‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 30 sur 47 · Pyrrhon (340-288 environ av · texte numérisé non relu

Pyrrhon (340-288 environ av

J.-C), philosophe sceptique. Dès l'antiquité, iEnésidème et Sextus Empiricus se servaient du mot ituppwvctoç comme synonyme de sceptique. — Au dix-septième siècle, Pyrrhonien était fort en usage, mais on disait aussi sceptique, témoin Descartes, Disc, de la Méth., 3* partie : « Non que j'imitasse les sceptiques, qui ne doutent que pour douter et affectent d'être toujours irrésolus. »

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multitude et par la prétendue justesse dœ lois : comme si l'on pouvait couper la racine des doutes d'où naissent les procès, et qu'il y eût des digues qui pussent arrêter le torrent de l'incertitude et captiver les conjectures ! C'est là que quand il dit qu'il voudrait autant soumettre sa cause au premier passant,* qu'à des juges armés de ce nombre d'ordonnances, il ne prétend pas qu'on doive changer l'ordre de l'État, il n'a pas tant d'ambition, ni que son avis soit meilleur, il n*en croit aucuns de bons : c'est seulement pour prouver la- vanité des opinions les plus reçues, montrant que l'exclusion de. toutes lois diminuerait plutôt le nombre des différends, que cette multitude de lois qui ne sert qu'à l'augmenter, parce que les difficultés croissent à mesure qu'on les éclaire; que les obscurités se multiplient par les commentaires*, et que le plus sûr moyen pour entendre le sens d'un discours est de ne le pas examiner, et de. le prendre, sur la première apparence : si peu qu'on l'observe, toute la clarté se dissipe. Aussi il juge à l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d'histoire, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, suivant librement sa première vue, et sans contraindre sa pensée sous les règles de la raison qui n'a que de fausses mesures, ravi de montrer par son exemple les contrariétés d'un même

1. Essais de Montaigne, liv. II, c. ziii : oc .... Nous avons en France plus de lois que tout le reste du monde ensemble^ et pltis qu'il n'en fauldroit à régler tous les mondes d^Epicurus : ut olim flagiiiis^ sic nunc legibiM Uiboro^ m>us ; et si noiM avons tant laissé à opiner et décider à nos juges qu'il ne feut jamnais liberté si puissante et si lioeneieuse. » Et

encore : « Cetix-là se mocqu,ent, qui pensent appetisser nos desbals et les arrester^ en nous rappellant à Vexpresse parole de la Bible ; d'autant que nostre esprit ne trouve pas le champ. m^ins spacieux à contrerooUer le sens d'auUruy qu'à représenter le ««en, et com,me sHl y avoit moins d''€mimosité et dfaspreté à. gloser qu^àinventei\.„. ».

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esprit. Dans ce g<énie tout libre, il lui est entièrement égal de remporter ou non dans la dispute, ayant toujours par Tun ou par l'autre exemple un moyen de faire voir la faiblesse des opinions; étant porté avec tant d'avantage dans ce doute universel, qu'il s'y fortifie également par son triomphe et par sa défaite.

c C'est dans cette assiette, toute flottante et chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermeté invincible les hérétiques de son temps, sur ce qu'ils s'assuraient de connaître seuls le véritable sens de TËcriture ; et c'est de là encore qu'il foudroyait plus vigoureusement l'impiété horrible de ceux qui osent assurer que Dieu n'est point. 11 les entreprend particulièrement dans V Apologie de Baimond de Sebonde^ ; et les trouvant dépouillés volontairement de toute révélation, et abandonnés à leur lumière naturelle, toute foi mise à part, il les interroi^e de quelle autorité ils entreprennent de juger de cet Être souverain qui est infini par sa propre définition, eux qui ne connaissent véritablement aucune des moindres choses de la nature. Il leur demande sur quels principes ils s'appuient ; il les presse de les montrer. Il examine tous ceux qu'ils peuvent produire, et pénètre si avant, par le talent où il excelle, qu'il montre la vanité de tous ceux qui passent potir les plus éclairés et les plus fermes. Il demande si l'âme connaît quelque chose, et si elle se connaît elle-même; si elle est substance ou accident, corps ou esprit; ce que c'est que chacune de ces choses, et s'il n'y a rien qui ne soit de l'un de ces ordres ; si elle

1, Essais, liv. II, c. xii. — Raymond Sebon ou Sebonde professa la philosophie, la médecine et la thi^oiogie, i Toulouse, au xv* siècle.

