‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 44 sur 47 · C. XI · texte numérisé non relu

C. XI

DE l'art de persuader. 125

principes nécessaires sacns avoir demandé si on l'accorde, quelque clair et évident qu'il puisse être.

2. Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes d'elles-mêmes.

Règles pour les démonstrations. -- 1. N'entreprendre de démontrer aucune des choses qui sont tellement évidentes d'elles-mêmes qu'on n'ait rien de plus clair pour les prouver.

2. Prouver toutes les propositions un peu obscures, et n'employer à leur preuve que des axiomes très évidents ou des propositions déjà, accordées ou démontrées.

3. Substituer toujours mentalement les définitions à la place des définis, pour ne pas se tromper par l'équivoque des termes que les définitions ont restreints.

Voilà les huit règles qui contiennent tous les préceptes des preuves solides et immuables, desquelles il y en a trois qui ne sont pas absolument nécessaires et qu'on peut négliger sans erreur ; qu'il est môme difficile et comme impossible d'observer toujours exactement, quoiqu'il soit plus parfait de le faire autant qu'on peut; ce sont les trois premières de chacune des parties :

Pour les définitiom. — Ne définir aucun des termes qui sont parfaitement connus.

Pour les axiomes, — N'omettre à demander aucun des axiomes parfaitement évidents et simples.

Pour les démonstrations, — Ne démontrer aucune des choses très connues d'elles-mêmes.

Car il est sans doute que ce n'est pas une grande faul^ de définir et d'expliquer bien clairement des choses quoique très claires d'elles-mêmes, ni d'omettre à 4^^,^ mander par avance des axiotnes c^^i^ tve peuvent ètx^

DE l'art de persuader.

refusés au lieu où ils sont nécessaires ; ni enfin de prouTer des propositions qu'on accorderait sans preuve*.

Mais les cinq autres règles sont d'une nécessité absolue, et on ne peut s'en dispenser sans un défaut essentiel et souvent sans erreur ; et c'est pourquoi je les reprendrai ici en particulier.

Règles nécessaires pour les définitions. — N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques sans définition ;

N'employer dans les définitions qUe des termes parfaitement connus ou déjà, expliqués.

Règle nécessaire pour les aooiomes, — Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes.

Règles nécessaires pour les démonstrations. — Prou-

i. De ces trois règles, la i~ au moins et la 3* sont observées le plus possible par les géomètres soucieux d'exactitude et de ri*gueur, et contribuent, comme le dit Pascal, à la perfection de la science. En géométrie, plus on démontre, mieux cela est. c Proclus, dit Leibniz, attribue déjà à Thaïes de Milet, un des plus anciens géomètres connus, d'avoir voulu démontrer des propositions qu'Euclide a supposées depuis comme évidentes. On rapporte qu'Apollonius a démontré d'autres axiomes, et Proclus le fait aussi. Feu M. Roberval, déjà octogénaire ou environ, avait dessein de publier de nouveaux éléments de géométrie... Peut-être que les nouveaux éléments de M. Arnauld, qui faisaient du bruit alors, y avaient contribué. Il en montra quelque chose dans l'Académie royale des sciences, et quelques-uns trouvèrent à redire que, supposant cet axiome,

que si à des égaux on ajoute des grandeurs égales, il en provient des égaux, il démontrait cet autre qu'on juge de pareille évidence, que si des égaux on ôte des grandeurs égales, il en reste des égaux. On disait qu'il devait les supposer tous deux ou les démontrer tous deux. Mais je n'étais pas de cet avis, et je croyais que c'était toujours autant de gagné que d'avoir diminué le nombre des axiomes. Et l'addition sans doute est antérieure à la soustraction et plus simple, parce que les deux termes sont employés dans l'addition l'un comme l'autre, ce qui n'est pas dans la soustraction. M. Amauld faisait le contraire de M. Roberval.

Il supposait encore plus qu'Euclide... Cela pourra être bon pour les commençants, que la scrupulosité arrête ; mais quand il s'agit de l'établissement de la science, c'est autre chose. » {Nouveaux Essais, 1. IV, c. vu.)

