‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 16 sur 47 · XXII VIE DE PASCAL · texte numérisé non relu

XXII VIE DE PASCAL

portent aux miracles^ semblent avoir été conçues dès 1656, iorsqu'après la cinquième Provinciale une guérison extraordi* naire survint, dans l'église même de Port-Royal, à la propre nièce de Pascal, la petite Marguerite Périer. Elle avait à Toeil une fistule lacrymale, qui guérit après Tattoucbement d'une sainte épine. La joie de Pascal fut grande, c de sorte que, dit sa sœur, en ayant l'esprit tout occupé, Dieu lui inspira une infinité de pensées admirables sur les miracles qui, lui donnant de nouvelles lumières sur la religion, lui redoublèrent l'amour et le respect qu'il avait toujours eus pour elle d.

Ce fondement mystique du christianisme n'aurait pas suffi néanmoins aux yeux des incrédules et des athées. On ne peut l'admettre que lorsque l'esprit et surtout le cœur sont à demi gagnés. Aussi Pascal voulait-il les amener insensiblement à cela par des raisons d'ordre philosophique, qu'il imagina lui-môme, après la lecture d*Épiciëte et de Montaigne. L'un montre ))ien toute la grandeur de l'homme; l'autre, toute sa misère et sa faiblesse. Et la nature humaine est telle, en eiTet : assemblage contradictoire des choses les plus incompatibles, un monstre et une énigme. Comment l'expliquer, sinon par le dogme du péché originel, qui suppose antérieurement, dans le père de notre race, un état de perfection et de bonheur^ dont tous ses descendants, entraînés avec lui dans une chute commune, conservent néanmoins de précieux restes? « Sans ce mystère, dit Pascal, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. » Et encore : « L'homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. »

Mais, après le dogme qui épouvante, vient celui qui rassure et console. Le Christ, par son incarnation, est venu réparer tout le mal. Pascal s'attache à ce second mystère, aussi doux et aimable que l'autre était terrible. Il y puisa cette belle pensée sur la religion, qu'il définit a Dieu sensible au cœur x>. Aussi ses exhortations pieuses ont-elles un accent qu'on n'y trouvait pas jusque-là : son zèle part d'un vrai mouvement de charité. Non content d'écrire, il faisait des conférences à Port-Royal, il y prêchait devant un auditoire venu là sans doute pour s'édifier ou se convertir. « Sachez, avoue-t-il lui-môme à la fin d'une longue et pressante exhortation, que ce discours est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après pour prier Dieu pour votre bien, s

Celui qui parlait ainsi était en même temps un géomètre du

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