ODE
LiA. femme forte est , dit le sage, Le plus beau présent que du ciel Puisse recevoir en partage Un être sensible et mortel.
Heureux l'époux qui la possède I La pureté qui la précède Est le gage de leur bonheur :
L'honneur avec elle s'installe; Aucune richesse n'égale Le trésor qui vit dans son cœur.
La paix , l'ordre , la confiance , S'établissent dans sa maison :
Tout est réglé par sa prudence , Tout se conforme à sa raison.
Mais, entière à celui qu'elle aime.
Ses désirs font sa loi suprême; Elle la cherche dans ses yeux.
La douceur fait tout son empire ; On la chérit comme on l'admire ; On vole au devant de ses vœux.
( 8ï ) La candeur est sur son visage , La décence est dans son maintien Les grâces ornent son langage ; Tout charme dans son entrcliei>.
Elle inspire la bienveillance , La bonté , la noble assurance , L'épanouissement du cœur.
Mais réservée en ses paroles , Elle hait les discours frivoles, Et fuit un encens corrupteur.
Des passions désordonnées , Les malheurs lui sont inconnus :
Elle embellit ses destinées Par les talens et les vertus.
Sa retenue est imposante 5 Sa simplicité ravissante Confond le coupable désir.
Elle est trop an-dessus du vice, Pour que Taudace et l'artifice Osent tenter de la flétrir.
C'est dans le sein de sa famille , C'est au milieu de ses enfans , Que sans contrainte en elle brille La fleur des plus doux sentimens.
Dans ses tendres sollicitudes , Elle préside à leurs études , Elle partage leur gaîté :
Et de ces âmes ingénues , Sait, par ses leçons assidues.
Préparer la félicité.
Dans son état toujours cou tente , Elle ignore l'ambition :
Une vanité turbulente Pour elle est sans illusion.
Le bruit dont s'étourdit le monde, Les faux plaisirs dont il abonde , A ses yeux n'ont aucvui appas :
Vers les objets de sa tendresse , L'instinct la rappelle sans cesse Loin d'un insipide fracas.
•lamais au-dessus de son sexe.
Elle ne tend à s'élever :
De l'esprit chairrin et perplexe , Elle veille à se préserver.
Loin des prétentions brillantes , Dans les discussions savantes On ne la voit point s'immiscer.
Gardant un modeste silence, Elle renferme sa science Dans le bonheur de bien penser.
Jamais l'affreuse médisance Ne trouva chez elle d'accès :
Elle protège en leur absence , Ceux qui sont en butte à ses traits :
( 8^ ) D'indulgence elle est un modèle 5 Le malheureux trouve auprès d'elle Asile et consolation.
Tout ce qui vii-iil d'elle proGte :
On est meilleur quand on la quitte, Et son conseil est toujours bon.
Elle jouit de la fortune.
Sans s'enivrer de ses faveurs :
Jamais par la plainte importune Du sort n'accuse les rigueurs.
Elle est toujours la fétu me forte :
D'une ame égale elle supporte Et l'injustice et les revers :
Mais à la voix de la nature , Sa charité sublime et pure^ Voudrait embrasser l'univers.
Soumise à la loi salutaire
Qu'impose sa religion •,
Sa piété , douce et sincère ,
Evite l'ostentation.
Lorsque sa dernière heure approche .
Celle qui vécut sans reproche
Sait l'envisager sans frayeur :
Confiante en la Providence,
Le calme est dans sa conscience .
Son espoir dans le Créateur.
( H) IMITATION
DE L'ODE D'HORACE
Odi profanum vulgus etc.
JVlusE ! Instruis-moi des vérités sublinu;s Dont l'enrichit le commerce des dieux : Révèle-moi leurs profondes maximes -, Vains préjugés, n'offusquez plus mes yeux.
Les rois entre eux se partagent la terre ; Mais à Jupin tous ces rois sont soumis : Et les Titans frappés de son tonnerre , De leur orgueil se sont trouvés punis.
Tel est comblé des biens de la fortune ; Tel accumule emplois , titres , faveurs : L'un vit orné de vertu peu commune , L'autre veut être entouré de flatteurs.
Mais ô mortels 1 ô fureur sans seconde ! Etres d'un jour-, qu'importe le manteau, Qui vous revêt sur la scène du monde , En cheminant vers la nuit du tombeau !
