‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 14 sur 47 · XX VIE DE PASCAL · texte numérisé non relu

XX VIE DE PASCAL

travaux des messieurs de Port-Royal, proposant pour leurs petites écoles une nouvelle méthode d'apprendre à lire, dont sa sœur s'informe avec curiosité ; assistant à des conférences cliez le duc de Luynes, au château de Vaumurier, pour la traduction du Nouveau Testament, qu'avait entreprise M. de Saci. Là sans doute il connut mieux Arnauld, dont les écrits l'avaient déjà frappé en 1646, et qui ne cessait de combattre pour les principes du dogme chrétien et de la morale chrétienne, compromis, croyait-il, par la nouvelle théologie des jésuites. Son caractère droit et franc plut à Pascal, et ce fut même pour défendre son ami qu'il commença en janvier 1656 celte série de Lettres au Provincial^ qui, non moins que ses découvertes dans les sciences, l'ont rendu célèbre,, et de son temps et pour toujours.

Arnauld était menacé d'une condamnation en Sorbonne, pour avoir soutenu sur la gi'âce des sentiments que répudiait l'orthodoxie catholique. Il avait dit que saint Pierre, lorsqu'il renia le Christ, était un juste à qui la grâce avait manqué. De là sur la grâce suffisante et la grâce efficace^ sur le pouvoir prochain et le pouvoir éloigné de bien faire, des disputes à l'infini, que l'esprit de secte obscurcissait comme à plaisir. Pascal tourna les choses en plaisanterie, et dans dix-huit lettres, publiées de janvier 1656 à mars 1657, et réunies ensuite sous- le nom de Louis de Montalte, il en appela à l'opinion publique, qui se montrait en général favorable à Arnauld. Mais, laissant bientôt les matières épineuses de la grâce, il transporte la lutte sur un autre terrain où tout le monde pouvait le suivre, et attaque hardiment la morale relâchée des jésuites. II les combat au nom de la simple honnêteté, non moins que de la perfection évangélique, et c'est ce qui lui donne tant de crédit jiuprès des gens du monde. Nul besoin d'être janséniste, c'est-à-dire un chrétien outré, pour réprouver les maximes des nouveaux casuistes : il suffit d'être honnête homme, et les sentiments d'honneur que Pascal devait à son père, et qui se révoltaient en lui à la lecture de certaines pages, le soutinrent dans sa lutte non moins que ses sentiments de religion. Aussi au ton plaisant et léger des premières lettres succèdent bientôt l'ironie, le sarcasme, et à la fin une indignation qui éclate ouvertement et s'élève sans effort à la plus haute éloquence.

Les jésuites prirent la défense de leurs casuistes. Ils voulurent empêcher l'impression des lettres, et les firent aussitôt condamner par l'Inquisition de Home et même plus tard à Paris

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