‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 6 sur 47 · VIE DE PASCAL. VII · texte numérisé non relu

VIE DE PASCAL. VII

crut d'abord qu'il était de M. Desargues, mathématicien que le jeune savant avait en effet imité ; puis, lorsqu'une lecture plus attentive lui eut fait reconnaître quelque partie originale dans ce petit ouvrage, il aima mieux l'attribuer à M. Pascal le père, ne croyant pas qu'il fût d'un enfant de cet âge.

Les progrès rapides de Pascal étaient dus, non seulement à son propre travail, mais à la fréquentation de tous les habiles gens de Paris en cette science. Ils s'assemblaient toutes les semaines régulièrement chez le P. Mersenne, pour apporter leurs ouvrages en commun, ou pour examiner ceux des autres. Dans cette Académie naissante, on discutait des propositions envoyées d'Italie, d'Allemagne et d'autres pays étrangers. On estimait beaucoup Galilée, dont le P. Mersenne traduisit même quelques livres. On critiquait les traités scientifiques que Descartes avait publiés en 1637 avec le Discours de la méthode. Une querelle s'éleva même entre Fermât, conseiller au Parlement de Toulouse, et le philosophe. Etienne Pascal prit parti pour Fermât, avec Roberval , professeur de mathématiques au Collège de France. Ils adressèrent tous deux plusieurs écrits à Descaries, et lui proposèrent des problèmes. Ces débats étaient connus sans doute du jeune Pascal, qui assista de bonne heure à ces conférences. Il y tenait fort bien son rang, et était même un de ceux qui apportaient le plus souvent des choses nouvelles. Aussi les mathématiciens de Paris accueillirent-ils avec faveur ses premiers essais, et, sans s'arrêter à ce qu'en pensait Descartes, ils déclarèrent que, depuis Archimède, on n'avait rien vu de cette force.

Etienne Pascal ne recevait pas moins de contentement de sa fille,Jacqueline,qui8e faisait applaudir dans les salons et même à la cour, comme son frère au milieu des savants. Elle avait une mémoire excellente, et une inclination naturelle pour la poésie, ou plutôt pour le rythme et la cadence : à huit ans, elle ne savait pas encore lire qu'elle faisait déjà des vers. On encouragea ce petit talent de société, et elle s'en servit bientôt dans une occasion importante. Etienne Pascal avait placé tout son bien en rentes à Paris sur THôtel de Ville. En mars 1638, beaucoup de rentiers, qu'on ne payait plus, vinrent réclamer auprès du chancelier Séguier : il se dit ce jour-là des paroles, et même on fît quelques actions un peu violentes et séditieuses. Etienne Pascal se trouvait parmi les mécontents, mais il s'efforça plutôt, paraît-il, d'apaiser le tumulte. Néanmoins, comme Richelieu avait

vin VIE DE PASCAL.

donne Tordre de mettre les principaux à la Bastille^ il se cacha chez des amis, et jugea prudent de s'exiler jusqu'en Auvergne. Jacqueline était restée à Paris. Les amis de son père lui firent d'abord composer un sonnet à la reine sur la naissance prochaine d'un dauphin^ et la menèrent à Saint-Germain le réciter ellemême : elle reçut beaucoup de compliments et de caresses de toute la cour, mais son père ne fut pas encore rappelé. Plus lard, en février 1639, Richelieu eut la fantaisie de faire jouer devant lai la comédie par des enfants. Sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, qui connaissait la famille Pascal, choisit à dessein Jacqueline. La petite actrice ravit le tout-puissant ministre, qui lui accorda ce qu'elle voulut. Etienne Pascal revint donc à Paris. 11 alla remercier le cardinal, ainsi que le chancelier, et ceux-ci, augurant bien de son mérite, dont il avait d'ailleurs donné déjà des preuves, l'envoyèrent, à la fin de 1639, comme intendant de Justice et des Finances en Normandie.

A Rouen, ses enfants ne pouvaient exciter moins d'admiration qu'ils n'avaient fait jusqu'alors à Paris. Corneille, sans parler du poète Benserade ni de Mlle de Scudéry, s'intéressa aux essais poétiques de Jacqueline. Il lui conseilla môme d'écrire des stances pour un concours annuel en l'honneur de la Vierge et de l'Immaculée Conception : deux fois, elle y remporta le prix, en décembre 1640 et 1641. De son côté, Pascal songeait à aider son père dans les longs et pénibles calculs auxquels l'obligeaient ses nouvelles fonctions. Il inventa une machine d'arithmétique, par laquelle on pouvait faire toutes sortes de supputations avec une sûreté infaillible. Il n'avait alors que dix-huit ans, dit sa sœur; dix-neuf, dira son beau-frère; ailleurs^ on lit vingt ans. En février 1 644 au moins, la machine était prête, et Condé voulut lavoir à Paris en son hôtel. L'année suivante, son auteur l'envoyait avec une dédicace au chancelier Séguier. Quant à Etienne Pascal, il remplissait les devoirs de sa charge d'une manière qui lui méritait l'estime de tous et les distinctions de la Cour : en décembre 1645, on lui expédia des lettres de Conseiller d'État. En même temps, il pensait a à pousser sa fortune, à établir ses enfants et à les élever en gens d'honneur selon leur condition ». C'est ainsi qu'avec l'agrément du roi, il faisait venir d'Auvergne en Normandie un fils de sa cousine germaine, Florin Périer, qui était un homme de valeur, pour une commission importante dans l'intendance de la province, et, en 1641, lui donnait sa fille aînée, Oilberte, en mariage. II aurait volontiers

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