‹ Opuscules socialistesChapitre 12 sur 24 · I, RUE DE LA SORBONNE · texte numérisé non relu

I, RUE DE LA SORBONNE

Très-lionôraliles ci savants Collègues,

Dans les séances du 13 et 20 septembre 1845, j'ai eu l'honneur de 1 lire devant l 1 Académie des sciences morales et politiques, le résumé de mes Études sociales, où je détermine la cause de la perturbation sociale qui agite les sociétés modernes, et sa marche rapide continuellement croissante vers le précipice d’une révolution universelle ; je terminais mes lectures par les réflexions suivantes :

Mais, nous demandera-t-on, quelle est la nouvelle base d'ordre qui doit être substituée à la force brutale, seule base sur laquelle puissent s'appuyer les majorités, et qui évidemment ne peut être que transitoire ? quel est le principe rationnel, quelle est la vérité sociale absolue . démontrable à chacun , et. comme telle pouvant être acceptée par tous au moyen de l'instruction, comme « le principe de croyance en l’autorité du droit divin était accepte par tous au : moyen de l’éducation? quelle est enfin la nouvelle clef de l'édifice social, pounuit remplacer la foi socialement détruite par l’examen devenu incompressi- - Mo? — Je réponds : Le nouvel ordre social est-il nécessaire. Oui ou non '? S'il, 11 est pas nécessaire, rien au monde ne l’établira, car la société, l'humanité ne peut changer radicalement de manière d’être, sinon lorsque ce changement est . devenu nécessaire à son existence. S’il est nécessaire , avant qu’il puisse être

cherché et trouvé utilement, c’est-à-dire avant qu’il puisse être accepté, il f au préalablement qu’il soit socialement reconnu nécessaire; et cette déclaration $o ;iale ne peut être faite qu’au sein de cette Académie. Si le mal existe, il f au lonc commencer par le reconnaître; car ce n’est point en détournant les-yeuj les symptômes, ce n’est point en cachant la maladie au malade qu’il est possible de le guérir, et l’Académie est le médecin moral de la société. J’ajoutera jue si l’examen, la raison, ont détruit l’ancienne société, c’est à l’examen, à I; ■aison qu’il appartient de trouver la nouvelle base d’ordre. Jusqu’à présent I; •aison n’a fait que détruire. Maintenant elle a achevé sa tâche de destruction 1 faut qu’elle édifie ou que la société périsse.

À cet égard, il est une alternative qu’il est impossible de contester. Ou un prdre moral réel, éternel, existe, ou il n’existe pas. S’il n’existe pas, nous ik sommes que des machines, et tout ce que nous disons, nous le disons physiquement, nécessairement. S’il existe, c’est à l’examen, à la raison à eh trouva l’expression. Alors toute destruction aura été providentielle, et la recherche de ta réédification doit surtout être encouragée au sein de l’Académie.

Dans tous les cas, ce qui doit être sera. Mais l’ordre social réel peut nous irriver après plus ou moins de désastres. Et, ce qui est certain , c’est qu'il ne ieut être établi qu’après avoir été reconnu nécessaire , cherché et socialement accepté. Si maintenant ceux que la société a placés à sa tête pour lui servir de guides, au lieu de réunir leurs efforts pour trouver la nouvelle base d’ordre, S’obstinent à déclarer que le mal social n’est point aussi grave que je l’indique; que son remède peut être obtenu par l’absurde répression de la force brutale, ou par des palliatifs qui ne font qu’augmenter le mal en le dissimulant momentanément; alors Y anarchie, conséquence de l’excès du mal, se chargera de convaincre les incrédules de la nécessité d’un remède rationnellement radical. Alors une semblable conviction n’aura pas été dictée par la raison, mais seulement imposée par le malheur. C’est, je n’en douterai jamais, ce que l’Académie voudra éviter.

