‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 42 sur 47 · On songe d'abord à Descartea · texte numérisé non relu

On songe d'abord à Descartea

qui * rapporte toutes les facona ^]^^

nenser à deux générales, dont Tutv-,

Benser

J^ gVsle a apercevoir par l'enta

DE l'art de persuader.

^e ne parle pas ici des vérités divines, que je n^aurais garde de faire tomber sous Part de persuader, car elles sont infiniment au-dessus de la nature : Dieu seul peut les mettre dans Târae, et par la manière. qu'il lui plaît*. Je sais qu'il a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non pas de l'esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonnement qui prétend devoir être juçe des choses que la volonté choisit, et pour guérir cette volonté infirme qui s'est toute corrompue par ses sales attachements. Et de là vient qu'au lieu qu'en parlant des choses humaines on dit qu'il faut les connaître avant que de les aimer, ce qui a passé en proverbe, les saints au contraire disent en parlant des choses divines qu'il faut les aimer pour les connaître, et qu'on

par la volonté. » (Principes, I, 32.) Mais Descartes attribue à la volonté seule le jugement vrai ou faux : Tentendement ne fait que proposer, la volonté dispose. Cette théorie ne se trouve pas clairement dans Pascal. En outre par entendement et volonté, il veut dire Vesprit et le cœur^ « qui sont comme les deux portes par où les vérités sont reçues dans Tâme ». Or, le cœur est corrompu, la volonté est infirme par suite du péché originel :

ce n'est pas là que se trouve l'homme véritable, il est tout entier dans l'esprit ou dans l'entendement, que Pascal regarde ici comme sa vraie nature, ou son essence : le reste lui est étranger, contre sa naiure. — Cependant on se décide d'ordinaire par là, mais on n'ose pas l'avouer, on cherche ailleurs de bonnes raisons, par une sorte ** 'hypocrisie, qui est un hommage <) le vice rend à la vertu, ou

plutôt la partie inférieure de nousmêmes à la partie supérieure.

1. Ce paragraphe et le suivant forment une parenthèse. Pascal n'a jamais varié sur les vérités divines :

elles sont infiniment au-dessus de la nature, c'est-à-dire de la raison.

Voilà, semble-t-il, qui condamne à l'avance sa propre tentative de persuader la religion chrétienne. Mais il ne prétendra pas non plus en donner une démonstration. II cherchera seulement à mettre Tâme dans un tel état, que la grâce d'en haut survenant trouve tout préparé pour la recevoir. Si la raison se démontrait la religion à elle-même, elle s'en attribuerait tout l'honneur, et ne rendrait plus à Dieu l'hommage qui convient. Aussi « Dieu veut plus disposer la volonté que Vesprit. La clarté parfaite servirait à Vesprit et nuirait à la volonté.

Abaisser la superbe. » {Pensées^ art. XX, 3.) ».

DE LART DE PERSUADER

n'entre dans la vérité que par la charité, dont ils ont fait une de leurs plus utiles sentences.

En quoi il paraît que Dieu a établi cet ordre surnaturel et tout contraire à l'ordre qui devait être naturel aux hommes dans les choses naturelles. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre en faisant des choses profanes ce qu'ils devaient faire des choses saintes, parce qu'en effet nous ne croyons presque que ce qui nous plaît. Et de là. vient réloigoément où nous sommes de consentir aux vérités de la religion chrétienne tout opposée à nos plaisirs. Dites-nous des choses agréables et nous vous écouterons, disaient les Juifs à Moïse; comme si l'agrément devait régler la créance 1 Et c'est pour punir ce désordre par un ordre qui lui est conforme, que Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'après avoir dompté la rébellion de la volonté par une douceur toute céleste qui la charme et qui l'entraîne ^

Je ne parle donc que des vérités de notre portée ; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l'âme, mais que bien peu entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du raisonnement *,

i. On ne voit en tout cela que deux usages de la volonté : Tun qui est naturel, mais mauvais le plus souvent ; l'autre qui est bon, mais surnaturel. Dans le premier cas, 1 ame cède à l'agrément, au plaisir, qui Tentraîne souvent à l'erreur sur ce qui est bien ou mal pour elle; dans le second, elle va droit à son vrai bien, mais par une impulsion reçue immédiatement de Dieu. De&* cartes, sans être contraire à ces idées, reconnaît cependant un bon

et légitime usage, quoique naturel, de la volonté, lorsqu'elle consent aux vérités que l'entendement lui montre claires et distinctes.

