‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 68 sur 116 · DE JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

DE JEANNE D ARC

Amans de la victoire , Si parfois vous pleurez ; En lisant cette histoire Vous vous attendrirez.

Une jeune héroïne Délivre sou pays :

De la France en ruine Relève les débris.

Vertus , grâces , courage , Généreux senlimens, Furent tout l'héritage Qu'elle eut de ses parens.

Jeanne apprit dès l'enfance A respecter leurs lois , Bénir la Providence, Obéir à sa voix.

(i) Cette romance est l'histoire simple et sans aucun mélange de fictions, de Jeanne d'Arc , dite la Pucellt d'Or^ léansj qui vécut du temps de Charles VII.

( 258 ) L'honneur en ce rovaumc Jadis si florissant , IVétait qu'un vain fantôme , Un mobile impuissant.

Du trône de ses pères Charles précipité, Cherchait loin des affaires L'indigne volupté (i).

Les Anglais sous leurs princes ]VIaîtres de nos pays, Dévastaient nos provinces , Commandaient dans Paris.

Orléans, de la France Fixait tous les regards ; La dernière espérance Etait dans ses remparts.

Jeanne était de Champagne ^ Le bruit de nos malheurs , Jusques dans sa campagne Alla glacer les coeurs.

Que peut une bergère , Hélas ! à dix-sept ans ?

Elle offre sa prière, Et ses vœux innocens.

(i) Personne n'ignore que la belle Agnes Sorel fut la maîtresse de Charles VII. Elle était humiliéeelle-même de la honteuse insouciance de ce monarque. L'histoire dit qu'elle lui demanda un jour la liberté de se retirer. Charles alarmé

(^59) Dans sa ferveur sincère , Jeanne à diverses fois , Du Dieu qu'elle révère Croit entendre la voix :

Cette voix lui répèle :

Seconde mes projets ; Quitte moutons, houlette, Vole au camp des Français.

Sa candeur et ses larmes Entraînent Baudricour (i) :

Il lui donne des armes , Et l'envoie à la cour.

Jeanne sans artifice.

Distingue parmi tous Le roi , sans nul indice ; Et tombe à ses genoux (2).

voulant en savoir la raison, elle lui répondit que les astrologues lui ayant pronostiqué qu'elle serait aimée du plus grand roi de l'Europe, elle allait trouver le roi d'Angleterre, que probablement cette prédiction regardait , puisque Charles renonçait à ce glorieux titre. Cette réponse fit, dit-on , la plus vive impression sur l'esprit du roi.

(i) Baudricour, commandant de Vaucouleurs , à qui elle s'adressa, la traita d'abord de visionnaire , et voulut la faire exorciser : mais touché enfin par ses instances vives et réitérées , il lui donna des armes et deux gentils-hommes pour l'accompagner , en lui disant : vas et advienne tout ce quil pourra.

(2) Le roi pour éprouver Jeanne s'était mêlé dans la foule des courtisans, sans aucune marque de dignité : mais elle

( 26o ) Gentil Dauphin , dit-elle , On m'a donné le nom De Jeanne la Pucelle ; Ainsi suis , et Dieu bon Veut finir vos alarmes.

S'il vous plaît donner gens ,• Courage et force d'armes Sauveront Orléans (i).

D'un ennemi terrible Par le ciel délivré , Vous régnerez paisible , Dans Reims même sacré :

Il a confié , Sire , Par ses ordres divins, L'heur de vous y conduire A mes débiles mains.

L'éloquence de Jeanne Prouve sa mission^ Dans une paysanne On admire ce ton :

Son noble enthousiasme Du roi gagne le cœur , Et bientôt le sarcasme Cède au cri de l'honneur.

fut à lui sans hésiter, et n'écouta seulement pas ceux qui lui disaient qu'elle se trompait.

(i) On a rapporté ici en substance le discours que Jeanne adressa au roi : les endroits en caractères italiques font partie des paroles même dont elle se servit.

Charles met l'Amazone Au rang des chevaliers ; Commande qu'on lui donne Pages et dextriers.

Dans les mains d'une femme On voit un étendard ; Et le guerrier s'enflamme Du feu de son regard.

Bientôt on s'achemine Aux remparts d'Orléans ; Un vif espoir ranime L'effort des habitans.

La marche continue , Le secours destiné Arrive , entre à la vue De l'Anglais étonné.

A sa libératrice Un chacun vient s'offrir; Une main protectrice Semble les soutenir.

Dans sa propre Bastille (i) Déjà l'Anglais forcé , Par le bras d'une fille Loin des murs est chassé.

(i) Nom d'un fort occupé par les Anglais , et duquel ils foudroyaient la ville.

C'est en vain qu'il s'indigne , Partout il est vaincu :

Son désordre est le signe D'un courage abattu; Jeanne victorieuse.