Dans le même mois, et au moment de partir pour l’Espagne, j'ai adressé aussi à l’Académie un mémoire sous le titre de Quelques idées sur l’organisation du travail et la libre concurrence, dont la lecture, indiqué’ pour le 27 septembre, a été remise au 4 octobre, et après n’a pas eu fa parce que le mémoire avait paru dans un recueil (1). Dans cet écrit, jf

(1) Revue du Droit français et étranger, octobre 1845, tom. II.

constatais que l’organisation du travail ne pouvait avoir lieu s'il n'ehit affranchi des entraves que lui oppose la constitution actuelle de 1; société, et que la même cause agissant sur la concurrence rendait auss sa liberté impossible. (

Je commandai un tirage à part de ce mémoire, et j’en adressai de* exemplaires à M. le secrétaire perpétuel de l’Académie pour être distri-, bues aux membres. Je terminais mon écrit par les réflexions suivantes : ;

Je sais messieurs, que je serai accusé d’exagération. Encore une fois, j’er appelle à ceux qui m’accuseront. Ai-je raisonné juste, oui ou non? A cette demande il ne me sera point répondu directement. On se contentera de ine dire : Vous voulez la perfection sociale, elle est une chimère.

Si c’est une chimère, messieurs, ou empêchez les masses d’examiner, car cc' n’cstqu’à ce prix que l’ancienne société a pu exister; ou préparez-vous à toutes les horreurs de l’anarchie. Il est bien singulier que nous nous vantions d’exister 1 dans un siècle où domine le raisonnement ; et aussitôt qu’un logicien se présente, logicien même de l’aveu de ses adversaires, on lui dit qu'il est fou. Mais de quel côté est donc la folie?

Comment! la perfection sociale est une chimère! Mais qu'est-ce donc que 1 cette perfection?

C’est l’harmonie entre l’organisation de l’instruction et l’organisation de la richesse.

Ceux qui me reprocheront d’être un utopiste veulent donc qu'il y ail anarchie entre ces deux organisations ? Certes, ce n’est point au sein de l'Académie qu’un pareil reproche me sera fait. Il n’est pas un de ceux qui ont la bonté de: m’écouter qui, dans ses écrits, n’ait formulé en d’autres termes ce que j'ai 1 maintenant l’honneur d’énoncer. !

Et pourquoi donc l’Académie n’ose-t-elle pas avancer ouvertement ce que' chacun de ses membres reconnaît en particulier ?

C’est qu’on craint d’aborder franchement le problème de 1 onramsalmn. sociale. Faut-il le dire en un mot? c’eSt qu’on craint de froisser des préjugés.

Et qui donc détruira les préjugés à une époque où ils sont devenus incompa-, libles avec l’existence de l’ordre ?

Je le répéterai mille fois : l’anarchie.

En m’arrêtant ici, il me serait dit avec justice : si vous n’avez que des malheurs à nous annoncer, taisez-vous. Laissez-nous passer le peu de jours

,1’pTdre qui nous restent dans une heureuse ignorance. Ne. faites pas de no| rc ipciété un enfer où il y ait place pour tout, liprs l'espérance.

\ Pour ne point mériter ce reproche, je répéterai dope également : i Que la première chose nécessaire pour se guérir est de se reconnaître malade; que, lorsque la maladie est sociale, il faut quelle soit socialement Reconnue; et que l’Académie seule a socialement le droit de ne pas nier l'élat pathologique de la société. J’ajouterai que c’est tout ce qu’il lui est d ’uknl possible de faire. Aussi j’espère qu’elle accueillera mes observations avec bienyeillance.

Je me résume :

L’organisation du travail, c’est 1 organisation de la société.

[ Quand l’examen doit être comprimé parce que la base sociale est une tnpothèse, les majorités doivent être exploitées par les minorités.

( Quand l'examen ne peut plus être comprimé, il faut que l'anarchie existe m [qu’il n’y ait personne d’exploité.

I Quand il n’y a personne d’exploité, quand la société prend un égal soin J ( [tous ses membres, quelle que soit leur naissance, il y a libre eoncvmm Welle.

[ Quand cela n’existe pas, la libre concurrence est illusoire.

! Paris, 25 septembre 1845.

