‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 40 sur 116 · LE GANT · texte numérisé non relu

LE GANT

Lie roi des Francs voulant donner un jour Dans un grand cirque une fête imposante , Et faire voir aux dames de la cour Sans nul danger une rixe sanglante -, Y consacra plusieurs des animaux Qu'on nourrissait dans sa ménagerie :

Puis , entouré de ses nobles vassaux , Haut se plaça sur une galerie.

Quand tout fut prêt , le roi fit un signal : Chacun se tut ; puis après une pause , Par chaque porte entre un fier animal -, Et sur-le-champ la porte devient close.

On voit lions, tigres et léopards, Gueule béante, et frémissant de rage :

Leurs hurlemens , leurs farouches regards . Aux spectateurs annoncent le carnage.

Lors , échappé de la plus belle main ,

On voit tomber un gant dans la rotonde ;

Et tous les yeux s'y dirigent soudain :

Ce gant était celui de Cunégonde.

Perle des preux , dit-elle à Lancelot,

S'il est bien vrai que pur soit votre hommage,

Prouvez-le moi -, voici mon dernier mot ;

Je suis à qui me rapporte ce gage.

( ^9») Le chevalier par Thonneur excilé, Vole aussitôt, il descend dans l'arène, Saisit le gant avec dextérité.

Et posément remonte sur la scène.

A cet aspect les animaux rangés , D'étonnemént suspendent leur vengeance j Et du public les bravos prolongés.

Ont du héros proclamé la vaillance.

Regrets d'avoir exposé son amant.

De Cunégonde alarment la mémoire; Mais son orgueil se console aisément, En se flattant d'en partager la gloire. Son coeur tressaille en entendant les cris, Roses d'amour colorent son visage; Et ses beaux yeux lui promettent le prix Que méritait un si brillant courage.

Voici, dit-il, ce gage respecté.

Par les lions et par les tigres même :

Je vous le rends en toute loyauté ;

Il me suffit de ce bonheur extrême.

Et je renonce à toute autre faveur.

Du compliment Cunégonde confuse

Mordit son gant -, et chacun de grand cœur.

Cria : Vivat ! Lancelot la refuse.

LA GUÉRISON mATTENDUE,

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