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ver toutes les propositions, en n'employant à, leur preuve que des axiomes très évidents d'eux-mêmes ou des propositions déjà démontrées et accordées.

N'abuser jamais de l'équivoque des termes, en manquant de substituer mentalement les définitions qui les restreignent et les expliquent*.

Voilà les cinq règles qui forment tout ce qu'il y a de nécessaire pour rendre les preuves convaincantes, immuables, et pour tout dire géométriques ; et les huit règles ensemble les rendent encore plus parfaites.

Je passe maintenant à celle de Tordre dans lequel on doit disposer les propositions, pour être dans une suite excellente et géométrique*.

1. A propos de sa polémique avec le P. Noël, Pascal écrivait à M. Le Pailleur : « Voici ses termes : Je définis le corps ce qui est composé de parties les unes hors des autres, et dis que tout corps est espace,....

et que tout espace est corps... Ce n'est pas qu'il ne lui soit permis de donner à ce qui a des parties les unes hors les autres, tel nom qu'il lui plaira; mais il ne tirera pas grand avantage de cette liberté; car le mot de corps, par le choix qu'il en a fait, devient équivoque :

si bien qu'il y aura deux sortes de choses entièrement différentes, et même hétérogènes que l'on appellera corps ; l'une, ce qui a des parties les unes hors les autres, car on l'appellera corpSj suivant le P.

Noël ; l'autre, une substance matérielle, mobile et impénétrable, car on l'appellera corps dans l'ordre.

Mais il ne pourra pas conclure de cette ressemblance de nom, une ressemblance de propriétés entre

ces choses,... de même que s'il avait donné à ce qui a des parties les unes hors des autres, le nom d'^ti, d^esprity de lumière, commù il aurait pu faire aussi aisément que celui du corps, il n'en aurait pu conclure que notre espace fût aucune de ces choses. » Et, substituant la déflnition à la place du défini, Pascal trouve « que cette conclusion, que tout espace est corps, n'est autre chose que celleci : que tout espace a des parties les unes hors des autres ; mais non pas que tout espace est matériel, comme le P. Noël s'est figuré. » — Par-dessus le P. Noël, Pascal vise peut-être ici et atteint sûrement Descartes, qui définissait le corps ou la matière par l'étendue seulement.

2. Toute cette seconde partie manque. Il est probable que l'ordr^ que Pascal eût recommandé ^^^ l'ordre des géomètres, et sa méth^A

eût été entièrement la même

128 DE l'art de persuader.

Après avoir établi ....

Voilà en quoi consiste cet art de persuader, qui se renferme dans ces deux principes : définir tous les noms qu'on impose ; prouver tout, en substituant mentalement les définitions à la place des définis.

Sur quoi il me semble à propos de prévenir trois objections principales qu'on pourra faire.

L'une, que cette méthode n'a rien de nouveau; — l'autre, qu'elle est bien facile à apprendre, sans qu'il soit nécessaire pour cela d'étudier les éléments de géométrie, puisqu'elle consiste en ces deux mots qu'on sait à la première lecture ; — et enfin qu'elle est assez inutile, puisque son usage est presque renfermé dans les seules matières géométriques.

Il faut donc faire voir — qu'il n'y a rien de si inconnu, — rien de plus difficile à pratiquer, — et rien de plus utile et de plus universel.

Pour la première objection, qui est que ces règles sont communes dans le monde, « qu'il faut tout définir et tout prouver, » et que les logiciens mêmes les ont mises entre les préceptes de leur art*, je voudrais que la chose fût

celle de Descartes, sans qu'on pût dire qu'il rempruntait à Descartes :

il était assez bon mathématicien pour la trouver lui-même et en reconnaître toute Texcellence. Du moins on a vu, note 2, de la p. 118, qu'il suivait la 2* et la 4* règle de Descartes : diviser..., et faire partout des dénombrements si entiers,... Restait, il est vrai, la 3* règle, qui est la plus importante : a conduire par ordre mes pensées^ en covMnençant par les objets Us plus simples et les plus

aisés à connaître^ pour monter peu à peu com/me par degrés jx^sques à la connaissance des plus com,posés... Ta

1. Qui sont ces logiciens, auxquels Pascal fait allusion ? Il n'en nomme aucun, et ne les avait certainement pas lus. Tout ce qu'il savait de logique, il l'avait appris, non dans les livres, mais par des entretiens avec son père, «c pendant et après le repas ». Puis, en s'exerçant à des questions de géométrie, il se fit lui-même sa Logique.

