‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 13 sur 47 · VIE DE PASCAL. XIX · texte numérisé non relu

VIE DE PASCAL. XIX

hommes, il était, dit-il, « dans un si grand abandonnement du côté de DieU; qu'il ne sentait aucun attrait de ce côté-là ». Il s'y portait néanmoins de tout son pouvoir; mais « c'était plus sa raison et son propre esprit qui l'excitaient à ce qu'il connaissait de meilleur que non pas le mouvement de celui de Dieu ».

Voilà quel était son état à la fin de septembre 1654. Il s'en ouvrit à sa sœur Jacqueline, qui, depuis qu'elle était religieuse, ne voyait d'autre bonheur qu'une entière retraite pour servir Dieu seul, et rêvait d'y faire participer tous ceux qu'elle aimait. Sa joie en particulier aurait été de convertir ce frère, par qui jadis elle avait été convertie elle-même. Aussi fut-elle ravie de ses confidences : la grâce divine, pensait-elle, commençait enfin à opérer en lui un miracle intérieur. Du moins, le changement de Pascal s'explique peut-être par les raisons morales qu'on vient de voir, jointes aux idées religieuses qu'il avait reçues dès l'enfance, et que Texemple de ses amis jansénistes, en 1646, celui de sa sœur, en 1652, ainsi que la paix qu'elle goûtait depuis lors, n'avaient pu que fortifier en lui. Est-il besoin, avec cela, de recourir à un accident de voiture, comme celui de Neuilly, si mal prouvé d'ailleurs? ou à des hallucinations maladives, comme celle d'un abîme qu'il aurait vu toujours à son côté, et dont néanmoins il n'était pas dupe, au témoignage même de celui qui rapporte ce prétendu fait ? ou enfin à je ne sais quelle vision surnaturelle dans la nuit du 23 novembre 1654, où il prit en effet définitivement parti, comme l'atteste un petit écrit trouvé sur lui après sa mort, mais comme Descartes prit parti sur sa méthode dans une autre nuit d'enthousiasme, et sans qu'il y ait eu sans doute plus de folie chez l'un que chez l'autre? Et cet homme qui, à la fin d'octobre encore, prenait part aux discussions des savants dans leur académie, qui, aux premiers jours de janvier suivant, avait avec M. de Saci ce bel entretien, si religieux et si philosophique tout ensemble, ce même homme aurait eu, dans l'intervalle, un véritable égarement d'esprit, peu compatible, on l'avouera, avec des idées si claires et si distinctes, avec une telle élévation de sentiments 1

En janvier 1655, il quitta donc Paris, pour faire une retraite à Port-Royal dos Champs, mais sans dire à personne où il allait. On s'en douta bien un peu : les uns dirent qu'il s'était fait moine, d'autres ermite, d'autres enfin qu'il était à Port-Royal. Caché sous un faux nom, M. de Mons, il passa toute l'année dans la méditation des Pères de l'Église. Il prenait part, en outre, aux

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