LES SATIRIQUES
Air : De Jésus la naissance.
Ltk mordante satire
Nous tient lieu de gaîlé;
Nous ne savons plus rire
Que de méchanceté :
Nous sommes beaux diseurs,
En critiquant les autres , Sur leurs défauts grands orateurs, Ne tarissant jamais 5 mais , mais ,
Très-discrets sur les nôtres.
Nous portons leurs méprises
Devant notre estomac.
Et nos propres sottises
Au dos du double sac :
A nos yeux indulgens ,
Nos torts sont excusables -, Nous leur trouvons des noms charmans Nous en faisons portraits parfaits ,
Qui les rendent aimables.
(3i7 ) J'entre dans une salle , Oii l'on rit aux éclats ; Je vois qu'on s'y régale De cent traits délicats.
Messieurs les élégans Pérorant à merveille ,
Y font l'éloge des absens ;
Nul n'y parle des gens présens , Si ce n'est à l'oreille.
L'importante Bélinde
Part pour aller souper :
Aussitôt dame Olinde
Se met à la draper,
Sur ses ajustemens ,
Son antique figure , Sur son mari, sur ses amans , Sa naissance, son ton, don, don.
Ses goiits et son alure.
Lançant ses épigrammes.
Sans paraître y toucher,
Damon sait plaire aux dames ,
S'en faire rechercher.
Paj'tout, matins et soirs,
Il sait ce qui se passe, Dans les salons , dans les boudoirs , A la ville , au faubourg , en cour ,
Ce qu'on fait , ce qu'on brasse.
Etourdie et badine ^ Sous ces dehors trompeurs , La jeune Caroline Sait cacher ses noirceurs :
Et pinçant tour à tour, Lise, Agathe, Eugénie; Elle a l'air naïf de l'amour , Donnant ses coups de hec, avec Une grâce infinie.
Un grossier personnage , Tout gonflé de venin , Nous dit, sans verbiage :
Mondor n'est qu'un faquin , Baltasard un fripon , Agnès une bégueule ; Les filles de la Lysimon Imitent toutes deux, au mieux, Leur mère et leur aïeule.
Cette hardiesse engage
D'autres à renchérir 5
C'est bientôt un ramage
A n'y pouvoir tenir :
Chacun a son paquet ,
On persifle , on chansonne :
C'est un commérage , un caquet , C'est un moulin qui va là là ,
Sans épargner personne.
(3i9) Ainsi chacun expie L'ardeur d'être méchant ; Et la triste manie De se montrer plaisant :
D'une langue d'aspic Tandis que l'on s'escrime, On est la fa])!e du public, Et de l'esprit railleur, moqueur, On devient la victime.
Voulons-nous sans scrupule
]\ous donner le plaisir
De voir du ridicule,
De nous en divertir?
Cessons d'être malins ,
Sans fiel et sans reproche , Sans montrer au doigt nos voisins.
Regardons-nous chacun dans un
Petit miroir de poche.