DE L*ART I K PERSUADER

véritable et qu'elle fût si connue, que je n'eusse pas eu la peine de rechercher avec tant de soin la source de tous es défauts des raisonnements qui sont véritablement communs. Mais cela Test si peu, que si Ton en excepte les seuls géomètres, qui sont en si petit nombre qu'ils sont uniques en tout un peuple et dans un long temps, on n'en voit aucun qui le sache aussi*. Il sera aisé de le ^ire entendre à ceux qui auront parfaitement compris le feu que j'en ai dit; mais s'ils ne l'ont pas conçu parfaitement, j'avoue qu'ils n'y auront rien à y apprendre.

Mais s'ils sont entrés dans l'esprit de ces règles, et qu'elles aient assez fait d'impression pour s'y enraciner et s'y affermir, ils sentiront combien il y a de différence entre ce qui est dit ici et ce que quelques logiciens en ont peut-être écrit d'approchant au hasard, en quelques lieux de leurs ouvrages.

Ceux qui ont l'esprit de discernement savent combien il y a de différence entre deux mots semblables, selon les lieux et les circonstances qui les accompagnent*. Groira-

1. Voici les géomètres auxquels Pascal rend hommage : oc M. des Argués, Lyonnais, un des grands esprits de ce temps et des plus versés aux mathématiques, et entre autres aux coniques... ». M. Le Pail.

leur, qu'il appelle « un excellent géomètre ».' — Surtout M. de Roberval et Fermât, a celui de toute l'Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, » sans parler des moindres, MM. de Beaugrand, Hardy, Carcavi, etc. — C'est une question de savoir s'il a apprécié toutes les inventions de Descartes, comme mathématicien ; en tout cas, il fut toute sa vie géomètre pur, plutôt qu'algébriste, et résolvait les problèmes plutôt par la consi-

PASCAL, OPUSCULES

dération des figures que par l'analyse des équations.

2. Ici commence une sorte de parenthèse, qui se termine, après six paragraphes, à ces mots : « ... c'est alors que la différence d'un même mot en diverses bouches paraît le plus. » — Ici, comme partout, Pascal revendique avec un soin jaloux son origmalité, même contre les obscurs logiciens qu'on pouvait lui opposer; comme il avait fait déjà en 1651 contre le jésuite de Montferrand qui lui opposait Torricelli^ le premier auteur des expériences sur le vide ; comme il fait dans se^ Pensées contre ceux qui lui aiw raient opposé Montaigne : ce Qu* ^^

ne dise pas que je n'ai rien

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t-on, en vérité, que deux personnes qui ont lu et appris par cœur le même livre le sachent également, si Fun le comprend en sorte qu^il en sache tous les principes, la force des conséquences, les réponses aiix objections qu'on y peut faire et toute l'économie de Touvrage * ; au lieu qu'en Tautre ce soient des paroles mortes et des semences qui, quoique pareilles à celles qui ont produit des arbres si fertiles, sont demeurées sèches et infructueuses dan^ l'esprit stérile qui les a reçues en vain? •

Tous ceux qui disent les mêmes choses ne les possèdent pas de la même sorte ; et c'est pourquoi l'incomparable auteur de Vari de conférer s'arrête avec tant de soin à faire entendre qu'il ne faut pas juger de la capacité d'un homme par l'excellence d'un bon mot qu'on lui entend dire : mais, au lieu d'étendre l'admiration d'un bon discours à la personne, qu'on pénètre, dit-il, l'esprit d'où il sort ; qu'on tente s'il le tient de sa mémoire ou d'un heureux hasard; qu'on le reçoive avec froideur et avec mépris, afin de voir s'il ressentira qu'on ne donne pas à ce qu'il dit l'estime que son prix mérite : on verra le plus souvent qu'on le lui fera désavouer sur l'heure, et qu'on le tirera bien loin de cette pensée meilleure qu'il ne croit, pour le jeter dans une autre toute basse et ridicule. Il faut donc sonder comme cette pensée est logée en son auteur; comment, par où, jusqu'où il la possède : autrement le jugement précipité sera jugé téméraire*.