Il mourut vers 1433. Son principal ouvrage est intitulé Thaoiogia f%ar

luraliSy sive l^er creaturaruni.

Montaigne le traduisit en français.

Voir un long extrait de cette traduction au t. IV, p. 305-340 de l'édition de Montaigne, par J. V. Le Clerc. (Garnier, 1866.)

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connaît son propre corps, ce que c'est que matière, et si elle peut discerner entre Tinnombrable variété d'avis qu'on en produit; comment elle peut raisonner, si elle est matérielle ; et comment elle peut être unie au corps particulier et en ressentir les passions, si elle est spirituelle ; quand a-t-elle commencé d'être ? avec le corps ou devant^? ou si elle fmit avec lui ou non; si elle ne.se trompe jamais; si elle sait qu'elle erre, vu que l'essence de la méprise consiste à la méconnaître' ; si dans ses obscurcissements elle ne croit pas aussi fermement que deux et trois font six qu'elle sait ensuite que c'ejst cinq; si les animaux parlent, raisonnent, pensent; et qui peut décider s ce que c'est )que le temps, ce que c'est qa« l'espace ou étendue, ce que c'est que le mouvement, ce que c^est que l'unité, qui spnt toutes choses qui nous environnent et entièrement inexplicables; ce qiie c'est que la

1. La complaisance avec laquelle Pascal énumère tous ces doutes, montre combien peu Tavait touché le nouveau dogmatisme de Descartes. Celui-ci pourtant proposait une réponse à chacune de ces questions : Tâme se connaît d'abord, et le reste ensuite ; elle se connaît comme substance, et comme substance spirituelle ; toute la réalité que l'homme peut connaître, rentre dans l'une ou l'autre de ces deux grandes divisions, étendue et pensée, matière ou corps et esprit; la matière ne fait qu'un avec l'étendue, et il n'y a entre tous les corps que des différences de grandeur, de situation et de mouvement ; quant au problème de l'union de . l'âme et du corps. Descartes essayait d« le résoudre au moyen d» Ja glande pitiétUit et des esprit» «tnimatuo. Pascal coitsidé-

rait-il comme nulle et non avenue toute la théorie de Descartes?

2. M.Havet, d'après le manuscrit de la Mazarine : consiste à - la connaître. Mais le P. Desmolets donne : à ne le pa» connaître (qu'on se trompe) ; et l'édit, de 1736 :

à la méconnaître (la méprise), sens qui me paraît beaucoup plus satisfaisant.

3. M. Havet, d'après le même Ms. : « el sHls peuvent décider ce que e^est que le temps.... » Qui donc ils ? seraient-ce les animaux? Personne ne pense qu'ils se posent de semblables problèmes.

Et Pascal dit plus bas : a. et- puisque nous ne savons ce que c'est qu'âme, corps, temps, espace.... »

C'est pourquoi j'ai suivi la leçon ou, si l'on veut, la glose du P. Desmolets, qui est aussi celle de l'édition de 17S0.

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santé, maladie, vie, mort, bien, mal, justice, péché, dont nous parlons à. toute heure; si nous avons en nous des principes du vrai, et si ceux que nous croyons, et qu'on appelle axiomes ou notions communes, sont conformes dans tous les hommes, et conformes à la vérité essentielle ^ Et puisque nous ne savons que par la seule foi qu'un être tout bon nous les a donnés véritables, en nous créant pour connaître la vérité, qui saura sans cette lumière si, étant formés à Taventure, ils ne sont pas incertains, ou si, étant formés par un être faux et méchant, il ne nous les a pas donnés faux afin de nous séduire? montrant par là que Dieu et le vrai sont inséparables, ou que sil'un est ou n'est pas, s'il est incertain ou certain, l'autre est nécessairement de même*. Qui sait donc si le sens commun, que nous prenons pour juge du vrai, en a l'être de celui qui Ta créé'? De plus, qui sait ce que c'est que vérité, et comment peut-on s'assurer de l'avoir sans la

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