‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 32 sur 47 · Sainte-Beuve, d'après son Ms · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, d'après son Ms

sans doute : « .... laqueUe, ....de sa faible raison, .... dans la condition des bêtes. » Et plus bas :

étant humble disciple de PÉglise.

a. II, p. 389, Port-Royal, i867.)

2. Ce passage marque nettement jusqu'où Pascal veut bien suivre Montaigne, et à quel moment il l'abandonne. Sceptique, Pascal consent à l'être juste assez pour humilier la raison humaine, mais pas davantage. Il emprunte au scepticisme de quoi préparer les voies à la religion, ni plus ni moins. Mais il rejette avec horreur les conclusions de Montaigne, et se défend énergiquement d'admettre avec lui les conséquences pratiques que sa théorie semble amener. D'accord avec Montaigne sur les principes spéculatifs, il se sépare de lui sur la morale. Il pense que des mêmes principes, ou peu s'en faut, on doit conclure tout autre chose.

ENTRETIEN AVEC M. DE SACI

De ce principe, dit-il, que hors de la foi tout est dans rincertitude, et considérant bien combien il y a que Ton cherche le vrai et le bien sans aucun progrès vers la tranquillité, il conclut qu'on en doit laisser le soin aux autres ; et demeurer cependant en repos, coulant légèrement sur les sujets de peur d'y enfoncer en appuyant ; et prendre le vrai et le bien sur la première apparence, sans les presser, parce qu'ils sont si peu solides, que, quelque peu qu'on serre la main, ils s'échappent entre les doigts, et la laissent vide. C'est pourquoi il suit le rapport des sens et les notions communes, parce qu'il faudrait qu'il se fît violence pour les démentir, et qu'il ne sait s'il gagnerait, ignorant où est le vrai. Ainsi il fuit la douleur et la mort, parce que son instinct l'y pousse, et qu'il n'y veut pas résister pour la même raison, mais sans en conclure que ce soit de véritables maux, ne se liant pas trop à ces mouvements naturels de crainte, vu qu'on en sent d'autres de plaisir, qu'on accuse d'être mauvais, quoique la nature parle au contraire. Ainsi, il n^a rien d'extravagant dans sa conduite; il agit comme les autres hommes, et tout ce qu'ils font dans la sotte pensée qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un autre principe, qui est que, les vraisemblances étant pareillement d'un et d'autre côté, l'exemple et la commodité sont les contrepoids qui l'entraînent.

« Il suit donc les mœurs de son pays, parce que la coutume l'emporte*. Il monte sur son cheval, comme un homme qui ne serait pas philosophe, parce qu'il le souffre, mais sans croire que ce soit de droit, ne sachant

1 . « Ainsi, je ne suys propre qu*à suyvre et me laisse ayseemenl emporter à la foule : je ne me fie pas aasez en mes forces

pour entreprendre de commander ni guider ; je suis bisn aise de trouver mes pas tracés par les auUres. » {Essais^ 1. II, c, xvii.)

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pas si cet animal n'a pas, au contraire, celui de se servir de lui . Il se fait aussi quelque violence pour éviter de certains vices, et même il a gardé la fidélité au mariage, à cause de la peine qui suit les désordres ^ ; mais si celle qu'il prendrait surpasse celle qu'il évite, il y demeure en repos, la règle de son action étant en tout la commodité et la tranquillité. Il rejette donc bien loin cette vertu stoïque, qu'on peint avec une mine sévère, un regard farouche, des cheveux hérissés, le front ridé et en sueur, dans une posture pénible et tendue, loin des hommes, dans un morne silence, et seule sur la pointe d'un rocher : fantôme, à ce qu'il dit, capable d'effrayer les enfants, et qui ne fait là autre chose, avec un travail continuel, que de chercher le repos où elle n'arrive jamais*. La sienne est naïve, familière, plaisante, enjouée.

i. Lequel vaut mieux, cependant, de se conduire de la sorte, à cause de la peine qui suit les désordres, ou, comme vient de le dire Montaigne, si injurieusement pour la vertu, dans la sotte pensée qu^on suit le vrai bien?— Il y demeure, dans les désordres, comme plus bas : s'ils ne demeurent dans leurs désordres par lâcheté. (P.

2. Montaigne disait de la philosophie : V. Ona grand tort de la peindre inaccessible aux enfans et d^un visage renfroigné, sourcilleux et terrible : qui me Va masquée de ce faulx visa^e,pasle et hideux? Il n'est rien plu^ gay, plus gaillardf plus enjoué, et à peu que je ne die follastre ; eUe ne prêche que feste et bon temps:

une mine triste et transie montre que ce n'est pas là son giste. » Et plus loin, parlant de la vertu : a. EUe

n'est pas, comme dict Ceschole, plantée à la teste dPun mont coupé, rabotteux et ina^ccessible : ceulx qui Vont approchée, la tiennent , au rebours, logée dans une belle plaine fertile et fleurissante, d'oii elle veoid bien soubs soy tojites choses; m,ais si peut on y arriver, qui en sçait Vaddresse, par des rouies om,brageuses, gazonnées et doux fleurantes, plaisaimneyit, et d'une pente facile et polie, comme est c^le des voûtes célestes. Pour n'avoir hanté ceste vertu suprên^e, belle, irium,phanie , amoureu>se , délicieuse pareillemenl et coura^ev^e, ennemie professe et irréconciliable daigreur, de desplaisir, de crainte et de contraincte, ayant pour guide nature, fortune et vo~ lupté pour compaignes ; ils sont allés selon leur foiblesse feindre cette sotte im<tge, triste, querel-

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et, pour ainsi dire, folâtre : elle suit ce qui la charme, et badine négligemment des accidents bons ou mauvais, couchée mollement dans le sein de Toisiveté tranquille, d*où elle montre aux hommes, qui cherchent la félicité avec tant de peine, que c'est là seulement où elle repose, et que Tignorance et l'incuriosité sont deux doux oreillers pour une tête bien faite, comme il dit lui-même*.

a Je ne puis pas vous dissimuler, monsieur, qu'en lisant cet auteur et le comparant avec Épictète, j'ai trouvé qu'ils étaient assurément les deux plus illustres défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde et les seules conformes à la raison, puisqu'on ne peut suivre qu'une de ces deux routes, savoir : ou qu'il y a un Dieu, et alors il y place son souverain bien ; ou qu'il est incertain, et qu'alors le vrai bien l'est aussi, puisqu'il en est incapable*. J'ai pris un plaisir extrême à remarquer dans ces

leusBy despiief menaceuse^ mineuse^ et la placer sur un rochier à Cescart emmy des ronces; fantasme à estonner les gents. » {Essais^ 1. 1, c. XXVI.) — Kant cependant se deqiandera plus tard ce qui fait le plus d'impression sur Pâme de reniant, de cette vertu si enjouée et si folâtre, ou du devoir présenté avec toute son austérité ? L'impression que laisse celui-ci est certainement plus forte et plus salutaire :

attirer les enfants par des récompenses sensibles^ ce serait, disait déjà Malebranche, a corrompre toutes leurs meilleures actions, et les porter plutôt à la sensualité qu'à la vertu. » {Rech. de la Vér., 1. II, c. VIII, fin.)

1. Montaigne: a Oh! que c'est un douloo et vnol chevet et sain que Vignorance et Viwyuriosité à reposer une tète bien faicte ! »

(Essais 1 1. III, c. XIII.) On voit que Pascal emprunte çà et là ses citations de Montaigne, et modifie un peu le texte.

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