‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 43 sur 47 · LXXIII · texte numérisé non relu

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2. On s'étonne de voir la géométrie rapportée à Timagination, et non à l'entendement pur. C'est qu'il

y a quelque chose de supérieur encore aux mathématiques, et dont l'objet est davantage abstrait et dépouillé de tout ce qui rappelle la réalité sensible. Platon ne mettait^il pas au-dessus des mathématiques la dialectique, et Descartes écrivait : « Les pensées mélorphysiques^ qui exercent Ventendemsnt pur^ servent à nous rendre la notion de Vâme familière ; et V étude des mathématiques^ qui eaaerce principalemsnt Tinia*.

ginalion en la considératiQy.

des figures et des tn-ouvem«>^»j.

not«« accoutuTne à former notions du corps bien tinctes... » (Éd. Garnier, t - v^ p. 251.) " \^.

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est capable, ce sont des personnes que je connais, et qu'aucun autre n'a sur cela de si claires et de si abon<>dantes lumières ^

La raison de cette extrême difBculté vient de ce que les principes du plaisir ne sont pas fermes et stables. Ils sont divers en tous les hommes et variables dans chaque particulier avec une telle diversité qu'il n'y a point d'homme plus différent d'un autre que de soi-même dans les divers temps. Un homme a d'autres plaisirs qu\ine femme; un .riche et un pauvre en ont de différents; un prince, un homme de guerre, un marchand, un bourgeois, un paysan, les vieux, les jeunes, les sains, les malades, tous varient; les moindres accidents les changent.

Or, il y a un art, et c'est celui que je donne, pour faire voir la liaison des vérités avec leurs principes» soit de vrai, soit de plaisir, pourvu que les principes qu'on a une fois avoués demeurent fermes et sans être jamais démentis.

Mais comme il y a peu de principes de cette sorte et que, hors de la géométrie qui ne considère que des figures très simples, il n'y a presque point de vérités dont nous demeurions toujours d'accord et encore moins d'objets

1. Qui sont ces personnes? Arnauld et Nicole, a-t-on dit. Pourquoi pas plutôt le chevalier de Méré, qui initia Pascal aux choses du monde, et se vante de Tavoir guéri de ses mathématiques, et qui d^ailleurs avait fait de Varl d'agréer l'étude de toute sa vie ? D'autant plus que dans le fragment qui précède, à propos de l'espace divisible à l'infini, Pascal fait allusion au sentiment contraire de ce personnage. Arnauld avait bien

plutôt Vesprit géométrique que Vesprit de finesse^ comme il parut dans le fa<auin composé par lui un peu avant sa condamnation, et qui donna à Pascal l'occasion d'écrire sa première lettre au Provincial.

« Je vois bien^ avait dit Arnauld après l'avoir lu à ses amis, que vous trouvez cet écrit mauvais^ et je croie qv^ votis avez rataon. »

Quant à Nicole, il ne publia quelque chose que plus tard, et ses Essais de morale ne p.arurent qu'en 1673.

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de plaisir dont nous ne changions à toute heure, je ne sais s'il y a moyen de donner des règles fermes pour accorder les discours à Tinconstance de nos caprices *.

Cet art, que j'appelle Vart de persuader et qui n^est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites, consiste en | trois parties essentielles : — à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires ; — à proposer des principes ou axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit ; — et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis.

La^raison de cette méthode est évidente, puisqu'il serait inutile de proposer ce qu'on veut prouver et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavant défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles; et qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de la demande des principes évidents qui y sont nécessaires, car si Ton n'assure le fondement on ne peut assurer l'édifice; et [qu'il faut enfin en démontrant

1. Pascal préfère de beaucoup Vart de convaincre. Vart (Vagréer n^est qu'une concession à la faiblesse de notre nature, depuis qu'elle est gâtée par le péché du premier homme. Il faut bien s'accommoder aux hommes, comme ils sont, lorsqu'on veut leur persuader quelque chose, et Pascal l'a fait d'assez bonne grâce, ce semble, en écrivant les Provincialea. Mais il avait au fond sur l'art et ses nécessités si frivoles et si peu favorables au salut les sentiments que Malebranche exprimera plus tard ainsi : « ... Tous les divers styles ne nous plaisent ordinairement

qu*à cause de ta corruption se- ^ crête de notre coeur... Si nou>s ai' mons le genre sublime^ Vair nobleet libre de certains auteurs^ c'est que nous avons de la vanité et que nous aimons Sa grandeur et l'indépendance^ et ce goût que nous trouvons dans la délicatesse des discours efféminés n''a point dCoAAtre source qu'une secrète inelincAionpow la moUesse et pour la volupté. » (Rech. de la Kér., 1. II, 3* partie, c. v.) Il faut voir comm^ le P. Bouhours, jésuite, protesta contre cette théorie janséniste ^v.

l'art. (Sainte-Beuve, Port-Hoy^l t. II, p. 162-163, édit. 1867.) ^"^

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substitaer mentalement lés définitions à la place des définis, puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est sûr de convaincre, puisque, les termes étant tous entendus et parfaitement exempts d'équivoques par les définitions, et les principes étant accordés, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les définitions à la place des définis, la force invincible des conséquences ne peut manquer d*avoir tout son effet.

Aussi jamais une démonstration dans laquelle ces circonstances sont gardées n'a. pu recevoir le moindre doute; et jamais celles où elles manquent ne peuvent avoir de force.

Il importe donc bien de les comprendre et de les posséder; et c'est pourquoi, pour rendre la chose plus facile et plus présente, je les donnerai toutes en ce peu de règles qui enferment tout ce qui est nécessaire pour la perfection des définitions, des axiomes et des démonstrations, et par conséquent de la méthode entière des preuves géométriques de l'art de persuader*.

Règles pour les définitions. — !• N'entreprendre de définir aucune des choses tellement connues d'ellesmêmes, qu'on n'ait point de termes plus clairs pour les expliquer.

2. N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques sans définition.

3. N'employer dans la définition des termes que des mots parfaitement connus, ou déjà expliqués.

Règles pour les axiomes. — 1. N'omettre aucun des

1. Les auteurs de la Logique de Port-Royal ont emprunté ces règles, comme ils le reconnais-

sent, en les copiant dans le manuscrit encore inédit. (Partie IV,

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