de nouveau : la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume, c'est une mêmer balle dont on joue Vun et VauAre :

mais Vun la place mieux,,. »

(Art. VII, 9.) « Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi, que je trouve tout ce que j'y vois. »

(Art. XXV, 24.)

1. C'est ainsi, par exemple, que Pascal avait lu et retenu Ëpictète et Montaigne. i.

2. UArt de conférer est au c. VIII, 1. III, des Essais de Montaigne. «... Aux disputes et conrférences, tous les mots qui vmus seinblent bons ne doivent pas incontinent être acceptés.,. Il peut

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Je voudrais demander à des personnes équitables si ce principe : La matière est dans une incapacité naturelle invincible de penser y et celui-ci : Je pense, donc je suis^ sont en effet les mêmes dans Tesprit de Descartes et dans l'esprit de saint Augustin, qui a dit la même chose douze cents ans auparavant*.

• bien advenir à un tel de dire un ' beau traict, une bonne response et sentence^ et la mettre en avant sans en cognoistre la force... H n^y faut point toujours céder, quelque vérité ou beauté qu'elle ayt ; ou il la fault co-mbattre à eaoientf ou se tirer arrière^ soubs couleur de ne l'entendre pas, pour taster de toutes parts continent elle est logée en son auteur...

J^oys journeUement dire à des sots des mots non sots ; ils disent une bonne chose; sçachons jusr qt^s où ils la cognoissenty veoyons par où ils la tiennent. »

Et Montaigne termine ainsi :

« J^aime à les laisser embourber et empestrer encores plus qu'ils ne le sont^ et si avants sHl est possible^ qu'enfin ils se recognoissent.yi — Maiebranche dira au contraire : oc Ceux qui veulent se faire aimer et qui ont bien de Vespritj en doivent faire part aux aiUres, Qu'ils fassent si bien valoir les bonnes choses que les autres disent en leur présence, qu'avec eux chacun soit content de lui-même..., » {Morale, 2' partie, ch. XIII, § 3.) Ceci est plus cliaritable, et plus utile comme règle pour agréer à la fois et pour convaincre. Pascal en convient ailleurs. L'honnêteté y trouve son compte non moins que la charité.

1. Ces deux principes résument, en effet, toute la philosophie de Descartes : le premier, sa physique (la matière n'est que l'étendue) ; le second, sa métaphysique. Ailleurs, Pascal semble admettre ces deux principes pour son propre compte :

« Je puis bieti concevoir un hoimne sans m>ains, pieds, tête,.,.

m,aisje ne puis concevoir Vhom,me sans pensée.... » (Art. I, 2.) « Vhom,m^ n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, m£kis c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que Vunivers entier s^arm>e pour Vécraser. Une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le.

tusr. Mais qtiand funivers l'écraserait, Vhom/tne serait encore plUfS noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée... » (Ib. 6.) « Tous les corps, le firmam>ent, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits; car il connaît tout cela, et soi ; et les corps, rien.... De tous les corps ensem,ble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée :

cela est impossible, et d'un autr^Q ordre.... » (Art. XVII, 1.)

2. DescarVesfttt averti dès lô^rv que son principe se trouvait d^\ > dans saml AugAiftliïi. Arnauld, d^i^

DE LART DE PERSUADER

En vérité, je suis bien éloigné de dire que Descartes n'en soit pas le véritable auteur, quand même il ne Vaurait appris que dans la lecture de ce grand saint; car je sais combien il y a de différence entre écrire un mot à Taventure, sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue, et apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences, qui prouve la distinction des natures matérielle et spirituelle, et en faire un principe ferme et soutenu d'une physique entière, comme Descartes a pré • tendu faire. Car, sans examiner s'il a réussi efficacement dans sa prétention, je suppose qu'il Tait fait, et c'est dans cette supposition que je dis que ce mot est aussi différent dans ses écrits d'avec le même mot dans les autres qui l'ont dit en passant, qu'un homme plein de vie et de force d'avec un homme mort*.

ses Objections aux Méditations, fait plusieurs rapprochements entre le théologien et le philosophe.

