VIE DE PASCAL. IX
aussi marié son autre fille^ et plusieurs partis s'étaient déjà pré< sentes, car elle ne songeait nullement alors à être religieuse; au contraire, «c elle avait un grand éloignement et même un peu de mépris pour cet état, parce qu'elle croyait qu'on y pratiquait des choses qui n'étaient pas capables de satisfaire un esprit raisonnable t>.
On ne manquait pas cependant de religion dans la famille Pascal. Le père était un croyant non moins qu'un savant, et il borna toujours la curiosité de son esprit aux choses de la nature. Il donna pour maxime à son fils que tout ce qui est l'objet de la foi ne le saurait être de la raison ; celle-ci est si éloignée d'être au-dessus de toutes choses que, même en matière de sciences, elle doit se tenir dans certaines limites, celles de l'observation et du raisonnement. Et lui-même ne décidait que des choses évidentes; à l'égard de celles qui ne le sont pas, il s'abstenait sagement, de rien affirmer ou nier, et il gardait toujours « ce juste milieu et ce parfait tempérament où, disait plus tard son fils, par un ])onheur que je ne puis assez reconnaître, j'ai été toujours élevé avec une méthode singulière et des soins plus que paternels ». Cette probité scientifique, qui n'exclut pas dans un autre domaine la croyance et la foi en des choses supérieures, venait chez Etienne Pascal du même esprit de droiture et d'équité qu'il portait partout, dans les fonctions de sa charge comme dans les affaires de la vie. Ce n'était pas encore assez, cependant; pour des consciences rigides et scrupuleuses à l'excès, comme celles des jansénistes; et plus tard sa petite-fille, Marguerite Perler, ne craindra )>as de dire que <k tout ce qu'il faisait n'était proprement l'effet que d'une vertu morale, mais point du tout d'une vertu chrétienne. Semblable, dit-elle encore, à ces honnêtes gens selon le monde, il pensait pouvoir allier des vues de fortune avec la pratique de PÉvangile ».