‹ [Opuscules philosophiques] (volume 3)Chapitre 7 sur 16 · L. HACHETTE · texte numérisé non relu

L. HACHETTE

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DISCOURS D'OUVERTURE

DO COURS

DE L'ANNÉE SCHOLAIRE 1842-1843^

SUR CSTTB QCBSTION

Messieurs,

Il ser^il peut-ètfe plufr réguliar apr^s cinq ans (Vun enseigneftient lentement consacré à un seul et même sujpt^ l'hisloire de la philosophie au 17« siècle, de profiter d'un jour comme celui-ci pour vous en présenter en abrégé les résultats Jes plus généraux , au lieu de choisir uAe question* qilt en est tout au phts un épisode, et de préférer ainsi i*étude d'un

point particulier de doctrine, quelque importance qu'il ait d'ailleurs , à \^ considératimi pleine d'intérêt d'un vaste et grand ensemble.

Il serait peuirétre aussi d'une plus sévère philosophie de prendre une matière qui , mieux que celle dont je vais vous entretenir, satisfit aux conditions de la recherche scientifique, et parût moins appartenir au domaine de la foi qu^ celui de la raison ; et, je l'avoue, si ce n'était ici, dans cette chaire, devant un auditoire qui, g|*ftce.à son bon esprit, à ses lumières et à son expérience de la libre pensée, peut facilement supporter une si délicate discussion, j'aurais hésité à m'y livrer, et je me serais prudemment renfermé dans le champ de la pure n^taphysîque. Mais vous me laissez , Messieurs, plus de licence et de hardiesse, et je crains moîns avec vous de céder à une tentation qui, autrement, pourrait avoir ses inconvénients et son inopportunité. La philosophie a aussi ses fruits défendus, ou du moins d'un accès diflScile ; j'ai voulu en cueillir un. N'est-ce point une faute? Je ne sais, mais du moins suis-jesùr, en y portant la main, de ne l'avoir fait qu'avec retefiue, réserve et discrétion .

De quoi vous parlerai-je donc aujourd'hui, Messieurs, et quel sujet vais-jé vous proposer ? A pareil jour» les deux (nrécédentes années , j'ai tiré, si vous vous le rappelez, de mes leçons sur Descartes, deux discours de quelque étendue touchant l'immortalité de l'ftme. Ne pourrais-je pas de même emprunter â mes leçons sur Malebranche quelque matière d'un haut intérêt Clément digne d'être méditée?. Et n'y a-t-ii pas , entre autres , une question qui Ta vive-

ment ooeiipé , j« dirai même agUé , qui appelle asMi natureliemeiil mon attention et mon choix? La question de la grâce.

It y a d'ailleurs une autre raison pour mot de traiter de la grâce, après avoir précédemment traité de l'immortalité- C'est surtout par l'idée de l'épreuve que l'on prouve la vie future ; or^ cette idée en entraîne une autre sans laquelle elle serait incomplète et trop dure , et qui , en s'y j(rfgnant , l'étend et la tempère : pette autre idéef est celle de la grâce. La grâce est en effet le secours , comme l'épreuve est robstacie; elle est l'aide et l'assistance , comme celle* ci la résistance ; elle est un principe de délectation en vue d'un .principe d'afSiction , avec lequel elle doit concourir 9 quoique par un moyen différent, au plus complet développement de la destinée humaine.

Rien donc nase lie mieux que cette double matière, et ne se suit mieux qu'un discours relatif à la première succédant à un disoaurs consacré à la seconde.

Ainsi, je vous parlerai de la grâce; mais, avant, permettez-moi de vous marquer en quelques mots dans quel esprit et dans quelle mesure je compte en disserter devant vous.

Je n'ai plus , je crois , à démontrer : j ai simplement à rappeler cette maxime fondamentale dans les éludes auxquelles nous nous livrons que la philosophie peut légitimement prendre à la religion toutes ses grandes questions , pour les résoudre par ses procédés propres , et convertir ainsi sagement les ôogmes de la foi en doctrines de la raison. C'est cette

maxime qui me réglera et à teqiidle jliésiittraî d'au* tant moins à me confier, que je puis l'autoriser du nom même que je viens de citer ^ du nom de Ifeilebrancbe, respectable au double titre de. pr6tre et de philosophe.

E^n.efltet, voici comment Uis'œprime d'abord dans la Recherche de la térité : « Il y a bien de la ditSArence entre la foi et rintelligence, entre l'évangile et la philosophie. Les hommes les plus, grossiers sont capables de foi, et il n'y en a que très peuqui soient capables de la connaissance des vérités évidentes... t a L'évidence, rintetligence, dit-il ensuite dans sa Morale^ est préférable à la .foi : car la foi passera, mais l'intelligence subsistera éternellement ; la foi est véritablement un grand bien, mais c'est qu^elle conduit à rinteiligenee... » Cependant,' objeeie4ron, la raison est corrompue^ il faut la soumettre à la foi ; la philosophie n'est que la servante, il faut se défier de ses lumières. < Perpétuelles équivoques, reprend Malebranche: la religion, c'est la vraie philosophie. Ce n'est pas, je l'avoue, I9 philosophie des païens, ni celle des discoureurs, qui disent ce qu'ils ne conçoivent pas, et qui parlent aux autres avant que la vérité leur ait parlé à eux-mêmes. La raison dont je pa'rle est infaillible, immuable, jncorrûptible ; §lle doit toujours être la maltr^e ; Dieu lui-même la suit* y Dans les Entretiens' il dit encore (1) : « Il faut iaire servir la. méMpbysique.à la religion, et répan?

