Voici le texte de l'édit. 17S
« que ce doute s'emporte soi-même, et que Vhomme doutant même s^il doute, son incertitude roule sur elle-même.... » Membres de Fontaine (t. II, p. &9).
4. M. Havet supprime, d'après le manuscrit, les deux mots entre crochets, que donnent et le P. Desmolets et l'édition de 1736.
ENTRETIEN AVEC M. DE SACI
cette ignorance qlii s'ignore, et qu'il appelle sa maîtresse forme, qu'est l'essence de son opinion, qu'il n'a pu exprimer par aucun terme positif* . Car s'il dit qu'il doute, il se trahit, en assurant au moins qu'il doute; ce qui étant formellement contre son. intention, il n'a pu s'expliquer que par interrogation ; de sorte que ne voulant pas dire Je ne sais^ il dit Que sais-je? dont il fait sa devise, en la mettant sous des balances, qui, pesant les contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre : c'est-àdire qu'il est pur pyrrhonien*. Sur ce principe roulent tous ses discours, et tous ses Essais; et c'est la seule chose qu'il prétend bien établir, quoiqu'il ne fasse pas toujours remarquer son intention. Il y détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi lés hommes, non pas pour établir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement que les apparences étant égales de part et d'autre, on ne sait où asseoir sa créance.
€ Dans cet esprit, il se moque de toutes les assurances ; par exemple, il combat ceux qui ont pensé établir dans la France un grand remède contre les procès par la
1. Pascal prend ailleurs la défense des dogmatistes : « Que fera donc Vhomme en cet état ? Douteror-t-il de tout ? douiera-t-il e'U veille^ 8% on le ptnce, ai on le brûle? doutera-l-U s'il doute?
doutera-tr-il s'il est ? On n'en peut venir là; et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyrrfionien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissanie et l'empêche d'exlravagu&r jusqu'à ce point. » (Art.
VIII, 1. Pensées.) — Descartes concluait de son doute même la
certitude de sa pensée et de son être.