‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 5 sur 47 · IV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV AVERTISSEMENT

enfin, dans la Revue des Deux Mondés du 15 mars 1887, vient de paraître une belle et magistrale étude, la Philosophie de Pascal^ par M. F. Ravaisson.

ENFANCE ET JEUNESSE. — SÉJOUR A CLERMONT, A PARIS, A ROUEN. « TRAITÉ DES CONIQUES ». — MACHINE d'aRITHMÉTIQUE*

Biaise Pascal naquit le 19 juin 1623 à Clermont, en Auvergne. Sa sœur aînée^ Gilberte, était du 3 janvier 1620, et son autre sœur, Jacquctte ou Jacqueline^ du 4 octobre 1625. Leur mère mourut jeune encore, en 1626. Etienne Pascal, le père, resté seul avec ses trois enfants, résolut de les élever lui-même. Il apprit à sa fille aînée, Gilberte, les mathématiques, la philosophie et l'histoire. Et comme il était second président à la Cour des aides de Montferrand, il vendit cette charge à un frère, et, en 1631, emmena sa famille à Paris, où lui-même avait fait jadis ses études de droit : là seulement, pensait-il, libre de tout soin, il pourrait donner d son fils une éducation en rapport avec Tes* prit extraordinaire dont celui-ci, dès Tenfance, avait donné des marques.

II ne voulut point cependant lui apprendre le latin qu'il n'eût douze ans, « afin qu'il le fît avec plus de facilité s. Jusque-là, il se contentait de lui montrer d'abord ce que c'était que les langues, et comment on les avait réduites en grammaires, a Cette idée générale lui débrouillait l'esprit, et lui faisait voir la raison des règles de la grammaire, de sorte que, quand il vint à l'apprendre, il savait pourquoi il le faisait. » En même temps, Etienne Pascal lui parlait des efiTets extraordinaires de la nature, comme de la poudre à canon, etc. ; mais l'enfant voulait savoir les raisons de toutes choses, et, quand on ne lui en disait pas de

bonnes^ il en cherchait lui-même. C'est ainsi qu'une fois^ entre autres^ étonné de ce qu'un plat de faïence qu'on venait de frapper avec un couteau, rendit un grand son qui cessa aussitôt qu'on eut mis te main dessus, celte expérience le porta à en faire beaucoup -d'autres sur les sons, et il y remarqua tant de choses, qu'il en composa un petit traité, à l'âge de douze ans.

Le moment était venu de commencer le latin et le grec. Mais un événement imprévu faillit déjouer les desseins du père. Fort instruit lui-môme dans les mathématiques, il savait combien cette science remplit et satisfait un esprit net et avide de vérité; aussi voulut-il que son fils se perfectionnât d'abord dans les langues anciennes, craignant que cette autre étude ne les lui fît négliger. Pascal cependant lui demandait sans cesse ce que c'était que cette science dont on lui faisait mystère. Le père, importuné, lui répondit à la fin qu'elle donnait le moyen de faire des figures justes et de trouver les proportions qu'elles avaient entre elles, et lui défendit d'en parler davantage. Mais celte définition fit réfléchir l'enfant : il traça avec du charbon, sur les carreaux de sa chambre, des droites, des cercles, qu'il appelait des barres et des ronds, et, la géométrie d'Ëuclide aidant, qu'il parcourut à la hâte et en cachette, Etienne Pascal le surprit un jour occupé à démontrer que, dans un triangle, la somme des angles est égale à deux droits, ce qui est la trente-deuxième proposition du premier livre d'Eucllde. Il avait, on peut le dire, inventé de nouveau la géométrie à douze ans.

Le père en versa des larmes de joie, non devant son fils, qu'il quitta sans mot dire, mais devant un ami intime, M. Le Paiileur. Ce dernier lui conseilla de ne pas captiver plus longtemps un tel esprit, mais de lui laisser voir les livres de mathématiques, sans le retenir davantage. Toutefois, Etienne Pascal ne lui permit pas encore d'étudier la géométrie, sinon à ses heures de récréation. Le reste du temps, il devait apprendre le latin et le grec. En outre, pendant et après les repas, leurs entretiens avaient pour objet tantôt la logique, tantôt la physique et les autres parties de la philosophie; toutes ces matières, qui coûtaient tant de peine et aux élèves et aux maîtres dans les collèges, ne furent sans doute pour le père et le fils qu'un divertissement et un jeu. Telles furent les études de Pascal, de douze à seize ans environ. Cependant il continuait de s'appliquer à sa science favorite, et, sur la fin de 1639, il fit même un petit ^^aité des coniques. Descartes, â qui on l'envoya en Hollande,

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