; Çes, deux communications faites à l’Académie, eu septembre 1845, n’ont produit aucun résultat. Alors, me trouvant à Madrid, je lui ai adressé, sous la date du 11 décembre 184b, un autre mémoire qui était le commencement des explications que j’avais offert de donner sur mes premières lectures. Le bureau de l’Académie n’a pas jugé convenable d’en donner communication. Alors, et sous la date du 1 er mars 1816, j’écrivais à M. le secrétaire, relativement au mémoire du 11 décembre, une lettre où j’offrais à l’Académie d’attaquer l’ancienne société, de 1 attaquer devant elle, si, dans son sein, il se trouvait un seul membre qui voulût défendre cette société qui dure encore. Mon mémoire était aussi académique que possible, car il était, rempli de citations des académiciens prouvant qq’eqx-mêmes pensaient comme moi. Le bureau de l'Académie,, à rununimité, a déclaré que ma lettre ne jjouvuit être lw-

De .retour à Paris au commencement d’octobre dernier, je recommençai mes instances pour placer la question sociale devant l’Académie! demandant à être inscrit pour commencer mes communications. M. I secrétaire me fit connaître, le 6 novembre dernier, l’opinion de l’Aca-, demie à mon égard. Voici la lettre que j’ai eu l’honneur de lui adresse 1 à ce sujet :

Monsieur le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques.

Paris, S novembre 1S47.

Monsieur,

En vous demandant, avant hier, de vouloir bien m'inscrire pour com mencer mes communications à l'Académie, vous m'avez dit, sachant qu'elledevaient être relatives au sujet de ma lettre du 1" mars 1850, que cctt; même lettre n’avait pas été lue , par décision formelle de l'Académie. pou un motif que vous mavez annoncé, devant M. Passy, à peu prés en ce termes « que l’Académie, travaillant sous la prédominance de la raison. n t pouvait pas permettre la lecture de ce qui était contraire à lu raison.

Je ne vous cacherai point, monsieur, la surprise que j'ai éprouvée d'un pareille assertion, par l'assertion en elle-même, dont je connais la valeur, e par la hardiesse que vous avez eu de me l’adresser.

L’état de ma voix et ma surprise ne m’ont pas permis de vous répondre et nous sommes à peu près convenus, que je vous remettrai le manuscrit d',

mes communications pour que vous jugiez. quoi ?... positivement si elle

sont raisonnables.

De retour chez moi, j’ai réfléchi sur ce que vous veniez de me dire, sf nom de l’Académie, et sur ce que vous veniez de m'accorder comme moyei de me rendre accessible le fauteuil de lecture. J'ai reconnu que les deu: choses étaient d’une telle importance, que je ne devais pas les sanctionne? par mon docile silence. Alors je me suis mis à écrire ces courtes réilexionsj qui serviront aussi à vous économiser le temps que vous auriez la bonté de m'accorder pour causer de cette affaire. ,

]Sans vouloir donner à votre réponse le caractère d’une insulte, qu’elle ne ’Juvait pas avoir en sortant de votre bouche, je devais la trouver l’expre ion ?tte d’une opposition absolue entre vos idées et les miennes, ou entre celles } l’Académie et les miennes, puisque vous avez parlé en son nom. Elle se joit donc en possession non-seulement de la raison, mais aussi du critérium lu caractérise l’expression réelle de la raison ou de la vérité, et de ce qui la 'ptingue de l’erreur.

| Je dois commencer par vous dire, Monsieur, que si la réponse que vous i’avez faite, avait été celle de M. Arago à quelqu’un qui lui aurait demandé [être inscrit pour lire une démonstration de la quadrature du cercle, je aurais trouvée fondée en raison : car, l’Académie des sciences, s’occupant des iences physiques, connaît non la vérité absolue qui appartient à l’ordre ‘oral, mais la vérité relative qui est celle de l’ordre physique.

? L’Académie des sciences morales n’est pas encore à cette hauteur, et si |us en doutez, Monsieur, je vous mets au défi de me dire ce que c’est que h ison , ce que c’est que la vérité; à quel caractère se connaît la raison, à quel iractère se distingue la vérité.

