VIE DE PASCAL. XXV
plutôt que de i*ecourir aux équivoques, aux restrictions mentales, qu'il avait tant bafouées chez les Jésuites, il aurait rompu même avec Rome. Ce fut le sujet d'une dernière discussion très vive, qu'il eut avec Arnauld et Nicole, partisans de la soumission et de la douceur. Pascal n'en resta pas moins leur ami, assisté par eux aux derniers moments de sa maladie^ mais déclarant à son lit de mort qu'il ne se repentait de rien, et que s'il avait à refaire les Provinciales, il les ferait encore plus fortes.
11 mourut le 19 août 1662, à trente-neuf ans et deux mois, et fut enterré dans l'église de Saint-Étienne du Mont, où l'on peut voir encore sa pierre tombale et l'inscription que M. Périer y fil graver en latin. Celle-ci rappelle surtout sa profonde humilité. Mais on peut dire en outre que peu de vies ont été mieux remplies que la sienne. Elle a cet avantage unique de marquer un moment décisif dans les sciences comme dans la littérature, et môme aussi dans l'apologétique chrétienne. En mathématiques et en physique, il apporte des méthodes nouvelles et des découvertes qui en attestent immédiatement la puissance. D'autre part^ Voltaire rapporte aux Provinciales l'époque de la fixation de notre langue. Et dans cet ouvrage, Pascal rétablit pour la morale des règles plus sûres que celles des casuisles, et prend la défense de l'honnêtelé pure et simple, que, sous un faux air de dévotion, ils menaçaient de ruiner,. non moins que la piété véritable. Enfin, pour le dogme, renonçant à l'accord, si souvent tenté même après lui, entre la foi et la raison, il sépare les deux domaines, et, au-dessus de la science, avec ses démonstrations et ses preuves, il revendique les droits de la croyance, qui est, selon lui^ le libre don du cœur.