3. « La volonté est un desprineipaiix organes de la créance; non qu'eue forme la créance^ mais parce que les choses sont vraies ou fausses^ selon la face Par <w <^ ^* regarde. La dotonié, qV-^ «« V^^ à Vune plu^ q%M*à CaiAtre, détourne Peaprtt d^ Q^v-jY»6ndre les quaU*lc« de oelt^^

DE L'ART DE PERSUADER

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions.

Ceux de Tesprit sont des vérités naturelles et connues à tout le monde, comme que le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers que les uns reçoivent et non pas d*autres, mais qui dès qu'ils sont admis sont aussi puissants, quoique faux, pour emporter la créance, que les plus véritables.

Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d^être heureux, que personne ne peut pas ne pas avoir, outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver, et qui ayant la force de nous plaire sont aussi forts, quoique pernicieux en effet, pour faire agir la volonté, que s'ils faisaient son véritable bonheur i^

Voilà pour ce qui regarde les puissances qui nous portent à consentir.

Mais pour les qualités des choses que nous devons persuader, elles sont bien diverses*.

qu'elle n^aime pas à voir ; et ainêi Vesprit^ marchant d*une pièce avec la volonté^ s^arrête à regar* der la face qu'elle aime^ et ainsi il en juge par ce quHl en voit. »

(Art. III, 10, Pensées.)

1 . « Tous les hommes recherchent <Pêtre heureux; cela est sans exception. Quelque différents moyens qu'ils y emploient^ ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n''y vont pas^ est ce mèms désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. Cest le m^tif de toutes les actiorts de tous

les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre. » (Art. VIII, 2, Pensées). Pascal établit un parallélisme exact entre Tentendement et la volonté : chacune des deux puissances se décide en vertu de deux sortes de principes; les uns, vrais et légitimes, qui sont aussi les mêmes chez tous les hommes ; les autres, incertains sinon faux, et d'ordinaire pernicieux. Il faut néanmoins avoir égard à tout cela, quand on veut persuader entière' nient.

2. Dans tout ce qui suit, Pascal distingue tous les cas possibles (il y en a cinq), et les examine Tun après l'autre, avec l'exactitude d*un géomètre qui discute un problème

DE LART DE PERSUADER

Les unes se tirent, pkr une conséquence nécessaire, des principes communs et des véritéB avouées. Celles-là peuvent être inraitliblement persuadées ; car, en montrant le rapport qu'elles ont avec les principes accordés, il y a une nécessité inévitable de coDvaiacre, et il est impossible qu'elles ne soient pas reçues dans l'âme dès qu'on a pu les enrôler & ces vérités qu'elle a déjà admises.

Il y en a qui ont une union étroite avec les objets de notre satisfaction ; et celles-là sont encore reçues avec certitude, car aussitôt qu'on fait apercevoir à l'âme qu'une chose peut la conduire h ce qu'elle aime souverainement, il est inévitable qu'elle ne s'y porte avec joie.

Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble et avec les vérités avouées et avec les désirs du cœur, sont si sûres de leur effet, qu'il n'y a rien qui le soit davantage dans la nature.

Comme au contraire ce qui n'a de rapport ni & nos créances ni à nos plaisirs nous est imporlun, Taux et absolument étranger.