Part, revient, en hâtant Sa maiche périlleuse Vers son roi qui l'attend.

A Dieu faut rendre gloire, Dit-elle , et l'adorer :

Couronnez la victoire En vous faisant sacrer.

Je sais que la prudence S'oppose à ce dessein ^ Mais qu'est la prévoyance Près d'un ordre divin ?

On part sans subsistance Pour des lieux étrangers ; On traverse la France Au milieu des dangers.

Jeanne se montre pleine De courage et de foi ; Elle arrive sans peine Et fait sacrer son roi (i).

(i) On n'avait ni argent, ni vivres : il fallait traverser quatre-vingts lieues de pays occupé par les ennemis : la

( ^63 ) Ici , grand Roi , dit-elle , Finit ma mission ; Le devoir me rappelle En mon humble maison :

Jeanne d'Arc n'est point faite Pour habiter les cours •, Je veux dans la retraite Aller finir mes jours (i).

— Non , non , brave amazone ,

Je n'y puis consentir ,

Je vous dois la couronne,

Veuillez la soutenir :

Animez le courage

Du Français généreux -,

La gloire vous engage

A la tête des preux.

plupart des villes refusaient le passage : Jeanne n'eut qu'à se montrer pour faire disparaître tous les obstacles.

(i) Jeanne, avait toujours dit que sa mission se bornait à faire lever le siège d'Orléans et couronner le roi à Reims : jusqu'alors elle se crut inspirée ; mais dès ce moment elle annonça que Dieu cessait de soutenir son bras , et qu'elle n'était plus qu'une faible mortelle. Et plût à Dieu mon créateur , disait-elle à l'archevêque de Reims, que f eusse à présent la liberté de me retirer auprès de mes parens , pour les servir et garder leurs troupeaux avec ma sœur et mes frères !

( 264 ) Aux ordres du monarque Il fallut obéir ; Partout son drapeau marque Qu'il faut vaincre ou mourir.

Elle eut ce vrai courage , Seul diîjne d'un grand cœur, Qui voyant le carnage En adoucit l'horreur (i).

Mais Dieu qui la destine A la palme des saints, Permet que riiéroine Tombe en d'hostiles mains.

L'Anglais qui Ta surprise Triomphe avec orgueil (3) , Quand la nouvelle apprise Met la patrie en deuil.

(i) Jeanne ne se servait jamais de son épée : elle portait un étendard qu'elle plantait au haut des brèches, et se jetait à corps perdu parmi les ennemis; mais elle ne voulait tuer personne. Elle était aussi douce et sensible que brave et vertueuse.

(2) Les Anglais regardèrent cet avantage comme si considérable pour eux , qu'ils ordonnèrent des réjouissances publiques, précédées d'un Te Deum, en actions de grâces de cet événement.

( 265 ) L'illustre prisonnière Est conduite à Rouen ; On la prétend sorcière Et livrée à satan.

Jeanne d'Arc est remise Au prélat de Beauvais (i).

Opprobre de l'église , Qui poursuit son procès.

D'une basse vengeance On forme le complot :

En vain son innocence Eclate en chaque mot :

La rage est confondue , Jeanne est pure envers Dieu , Mais sa mort résolue j On la condamne au feu.

L'exécrable justice Que rien ne peut toucher , Annonce son supplice Et la traîne au bûcher.

Jeanne, en sa peine extrême. Prie encor pour son roi , Bénit l'Etre suprême, Se résiene à sa loi.

(i) Cet homme odieux se nommait Pierre Caiichon, Souillé de tous les vices, et chassé de son siège par les habitans même de Beauvais, il s'était jeté dans le parti du roi d'Angleterre. Il sollicita vivement qu'on le chargeât d'ins-

( ^66 ) Sa piété, ses charmes, D'iiicroyables tourmens , Firent verser des larmes A tous les assistans.

On vit son bourreau même.

Et ses juges en pleurs , Fuir le juste anathême Du peuple en ses fureurs (i).

Ainsi finit la vie De ce pieux martyr , Qui sauva sa patrie :

Gardons son souvenir.

De son sexe modèle , Exemple des héros, Sa gloire est immortelle , Ainsi que ses travaux.

Iruire le procès de la Pucelle , et il l'obtint. Sa procédure abominable fut révisée dans la suite; la méinoire de Jeanne fut réhabilitée, et ceux de ses juges qui vivaient encore, furent brûlés vifs , comme ils avaient fait brûler cette innocente.

(i) Le peuple poursuivit les juges à coups de pierres; le bourreau fondait en larmes , et le féroce Cauchon lui-même ne put dissimuler celles qui assaillirent ses 3'.eux , lorsque Jeanne lui dit : T^ous êtes causa de ma mort; vous aviez prO" mis de me rendre, à V Eglise , et vous me livrez à me? ennemis.

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