XVIII VIE DE PASCAL
SECONDF, CONVERSION. — LES « PROVINCIALES ». — LES « PENSÉES ». — LA « ROULETTE ». — MORT DE PASCAL.
Dès la fin de 1653; Pascal ressentit l'inquiétude d'une &me mécontente d'elle-même et qui n'avait pas trouvé son vrai bien. « II avait^ dit-il, un grand dégoût du monde, et un mépris presque insupportable de toutes les personnes qui en sont. » Peut-être l'expérience qu'il venait d'en faire contribuait à lui donner ce mépris, ainsi que la lecture peu réconfortante de Montaigne. Élevé jusque-là dans des sentiments d'honneu*, sous les yeux d'un père qui en était un vivant modèle, dès l'enfance il s'était fait de la nature humaine une haute idée que rien ne démentait autour de lui. La mâle poésie de Corneille, la morale austère d'Ëpictéte, et jusqu'aux exemples de charité chrétienne qu'avaient donnés sous ses yeux les jansénistes, tout devait le confirmer d'abord dans son généreux optimisme. Lui qui peutêtre ne soupçonnait pas toutes les misères de l'homme, il en eut brusquement la triste révélation, lorsque, laissant là ses travaux scientifiques, il se mit et s'enfonça un peu dans le monde. La société française à cette époque était en pleine Fronde, et se montrait à nu avec tous ses vices, dont les plus grandes âmes n'étaient pas exemptes. Et Pascal lisait en même temps le livre de Montaigne, qui, insistant sur les faiblesses de notre nature, pouvait lui faire croire que le mal est incurable. N'y avait-il pas là vraiment de quoi troubler une conscience droite et honnête ? Et que faire au milieu de ce désordre moral ? S'y jeter à corps perdu, comme tant d'autres, et ne songer qu'au plaisir? Le caractère de Pascal et ses goûts antérieurs répugnaient à ce parti désespéré, qui ne lui permettait guère de prendre sa santé toujours chancelante. Regarder alors, et se divertir môme du spectacle, en épicurien indolent comme Montaigne ? Ce n'était pas l'affaire d'un esprit vif et agissant, comme Pascal, et lui qui avait toujours eu une netteté d'esprit admirable pour discerner le faux dans les sciences, la portait aussi dans les choses du monde, dont les conventions et les mensonges devaient l'irriter encore plus. Que faire cependant ? Car, s'il avait une aversion extrême pour les folies, auxquelles se complaisent d'ordinaire les