‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 70 sur 116 · ÉLÉGIE SUR LA MORT D'UNE JEUNE VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE SUR LA MORT D'UNE JEUNE VILLAGEOISE

Lik mort a choisi pour victime, L'objet de nos plus tendres vœux :

Pleurez , bergers , pleurez Monime ; Son arae est retournée aux cieux.

Vêtu de blanc , son corps repose A la lueur de cent flambeaux :

A son chevet est une rose , Autour d'elle sont des rameaux.

Le son funèbre de la cloche Ebranle la masse des airs :

La tristesse de proche en proche Se répand jusqu'aux lieux déserts.

Au loin règne un morne silence , Les enfans ont quitté leurs jeux :

Pour pleurer avec abondance , Les vieillards s'enferment chez eux.

Les jeunes filles ses compagnes , Mises dans leurs habiis de deuil , Vont ramasser dans les campagnes Des fleurs pour orner son cercueil.

En son honneur le chœur des anges Adresse un hymne à rÉternel :

Pour offrir à Dieu leurs louanges Les prêtres ont paré l'autel.

Déjà la troupe des fidèles , En oraison sur le préau , Attend ses dépouilles mortelles , Pour les placer dans leur tombeau...

C'en est fait ; cette vierge pure Est rendue à son créateur :

Monime est dans la sépulture ! !

Répète, écho^ notre douleur.

Nous ne verrons plus la bergère , Dont s'embellissait ce séjour :

Celle qui consolait sa mère Est enlevée à notre amour.

Nous ne verrons plus la bergère Qui fit l'honneur de ce hameau, Vers la cabane de son père Touer avec un tendre agneau.

Tant d'innocentes créatures Que ses accens réunissaient , Ne recevront plus leurs pâtures De cette main qu'ils chérissaient.

Non , tu ne verras plus l'aurore , Ni le soleil à son couchant ; L'astre dont la nuit se décore , Ni les flambeaux du firmament.

Le chant des oiseaux du bocage N'arrivera plus jusqu'à loi :

La fauvette par son ramage Ne causera plus ton émoi.

Nous n'irons plus couper les herbes , Rassembler et sécher les foins , Moissonner et lier les gerbes^ Avec toi partageant nos soins.

Nous n'irons plus aux jours de fêtes , Chanter au bord d'un clair ruisseau ; Cueillir l'aimable violette , Danser à l'ombre d'un ormeau.

Du tendre épanchement des âmes , Tu n'as point connu la douceur :

Du vif amour jamais les flammes N'ont pénétré jusqu'à ton cœur.

( '>!'>■ ) Berger, peut-être, en peu d'années, Celle qui cause nos regrets Eût embelli tes destinées , En couronnant tous les souhaits,

Monime a passé sur la terre Comme une rose qui n'est plus ; Les doux noms d'épouse et de mère Ne lui seront jamais connus.

O vierge ! en te privant du charme De ces tendres illusions , Que le ciel te sauva d'alarmes.

De pleurs, de tristes passions !

Tu ne connaîtras ni l'envie ,

Ni le perfide séducteur ,

Ni la cruelle jalousie

Qui tyrannise un tendre cœur.

Tu ne verras point nos chaumières En proie aux ombres du trépas -, Ni celles qui te furent chères , Souffrir et mourir dans tes bras.

Tu ne verras pas l'opulence Insulter l'homme industrieux, Ni la vertu dans l'indigence , Ni triompher le crime heureux.

Tu ne verras point ta patrie Livrée à de sanglans débats ; Le masque de riiypociisic Servir aux plus noirs attentats.

Dors , ame pure , ame angélique ; Monime, reçois nos adieux, Et quel ce chant mélancolique S'élève à toi jusques aux cieux.

Bergers , déposons nos guirlandes Sur ce lieu baigné de nos pleurs :

A pareil jour, pour nos offrandes, Tous les ans couvrons-le de fleur$.

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