CONVERSATION QUE J'EUS L'AUTRE JOUR
AVEC MADAME CERTRUDE.
DiTES-moi, madame Gertrude ; Fûles-vous belle en votre teras?
— Jamais , me répondit la prude ; La beauté perd les jeunes gens.
Pourtant j'avais la peau tendue , Mon œil n'était point éraillé -, Même on prétend que l'on m'a vue Ayant l'air assez éveillé.
Dites-moi , madame Gerlrude ; Eûtes-vous jadis quelque amant ?
— Jamais, me répondit la prude; Aimer est un crime trop grand.
Pourtant on n'était pas de glace, Lindor a voulu m'en conter ; Lindor avait beaucoup de grâce ; J'eus peine à ne pas l'écouter.
Diies-moi , madame Geitrude ; N'a-t-il jamais su vous toucher ?
— Jamais, me répondit la prude.
J'appréhendais trop de pécher.
Pourtant, m'ayant un jour de fête Demandé par grâce, un Laiser ; Séduite par son air honnête Je ne sus pas le refuser.
Dites-moi , madame Gertrude 5 Ne succombàtes-vous jamais.?
— Jamais , me répondit la prude j Dieu sait la peur que j'en avais.
Pourtant , certain soir de carême , Je l'appelai , pour le prêcher 5 Mais il prêcha si bien lui-même , Qu'il me fit, je crois, trébucher.
Dites-moi, madame Gertrude ; Avez-vons trébuché souvent ?
— Jamais , me répondit la prude , Sinon dans ce fatal instant.
Pourtant , au bout de la journée, Quand j'allais au bois sommeiller , J'étais souvent toute étonnée Que Lindor vint m'y réveiller.
Diles-moi , madame Gertrude ; Trébucheriez-vous bien en cor ?
— Jamais, me répondit la prude -, J'aimerais cent fois mieux la mort.
Pourtant, à quelque complaisance , S'il fallait pour vous consentir ; Je tâcherais, avec décence, De contenter votre désir.
Dites-moi madame Gertrude 5 Du ciel est-ce là le chemin ?
— Jamais, me répondit la prude, Je n'en connus de plus certain.
— Ah ! votre bonté me pénètre , Répondis-je à ce propos là ^ Pourtant , si vous daignez permettre , Je me sauverai sans cela.