En toutes ces rencontres, il n'y a point à douter. Mais it y en a oii les choses qu'on veut faire croire sont bien établies sur des vérités connues, mais qui sont en même temps contraires aux plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles-là sont en grand péril de faire voir, par une expérience qui n'est que trop ordinaire, ce que je disais

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['objel do discours) ». et à « faire IHirttml des dinon^rmnejtts •{ enlien «I det repue» fi giniralsa^ qxCii f-ùl attvré de ne rien omet^ Ira (il Janmèrs en dfnl, dans ch^^

marqoéee, loutcBiini peal sert-,^^-

DE l'art de persuader.

au commencement : que cette Amë impérieuse, qui se vantait de n'agir que par raison, suit par un choix honteux et téméraire ce qu'une volonté corrompue désire, quelque résistance que l'esprit trop éclairé puisse y opposer*.

C'est alors qu'il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté, et que la connaissance de Tune et le sentiment de l'autre font un combat dont le succès est bien incertain, puisqu'il faudrait pour en juger connaître tout ce qui se passe dans le plus intérieur de l'homme, que l'homme même ne connaît presque jamais.

Il paraît de là que, quoi que ce soit qu'on veuille persuader, il faut avoir égard à la personne à qui on en veut, dont il faut connaître l'esprit et le cœur, quels principes il accorde, quelles choses il aime; et ensuite remarquer dans la chose dont il s'agit quel rapport elle a avec les principes avoués ou avec les objets délicieux par les charmes qu'on lui donne*.

De sorte que l'art de persuader consiste autant en celui d'agréer qu'en celui de convaincre, tant les hommes se gouvernent plus par caprice que par raison I

Or, de ces deux méthodes, l'une de convaincre, l'autre

1. Trop éclairé; c'est que, ne pouvant empêcher le mal, qu'elle nous fait néanmoins reconnaître et sentir, elle ne sert qu'à nous rendre plus malheureux. Mais cela même fait notre grandeur : «... L'homme connaît qu'il est misérable ; il est donc misérable, puisqu'il Vest ; mais il est bien grande puisquHl le connaît. » (Art. VIII, 13, Pensées.)

2. Pascal résume en cette phrase toute sa théorie sur l'art de per-

suader. Ce mot chez lui n'est pas opposé à convaincre, comme si persuader s'adressait au cœur, et convaincre à Vesprit. Persuader s'adresse à l'âme tout entière, et si l'on veut distinguer en elle deiix parties, l'esprit et le cœur, convaincre s'adresse au premier, et au second agréer. Pascal ne donnera des règles que pour convaincre, non pour agréer. — Le P. Desmolets : qu'on leur oftribue.

DE l'art de persuader.

d*agréer,je ne donnerai ici les règles que de la première; et encore au cas qu*on ait accordé les principes et qu'on demeure ferme à les avouer : autrement je ne sais s'il y aurait un art pour accommoder les preuves à Tinconstance de nos caprices.

Mais la manière d'agréer est bien sans comparaison plus difficile, plus subtile, plus utile et plus admirable ; aussi, si je n'en traite pas, c'est parce que je n'en suis pas capable ; et je m'y sens tellement disproportionné que je crois la chose absolument impossible ^

Ce n'est pas que je ne croie qu'il y ait des règles aussi sûres pour plaire que pour démontrer, et que qui les saurait parfaitement connaître et pratiquer ne réussît aussi sûrement à se faire aimer des rois et de toutes sortes de personnes qu'à démontrer les éléments de la géométrie à ceux qui ont assez d'imagination pour en comprendre les hypothèses'. Mais j'estime, et c'est peutêtre ma faiblesse qui me le fait croire, qu'il est impossible d'y arriver. Au moins je sais que si quelqu'un en

1. Cependant M" Périer dit dans la Vie de son frère : « Il avait une éloquence naturelle qui lui donnait une facilité merveilleuse à dire ce quHl voulait; mais il avait ajouté à cela des règles dont on ne s'était pas encore avisée et dont il se servait si avahtageusem^ent qu^il était m,aître de son style; en sorte que, non seulement il disait tout ce qu'il voulait^ mais il le disait en la manière quHl voulait, et son discours faisait Veffet qu'il s'était proposé. » (Éd. Havet, Introd.

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