ILa preuve hebdomadaire que l’Académie des sciences morales et politiques f connaît pas la vérité, est mise en évidence par ses discussions périoques ; car, si la vérité absolue était connue de manière à pouvoir cire montrée à tout le monde et acceptée par tout le monde, les discussions sur ; principes n’auraient pas lieu, et l’Académie n’existerait pas, n’étant plus icessaire.

A une époque, donc, où la vérité absolue, seule base possible d’ordre irai , n’est pas connue, l’Académie ne peut pas caractériser d’erronée une ctrine, simplement énoncée par moi sous la forme d’aphorismes, parle ul motif que cette doctrine est contraire à la sienne. Car, je le répète, Lcadémie ne peut pas démontrer que sa doctrine soit la véritable.

De cette conséquence, dont, me paraît-il, vous ne me contesterez pas la loque , naît la tolérance absolue qui doit régner au sein de l’Académie des ences morales et politiques, pour écouter et discuter toutes les doctrines qui i sont présentées, dans le but de trouver la vérité absolue qu’elle ne possède s. Et cette même tolérance condamne aussi l’espèce de censure préalable aquelle vous m’accordez l’honneur de soumettre mes communications. Mais, direz-vous, il serait absurde de déduire de cette tolérance le droit, ur le premier venu, de venir débiter devant l’Académie toute espèce de ies possibles, se fondant sur ce que l'Académie ne possède pas encore la rité.

Je puis satisfaire complètement à cette autre observation eu vous disai que, même en me considérant comme un premier venu, je me soumets à f condition de me taire au premier coup de sonnette que M. le président croir opportun de donner, s’il entend le moindre raisonnement absurde sortir de m bouche. Je dois vous dire, monsieur, que, même après le baptême peu encou rageant que mes doctrines viennent de recevoir de vous avant-hier, je n soupçonne pas que le cas indiqué arrive, car j’ai eu en ma faveur le fait ea pital que l’Académie a déjà honoré d’une longue attention pendant dcu' séances, la lecture de mes aphorismes qui n’étaient que l’énoncé de la doc) trine. Je ne puis donc imaginer que la démonstration en soit repoussée san examen. Au contraire, et à en juger par les indications de quelques membre après cette lecture, je dois me croire autorisé à présenter à l’Académie le dé vcloppement de ces théorèmes sociaux.

Après avoir exposé mes motifs avec la franchise que votre réponse seinblautoriser, je viens vous prier, abstraction faite des lettres et îles communica 1 lions officieuses qui ont eu lieu, de vouloir bien soumettre à l’Académie I question de savoir s’il m’est permis de lui communiquer le développement de principes dont j’ai eu l’honneur de lui donner lecture , il y a plus de deu ans, dans les séances des 13 et 20 septembre 1815, et qui sont imprimés au : comptes rendus, à la condition expresse d’être interrompu lorsque je sortira de l’ordre académique.

Cette permission obtenue ou refusée vous économisera la tâche. tou aimable et amicale de votre part, de prendre une connaissance préalable d* mes écrits. 1

Je suis, monsieur le secrétaire perpétuel, avec la plus haute considération votre dévoué collègue.

Sans me rebuter par tant d’obstacles opposés à mon droit de porter 1;' question sociale à sa place, c’est-à-dire devant l’Académie, j’ai profite d’un incident académique au sujet d’une discussion sur Y inexactitude des principes economiques et Y enseignement de l'économie politique, poui demander la parole à la fin de la séance du 27 novembre, et dévelojh per mes idées à ce sujet dans la séance du 4 décembre (1). Après avoir' démontré, par le raisonnement et l’autorité des auteurs, l’état défectueux

(1) H a été inséré dans la Démocratie pacifique du ol deccmijrc et !'■ janvier dernier. 1

|l la science, et avoir attribué à la fausseté de ses principes la plu s

[ le partie de l’anarchie dans les idées, qui règne aujourd’hui; vou- 'evenir de ces considérations spéciales au sujet en question, sur le ème social d’organisation, que j’avais toujours en vue de faire iner par l’Académie, j’ai terminé mon mémoire par ces graves ions :

ssieurs, lorsqu’on est arrivé à un résultat semblable dans l’observation hénomènes sociaux, le péril immense qui menace la société dicte Manie toutes les discussions secondaires pour s’occuper exclusivement Je r l’humanité. Sans cela, on ressemblerait aux Grecs du Bas-Empire dist sur des mystères lorsque les barbares sont aux portes. La barbarie, jessieurs, c’est h paupérisme, et, si nous voulons la repousser, ce ne sera |int avec des paralogismes.

