des destinées des peuples et des étals, aient pu craindre pour nous un sombre et funeste avenir. Les empires ne soui pas

immortels:; lés plus grands ont vécu : après lek Per-^ ses j les Grecs , pour ne pas remontrer plus haut ; après les Grecs, les Romains; après les Romains/leis Barbares; et dans celte suite dé barbares, que de fortunes successivement élevées et ruinées ! Or, il y a certainement là de quoi donner à penser, et, sans aller, en cesens, jusqu'aux idées de fin prochaine, sans perdre confiance et s'abandonner, sans rien faire de ce qui hâte, aggraveet précipite la chute d'une nation, il y a cependant à être prêta tout, sinon, sans doute, pour nous, qui ne verrons pas ces temps, du moins pour nos neveux, ou les neveux (le nos neveux.

Si donc , pour eux ou pour nous /devait un jour être perdue cette chèreetbelle patrie, que n*auraient pu sauver ni nos derniers combats , ni nos dernières vertus, ne serait-il pas bien que d'avance nous eussions les yeux tournés vers cette autre patrie, que Dieu nous a réservée , immortelle cité , où tout ce qui a bien mérité trouve justice et repos ?

Donc, Messieurs, sans rien prévoir, sans rien craindre d'événements qui pourraient politiquement être mortels à notre pays, sans rien faire surtout qui les amène par nos fautes , constammerit actifs et sages , entreprenants au besoin, pacifiques si nous le pouvons, guerriers si nous le devons, généreux et fermes à la fois, poursuivons notre destipée comme si elle était pleine d'espérance; mais en même temps supposons tout, de peur d'être pris au dépourvu; supposons, s'il le faut, jusqu'aux plus extrêmes conjonctures^ et alors sachons que pour un peuple aussi il est beau de bien mourir, et pour cela de croire fortement à <}aelque.<^ose

après la mort; sachons qu'à cette condition, après la gloire d^une grande vie , il y a celle d'une grande fifi. Société ou individu, tout grandit toujours dans rhomme à s'élever de la terre au ciel... Mais où vais-je, Messieurs, dans ces imaginations et ces hypothèses, et n'est-il pas temps que je m'arrête , si jç ne veux m'y égarer?

' Ainsi fais-je, et, me résumant, je réduis à ces termes toute la doctrine que je vous ai exposée dans ce discours et dans celui de Tan dernier : Epreuve et justice, telle est notre destinée tout entière; supporter et espérer, telle doit être notre part en ce monde; exceller et jouir, du moins si nous le méritons , telle elle devra ôlre dans l'autre.

FIN

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iBVriiMriedeGviBAODBi et JooAim, neStUMmaitt MB.

3 ■ yv /.

DISCOUBS

PROMOMCÉ

A LA FACULTÉ DES LETTRÉS

DISCOURS

PRONONCE

A LA FACULTÉ DES LETTRES

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PAR

Vhb DAMIROH 9

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