‹ Opuscules philosophiques, pub. avec une vie de PascalChapitre 9 sur 47 · VIE Ï)E PASCAL. XI · texte numérisé non relu

VIE Ï)E PASCAL. XI

de Sainl-Ange, qui d'ailleurs sollicitait une cure aux environs^ exposait à Rouen dans des conversations particulières une théologie qui paraissait nouvelle. Pascal vint l'écouter avec deux ou trois jeunes gens de ses amis. Ils furent choqués d'entendre dire à ce religieux, que tous les mystères, même celui de la Trinité, môme ceux de Tlncarnation et de l'Eucharistie, pouvaient être connus par raisonnement, sans qu'on eût besoin de la foi; celle-ci n'était que comme un supplément aux esprits dont le raisonnement n'était pas assez vigoureux. Pascal avait appris une tout autre doctrine, de son père d'abord, puis des jansénistes. Le capucin professait en outre des sentiments particuliers sur la grâce, qu'il ne croyait requise que pour certaines actions très importantes, lesquelles alors se font sans qu'on ait de mérite à les faire; mais la plupart des hommes reçoivent pour la vie ordinaire une grâce, donnée également à tous, et sans laquelle, en définitive, on pourrait encore aimer Dieu, celui-ci étant assez aimable par lui-même, aussitôt que l'on connaît ses perfections et ses beautés. Enfin Saint- Ange se piquait de philosophie et de science, mais de façon à. s'attirer la risée de Pascal, non moins que les nouveautés du théologien excitaient son indignation. Ses amis et lui déférèrent le moine à l'archevêque de Rouen, qui aurait mieux aimé qu'on abandonnât cette ajffaire ; mais, sur leurs instances, il dut la poursuivre. Par bonheur, Etienne Pascal, qui approuvait peu l'emportement de son fils, intervint comme médiateur; à deux reprises, le religieux se rétracta, et on fit un accommodement.

A voir Pascal engagé de la sorte jusque dans des querelles théologiques, ne croirait-on pas qu'il s'y était livré tout entier et sans retour? Cependant, entre ces deux épisodes, l'accident de son père avec toutes ses suites, et l'affaire SaintrAnge, s'en place un autre d'un caractère bien différent, et qui montre que, jusquelà du moins, les préoccupations religieuses n'excluaient pas chez lui la curiosité scientifique. En octobre 1646, un savant, M. Petit, vint à Rouen avec des instructions rapportées d'Italie par le P. Mersenne pour faire certaine expérience sur le vide : on remplissait de vif-argent un tuyau de verre, fermé par un bout; on le renversait par l'autre bout dans une cuvette pleine aussi de vif-argent, et celui du tuyau, au lieu de tomber tout entier dans la cuvette, ne descendait que jusqu'à un certain endroit, laissant au-dessus de lui un espace qui paraissait vide. M. Petit fit plusieurs fois l'expérience devant Pascal, qui la répéta ensuite

PASCAL, OPUSCULES. b

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