( 85 ) Les doux concerts , les loisirs de la table , Ne charment point un tyran éperdu :
Le sommeil fuit de sa tête coupable , Lorsque sur elle un glaive est suspendu.
Sur le méchant pour clore sa paupière , Morphée en vain prodigue ses pavots :
C'est au hameau, c'est sous l'humble chaumière, Qu'il faut rester pour goûter le repos.
A nos besoins la nature est propice , Et tous ses vœux sont d'innocens désirs : Mais elle sait, proscrivant le caprice, Faire un tourment de tous les faux plaisirs.
Quand on s'en tient à ce qu'elle réclame ^ Quand on se fixe à la droite raison ^ On ne craint point qu'un hasard nous affame , Par les rigueurs d'une ingrate saison.
Le riche oisif est à charge à lui-même ; Blasé sur tout , même sur ses lingots ; Du changement il a pris le système ^ Pour s'éviter il va fendre les flots.
Toujours en proie au dégoût qui l'obsède, Il veut en vain fuir la satiété :
S'il monte eu char, l'ennui qui le possède Vient en bâillant s'asseoir à son côté.
( 86 ) Son cœur se tait, les parfums d'Arabie Ne peuvent rien contre uu fléau pareil : S'il s'étourdit au milieu d'une orgie , Il se retrouve au moment du réveil.
Faut-il qu'avec des palais magniflques Je fasse envie à mes concitoyens?
Il faut si peu pour les besoins physiques ! La paix de l'amc est le premier des biens.
IMITATION
DE L'ODE D'HORACE
O dwa gratum elc.
O fortune ! c'est toi qui régis l'univers , Tu disposes de tout \ ta volonté suprême Attache les mortels à leurs destins divers ; Les élève soudain, les abaisse de même.
Tu tiens lieu de talens , d'équité , de vertus 5 L'orgueilleux conquérant reconnaît ton empire : Vers toi , nos yeux , nos bras, nos cœurs toujours tendus. Invoquent tes faveurs, attendent ton sourire.
L'inquiet laboureur l'adresse tous ses vœux , Pour sauver le trésor qu'il confie à la terre ; Et l'avide marchand , pour le retour heureux D'un vaisseau hasardé sur un autre hémisphère.
Comme aux chances du jeu chacun attend son sort ; Le délire est partout \ on pâlit , on s'agite : Il n'est point de périls , il n'est plus de remord , Quand l'or brille à nos yeux , quand ta voix nous excite.
(88) L'homme heureux est seul sage , à nos yeux prévenus ; Qu'importe un grand courage, une ame magnanime? La gloire est au vainqueur , hî blâme est aux vaincus , Et le droit du plus fort est toujours légitime.
Les peuples policés , les peuples ignorans , Dans leur crédulité consultent tes auspices ; Les fiers dominateurs, les mères des tyrans. Assiègent tes autels , redoutent tes caprices.
Ils craignent les fureurs d'un peuple mutiné , Pressé par le besoin et devenu féroce ; Ou conduit par un chef dans sa rage obstiné ; Qui veut de leur puissance abattre le colosse.
L'horrible faim précède , et ses cris effrayans Remplissent la cité d'une terreur profonde : Les crocs, le plomb fondu, les leviers menaçans. Sont les avant-coureurs de l'orage qui gronde.
Tout se cache , tout fuit, à l'aspect du danger : La fidélité seule , et calme et courageuse , Te suit dans ta disgrâce, aime à la partager. Et soutient ton espoir dans la crise orageuse.
Lors on voit s'écouler la tourbe des flatteurs ; Celui qui vous dut tout s'éclipse et vous évite 5 L'infâme courtisane insulte à vos malheurs , Et cherche une autre dupe , avec le parasite.
( «9 ) Siècle lâche et pervers ! de combien d'allentats Tu t'es rendu coupable ! Ah ! dans ces jours de crimes. Qu'avons-nous respecté ? Que d'horribles combats ! Que d'autels profanés ! que d'illustres victimes !
O fortune marâtre ! il n'est que le trépas Qui fasse apprécier tes faveurs mensongères j Les perfides présens que tu fais ici-bas , Tes fantômes de gloire et tes folles chimères.
SONNET