(i) A la an da 14* et dernier Entretien, Je trouve ces mot» : « Quand Je m^perçois qa'an taomme ne travaille q&'h chercher de bonnet preuves des dogmes reçus Je ne crains point qu'il puisse s^éfarer dan-

dl*e sur les vérités de' la foi cette lumière qui seri à ras8«trer l'esprit , à le méUre bieiy d'accord avec le ccsor. 9 Et; pour qu'il n'y ait pâté de doute à cet ég»rd sur le vrai sens de sa pensée, je citerai encore les deux passages suivantsyque je pourrais appuyer de plusieurs autres, tartt ils sont fréquents chez Fauteur. Ib sont encore tirés des Entreîienê : < Je ne crois pas, dit Malebranche , que ceux qui se mêlent de philosophie puissent employer mieux leur temps que de tâcher d'obtenir quelque intelligence des vérités que la foi nous enseigne. » Et plus loin, il conclut en ces termes : < Pour réduire à deux mots tout ceci, il me psirall évident que le meilleur usage que nous puissions faire de notre esprit, c'est de tâcher d'acquérir l'intelligence des vérités que nous croyons par la foi. »

Voilà dans quels sentiments Malebranche fait pro** fession de philosopher sur la religion. C'est dans de semblables sentiments que je voudrais et que j'espère philosopher aussi sur la question que je vous ai proposée. Vous comprenez, parconséquent, que, sans la traiter en* théologien, j'aurai grand ^ard à la théologie, et que, si je ne la décide pas par les autorités, mais par l'analyse -et le raisonnement, je serai cependant trop heureux de trouver dans les -autorités règle, appui et expérience.

gerensement: Peot-étre tonfbera-Ml dékif qoelquè erreur, mais que Tonlez-voi», c'est baonir la raison de'«e mosde, s'il fam être infaillible pour avoir le droit de raisonner... : car, enfin, noos sommes tous raisonnables ,- essentiellement raisonnables, et prétendre se dépouiller de la raison comme on se décharge d^un habit de cérémonie , c'est se rendre ridicule et tenter Timpossible.»

Vous compranel aussi que je ne viens pas, tprès tant de disputes sur la giéëe, les renouveler dans oe qu'elles ont eu de subtil et d'embrouillé. J'ai un $»ire dessein ; je voudrais / en la discutant avec une grande résca^ve, ne pas aHer an delà de certains termes où il me semble que finit la lumière et que la confusion commence ; et , dussé-je ne pas pénétrer jusqu'aux {HTOfondeurs de mon suj^, autant qu^il sera en moi *je tftdierai d'en éviter les points suspects et douteux. C'est dahscet esprit que je considérerai successivement et par ordre l"* l'existence , 2f la nature, S"" lés caracléres, 4* les moy^is, et S"" enfin, les effets de la grftce. Je terminm*ai par quelques réflexions qui suivront naturellement de ces diverses recherches.

D'après le plan que je viens de tracer, je dois dV bwd prouver la grâce. Or, comment la prouver? On le peut de différentes feçons. On le pourrait par le mot lui - même , tant il a de valeur depuis que le christianisme, lui prêtant un sens nouveau, Ta accrédité et consacré, pour lui faire exprimer une action particulière de la divine Providence. YoulonSHious , en effet, invoquer avec effusion l'assistance de Dieu, que disons-nous ? Mon Dieu , faites-nous la grâce ! Voulons^nous rendre compte de certains mouvements de l'âme ou de certains événements qui ne peuvent bien s'expliquer que par une cause toute divine,quedison&-nous encore? C'est la grâcede Dieu. Nous la nommons quand nous prions , nous la nommons quand nous raisonnons ; et le terme qui i'exprijne, quand nous le prononçons .avec recueillement, est pour nous tout à la fois un vœu et ttne doctrine.

Gouimeni donc, oon venant si bien à noire cœur et i noire esprit, serailnl vain et trompeur , et comment ce qu'il signifie ne serait-il pas dans la vérité comme dans la conscience et la pensée ? A la manière dont elle est nommée , la grâce est , on peut le dire, démontrée. . .

Ifais|e n'insiste pas sur cette preuve, qui est d'ail-^ leurs enveloppée dans celle qu'on peut tirer, d'une maoière encore plus sensible, de b tradition ou de la suite d'opinions dont la grâce a été le sujet. Depuis qu'on parle de la grâce, on en a beaucoup disserté; on s'est, à cette occasion, de bien des manières, distingué^ divisé et opposé ; on a été pélagien et demipâagien, avec une foule de nuances ; on a été thomiste, scotiste> raoliniste, janséniste, avec non moins de variétés; peu de points ont plus partagé, agité et troublé PEglise. Et pourquoi? Est-ce parce qu'on le mettait en doute? Nullanent; on y croyait quand on en disputait, et ce n'était pas le fait lui-même , mais Udie ou telle circonstance, telle ou telle propriété du fait,qtt'on contestait,* qu'on niait, ou qu'on analysait diversement ; on était d'accord sur l'eiîstence, on ne se contrariait que sur les effets ou certains attributs de la grâce. Or , je le demande , n'esta» pas là un grave motif pour penser qu'elle n'a pas en Tain occupé la foi d'esprits sérieux, et qu'elle n'est pas un objet chimérique et sans fonds? Et quand , d'ailleurs, on regarde à l'autorité des personnages qui l'ont le plus particulièrement reconnue et confessée, quelle raison plus forte encore n'a^t-on pas de l'affirmer? En effet, qui d'abord l'annonce el la proclame? C'est saint Paul qui en est l'apôtre, le premier mat-

DISCOURS

PRONONCE

k LA FACULTÉ DES LETTRES

dxiiK nnsniii m u phoosopub iodimi)

PAR

Vhé DAMIROV,

PKOPɧ§IIJR» MBMBRB DE L *l1lftTITVr.

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