LE GANT
Lie roi des Francs voulant donner un jour Dans un grand cirque une fête imposante , Et faire voir aux dames de la cour Sans nul danger une rixe sanglante -, Y consacra plusieurs des animaux Qu'on nourrissait dans sa ménagerie :
Puis , entouré de ses nobles vassaux , Haut se plaça sur une galerie.
Quand tout fut prêt , le roi fit un signal : Chacun se tut ; puis après une pause , Par chaque porte entre un fier animal -, Et sur-le-champ la porte devient close.
On voit lions, tigres et léopards, Gueule béante, et frémissant de rage :
Leurs hurlemens , leurs farouches regards . Aux spectateurs annoncent le carnage.
Lors , échappé de la plus belle main ,
On voit tomber un gant dans la rotonde ;
Et tous les yeux s'y dirigent soudain :
Ce gant était celui de Cunégonde.
Perle des preux , dit-elle à Lancelot,
S'il est bien vrai que pur soit votre hommage,
Prouvez-le moi -, voici mon dernier mot ;
Je suis à qui me rapporte ce gage.
( ^9») Le chevalier par Thonneur excilé, Vole aussitôt, il descend dans l'arène, Saisit le gant avec dextérité.
Et posément remonte sur la scène.
A cet aspect les animaux rangés , D'étonnemént suspendent leur vengeance j Et du public les bravos prolongés.
Ont du héros proclamé la vaillance.
Regrets d'avoir exposé son amant.
De Cunégonde alarment la mémoire; Mais son orgueil se console aisément, En se flattant d'en partager la gloire. Son coeur tressaille en entendant les cris, Roses d'amour colorent son visage; Et ses beaux yeux lui promettent le prix Que méritait un si brillant courage.
Voici, dit-il, ce gage respecté.
Par les lions et par les tigres même :
Je vous le rends en toute loyauté ;
Il me suffit de ce bonheur extrême.
Et je renonce à toute autre faveur.
Du compliment Cunégonde confuse
Mordit son gant -, et chacun de grand cœur.
Cria : Vivat ! Lancelot la refuse.
LA GUÉRISON mATTENDUE,