Descartes « le remercie du secours qu^on lui a donné en le fortifiant de Vautorité de saint Augustin. » Plus tard, Arnauld traduisit un long passage du livre de la Trinité, 1. X, c. x, qu'il envoya le 31 juillet 1660 à M" de Sablé :

a Je vous envoie, dit-il, un discours de l'âme, que j'ai tiré autrefois de saint Augustin... Vous y trouverez beai\coup de raisonnements semblables à ceux de Descartes, et C^ est, pour voua dire le vrai, ce qui m^a donné quelque affection pour ce nouvel auieur.... » Lp même discours se retrouve dans la préface que Clerselier écrivit, lorsqu'il publia V Homme de René Descartes, en 1664. Il comptait sur l'autorité de ce Père de l'Église pour faire accepter Descartes aux timorés et aux scrupuleux.

1. Pascal, qui professe ici la plus vive admiration pour Descartes, ailleurs si maltraité par lui, fait néanmoins ses réserves : sans examiner, dit-il, sHl a réu^ssi dans sa prétention (d'en faire le principe ferme d'une physique entière). Pascal ne croyait pas que Descartes y eût réussi. Pourtant il était du sentiment de Descartes snr Vautomate, et il parait bien admettre avec lui, dans le fragment qui précède, que tout dans la nature se fait mécaniquement. Mais il fut toujours contraire à sa m,atière subtile, et dans sa lettre au P. Noël en 1647, et dans ses conversations à la fin de sa vie :

« Feu M. Pascal, disait Nicole.

quand il voulait donner un exemple d'une rêverie qui pouvait être approuvée par entêtement, proposait d* ordinaire F opinion de Descartes sur la matière et sur l'espace. » On sait que Descartes les identifiait, et même cette

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Tel dira UHQ chose de soi-même sans en comprendre J'excellence/ûii un autre comprendra une suite merveilleuse de conséquences qui nous font dire hardiment que ce n'est plus le même mot et qu'il ne le doit non plus à celui d'où il l'a appris, qu'un arbre admirable n'appartiendra pas à celui qui en aurait jeté la semence, sans y penser et sans la connaître, dans une terre abondante qui en aurait profité de la sorte par sa propre fertilité,

Les mêmes pensées poussent quelquefois tout autrement dans un autre que dans leur auteur : infertiles dans leur champ naturel, abondantes étant trai^splantées. Mais il arrive bien plus souvent qu'un bon esprit fait produire lui-même à ses propres pensées tout le fruit dont elles sont capables, et qu'ensuite quelques autres, les ayant ouï estimer, les empruntent et s'en parent, mais sans en connaître l'excellence ; et c'est alors que la différence d'un même mot en diverses bouches paraît le plus.

C'est de cette sorte que la logique a peut-être emprunté les règles de la géométrie sans en comprendre la force : et ainsi, en les mettant à l'aventure parmi celles qui lui sont propres, il ne s'ensuit pas de là qu'ils aient entré dans l'esprit de la géométrie; et je serai bien éloigné, s'ils n'en donnent pas d'autres marques que de l'avoir dit en passant, de les mettre en parallèle avec cette science qui apprend la véritable méthode de conduire la raison '

identification lui permettait de refuser à la matière toute capacité de penser. Pascal, qui acceptait si bien la conséquence, avait-il le droit de repousser, comme il le fait, ce qui en est le principe? Car enfin qu'est-ce que la matière, si l'on re^ jettç la définition géométrique par

l'étendue ou l'espace? La force, dira Leibniz, c'est-à-dire quelque chose d'analogue à l'esprit et qui pense donc, aussi confusénaeat qu'on voudra.

