‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 28 sur 47 · Afanuel, XLVI et XLVII · texte numérisé non relu

Afanuel, XLVI et XLVII

a Si Épiciète a voulu que l'homme fût humble, remarque Voltaire, vous ne deviez donc pas dire que l'humilité n^a été recom,mandée que chez nous, »

c'est-à-dire que chez les chrétiens.

4. Manuel, LUI. Épictète cite des vers de Cléanthe, et rappelle les dernières paroles de Socrate.

ENTRETIEN AVEC M. DE SACl.

avait aussi bien connu son impuissance, puisqu'il fallait être Dieu pour apprendre l'un et. l'autre aux hommes*. Aussi, comme il était terre et cendre, après avoir si bien compris ce qu'on doit faire^ voici comme il se perd dans ht présomption de ce que Ton peut*. Il dit que Dieu a donné à Thomme les moyens de s'acquitter de toutes ses obligations; que ces moyens sont toujours en notre puissance-, qu'il faut chercher la félicité par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a données à cette fin ; qu'il faut voir ce qu'il y a en nous de libre ; que les biens, la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance et lie mènent donc pas à Dieu; mais que l'esprit ne peut être forcé de croire ce qu'il sait être faux, ni la volonté d'aimer ce qu'elle sait qui la rend malheureuse : que ces deux puissances donc sont libres, et que c'est par elles que nous pouvons nous rendre parfaits; que rhomme peut par ces puissances parfaitement connaître Dieu, et l'aimer, lui obéir, lui plaire, se guérir de tous ses vices, acquérir toutes les vertus, se rendre saint ainsi et compagnon de Dieu^. Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent à d'autres erreurs, comme :

1 . Les sages du paganisme sont bien aussi des révélateurs ; mais ils ne révélaient qu'une partie de la vérité : Jésus-Christ seul devait rapporter aux hommes tout entière.

2. Tel est le texte de l'édit. de 1736, autorisé par le manuscrit de Sainte-Beuve (t. II, p. 385, Port- Royal, 1867). — M. Havet lit :

a ... ce qu'on doit, voici comment il se perd.... »

3. Ici Pascal fait un crime à Épictète d'avoir dit ce que dira plus tard Kant, au nom de la conscience humaine : j'ai des devoirs,

donc je suis libre, et capable de les remplir; je dois^ donc je puis.

Les jansénistes pensaient, au contraire, que les commandements de Dieu sont impossibles à exécuter, si l'on ne reçoit pour cela une grâce surnaturelle, laquelle ne serait donnée qu'à un petit nombre, et encore leur fait parfois défaut. D'autre part, Pascal semble exagérer à dessein la théorie purement rationaliste, comme pour la rendre invraisemblable : Dieu aurait donné à l'homme les moyens de s'acquitter de toutes ses obligations ; ces moyens seraient toujours en notre

ENTRETIEN AVEC M. DE SACI

que Pâme est une portion de la substance divine ; que la douleur et la mort ne sont pas des maux; qu'on peut se tuer quand on est si persécuté qu'on peut croire que Dieu appelle, et d'autres encore *.

a Pour Montaigne, dont vous voulez, aussi, monsieur, que je vous parle, étant né dans un État chrétien, il fait profession de la religion catholique, et en cela il n'a rien de particulier. Mais comme il a voulu chercher quelle morale là raison devrait dicter sans la lumière de la foi', il a pris ses principes dan& cette supposition; et ainsi, en considérant l'homme destitué de toute révélation, il discourt en cette sorte. Il met toutes choses dans un doute universel et si général^ que ce doute s'emporte soi-même, c'est-à-dire s'il doute, et doutant môme de cette dernière supposition', son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s'opposant également à ceux qui assurent que tout est incertain et à ceux qui assurent que tout ne l'est pas, parce qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce doute [qui doute] de soi* et dans

puissance; rhomme pourrait par ses seules forces (sans la grâce) se guérir de tous ses vices, acquérir toutes les vertus, et ainsi se rendre saint. Il ne fait aucune part à la faiblesse humaine, ni même aux habitudes personnelles ou héréditaires, qui si souvent paralysent notre liberté.

i . Pascal rappelle avec raison le panthéisme stoïcien qui explique en partie leur incroyable optimisme et cette possibilité pour Tâme humaine de se rendre entièrement divine, puisqu'elle Test déjà dans son fond. Forts de ce principe, les Stoïciens soutenaient tous les paradoxes auxquels Pascal fait allusion.

2. Correction de Desmolets sans doute, au lieu de cette leçon du manuscrit, que suit M. Havet :

«c chercher quelque morale que la raison devrait dicter sans la lumière de la foi. » A moins de lire : quelle est la morale que la raison devrait dicter....

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