VIE DE PASCAL. XXI
par le Conseil d'État, sans parler du parlement d'Aix en Provence. Mais l'auteur avait pour lui, outre le grand public, presque tous les curés de France, en particulier ceux de Rouen, de Paris, de Nevers, d'Amiens, d'Évreux et de Lisieux, qui réclamèrent hautement la condamnation des maximes dénoncées par Pascal, et si préjudiciables en effet à la religion et à la morale. 11 se trouva même quelques évêques qui osèrent les censurer. Pascal travailla sans doute à la rédaction de facturas à ce sujet, qui se succédèrent sans interruption tous les mois, depuis avril 1658 jusqu'en octobre 1659. Certains passages, en effet, ne le cèdent en rien pour la vigueur des pensées et la véhémence du style aux Provinciak* elles-mêmes.
Ces travaux continus (car il devait lire de nombreux extraits d'ouvrages de toutes sortes pour composer ses lettres, et il écrivait celles-ci avec un soin extrême, comme la dix-huitième qu'il recommença jusqu'à treize fois,) lui laissaient encore du temps de reste pour répondre, dit sa sœur, à des personnes de grand esprit et de grande condition qui, ayant des pensées de retraite, demandaient ses avis, ou à d'autres qui, étant travaillés de doutes sur les matières de la foi, venaient à lui le consulter.
Au plus fort de sa lutte contre les Jésuites, dans les derniers mois de 1656, il écrivait, entre deux Provinciales^ des lettres à Mlle de Roannez, la sœur de son ami, pour soutenir ses résolutions chancelantes et l'amener à se donner à Dieu. Même insistance pieuse auprès du duc de Roannez, qu'il détourne au moins du mariage, et décide à passer le reste de sa vie dans la dévotion. Son ami Domat, avocat au présidial de Clermont, le suivit également dans cette voie de piété étroite, et, quoique retenu dans le monde par sa charge et aussi sa nombreuse famille, il y donna l'exemple d'une vie parfaitement chrétienne, tout en travaillant à son Traité des lois civiles dans leur ordre naturel j qui fit tant d'honneur à la jurisprudence française. Enfin Pascal s'intéressait à l'éducation du fils du duc de Luynes, et lui adressa même des instructions que Nicole a conservées sous le titre de Discours sur la condition des grands»
Mais cette tâche de directeur de conscience ne sufflsait pas à son activité. Il méditait en outre une apologie de la religion chrétienne. Nous n'en avons aujourd'hui que des fragments, à peine une ébauche, publiée après sa mort, en 1669-70, sous le titre de Pensées. Les unes, en assez grand nombre, qui se rap-