1. Qu't^ aient entré... sHla i\*un donnentpas, sans doute les atct^^ »

des traités de logique, comme ^y^

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Mais je serai au contraire bien disposé à les en exclure, et presque sans retour. Car de l'avoir dit en passant, sans avoir pris garde que tout est renfermé là dedans, et au lieu de suivre ces lumières s'égarer à perte de vue après des recherches inutiles, pour courir à ce que celles-là offrent et qu'elles ne peuvent donner, c'est véritablement montrer qu'on n'est guère clairvoyant, et bien plus que si l'on avait manqué de les suivre parce qu'on ne les avait pas aperçues*.

La méthode de ne point errer est recherchée de tout le monde. Les logiciens font profession d'y conduire, les géomètres seuls y arrivent, et hors de leur science et de ce qui l'imite il n'y a point de véritables démonstrations. Tout l'art en est renfermé dans les seuls préceptes ' que nous avons dits; ils suffisent seuls; ils prouvent seuls ; toutes les autres règles sont inutiles ou nuisibles. Voilà ce que je sais par une longue expérience de toutes sortes de livres et de personnes.

Et sur cela je fais le même jugement de ceux qui disent que les géomètres ne leur donnent rien de nouveau par ces règles, parce qu'ils les avaient en effet, mais confondues parmi une multitude d'autres inutiles ou fausses dont ils ne pouvaient pas les discerner, que de ceux qui, cherchant un diamant de grand prix parmi un

loin ce sont leurs traités qu'on ne peut « mettre en parallèle ayec cette science... ».

1. Même embarras dans cette phrase. Les en exclure, ces auteurs de logique. — « Courir à ce que i:elUs-là... », sans doute ces autres règles « qui sont propres à la logique ».

3. Ainsi la géométrie seule « apnrend la véritable méthode de con-

duire la raison ». — « Hors d'elle et de ce qui IHmite, il n*y a point de véritables démonstrations. »

Qu'est-ce que Pascal entendait par ce qui Vimite ? La physique sans doute, et les sciences de la nature.

Aurait-il ajouté, comme faisait Descartes, la métaphysique, doDt les démonstrations semblaient à celui-ci plus rigoureuses que celles de la géométrie ? C'est douteux.

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grand nombre de faux, mais qu'ils n'en sauraient pas distinguer, se vanteraient, en les tenant tous ensemble, de posséder le véritable aussi bien que celui qui, sans s'arrêter à ce vil amas, porte la main sur la pierre choisie que l'on recherche, et pour laquelle on ne jetait pas tout le reste*.

Le défaut d'un raisonnement faux est une maladie qui se guérit par ces deux remèdes. On en a composé un autre d'une infinité d'herbes inutiles où les bonnes se trouvent enveloppées et où elles demeurent sans effet, par les mauvaises qualités de ce mélange".

Pour découvrir tous les sophismes et toutes les équivoques des raisonnements captieux, ils ont inventé des noms barbares qui étonnent ceux qui les entendent ; et au lieu qu'on ne peut débrouiller tous les replis de ce nœud si embarrassé qu'en tirant l'un des bouts que les géomètres assignent, ils en ont marqué un nombre étrange d'autres où ceux-là se trouvent compris, sans qu'ils sachent lequel est le bon.

Et ainsi, en nous montrant un nombre de chemins différents qu'ils disent nous conduire où nous tendons, quoiqu'il n'y en ait que deux qui y mènent, il faut savoir les marquer en particulier. On prétendra que la géométrie qui les assigne certainement ne donne que ce qu'on avait déjà des autres, parce qu'ils donnaient en effet la

1. Descartes avait dit de la logique ordinaire : « Bien qu'elle contienne en effet beaucoup de préceptes très vrais et très bons^ il y en a toutefois tant (Vautres mêlés parmi^ qui sont ou nuisi' blés ou superflus, qu'il est presque aussi malaisé de les en separer^ que de tirer une Diane ou une Minerve hors d^un bloc de

marbre qui n'est point encore ébauché. » (2* partie, Disc, de la Méth.)

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