[•Le paupérisme, messieurs, doit être l’effroi des gouvernements et des classes |hes. Il doit les faire frémir d’autant plus que ce n’est point seulement parce de sa marche est proportionnelle à celle des richesses qu’il doit être redouble , mais encore parce qu’il est intimement uni à l’organisation sociale acplle. Aussi longtemps que cette même organisation existe, il est impossible de jxtirper d’une nation sans la ruiner complètement. Cette assertion, au prêter abord, pourra paraître paradoxale. Eh bien! qu’on suppose le paupérisme Stantanément anéanti en Angleterre. Que ce cauchemar des riches s évamisse, que le beau rêve de la science apparaisse, et j’affirme que, le pau- Srisme subsistant dans les autres pays, avant deux ans la puissance indusjelle et commerciale de la Grande-Bretagne sera complètement anéantie, j Des jugements semblables peuvent être portés sur tous les moyens possibles [amélioration sociale, proposés ou à proposer par les économistes, et adoptés i à adopter par les gouvernements. Car tous, sans exception aucune, au lieu i guérir le mal, le compliqueront et augmenteront l’anarchie. Cet état social, arrible, messieurs, ne provient pas de l’ignorance plus ou moins générale es connaissances économiques existantes : il a sa source dans les erreurs mène ; la science, dans la fausseté de ses principes.

Après les citations que je viens de faire, dont j’aurais pu remplir des volumes.

, qui confirment ce que je viens de dire, j’ose espérer que désormais, au sera î cette Académie, le doute exprimé par notre illustre collègue, M. Cousin, îviendra une vérité. Mais, cette vérité acceptée, l’Académie ne peut pas en îster là. La déclaration de l’indétermination et de l'inexactitude des principes

economiques étant faite, ce devient un devoir pour elle d'en découvrir source, et de substituer à ces indéterminations h démonstration irrécusü des véritables principes économiques qui doivent guérir le corps social < effroyables maux qui le dévorent. Mais celle élude île haute investigation d’une logique qui doit être incontestable, ce n'est pas l'économie politique ( doit en rester juge. Portée sur le banc des accusés, elle aura assez de peim se défendre. Son juge n’est donc point la section économique: c'est l'Acadcn (out entière. Et c’est seulement de sa sagesse qu'il est possible d'attendre solution des problèmes que sollicite l'humanité. Ces problèmes, messieurs, q les diverses écoles d’cconomie politique ont inutilement essayé de résoudre rattachent aux principes mûmes de l'ordre social: et celte haute origine facile à reconnaître en déterminant avec exactitude le sens des mots sacraiiM tels de la prétendue science économique. Prenons, par exemple, le mot n vail. Eh bien ! messieurs, le travail étant la caractéristique de l'homme. U ce qui se rattache au travail, soit comme condition d'existence, soit conu condition de richesse, dépend si intimement de l'espèce d'organisation soci existante, qu’il est impossible d’en rien séparer.

L'organisation du travail se résout donc exclusivement dans T organisation la société. Et pour s’occuper utilement des questions relatives au travail, il f; nécessairement aussi examiner toutes les conditions sociales du travail. Or peine a-t-on fait un pas dans le chemin civilisateur, que l'on se trouve face de la totalité de la science, comme le disent et Aristote, et Say. et M. Villeneuve, et tous. Alors vous avez devant vous, non-seulement la questi de richesse, qu’il est absurde de vouloir traiter indépendamment delà mora de la philosophie, du droit, de l’histoire, de tout entin. et vous avez dev; vous, comme le dit Aristote en peu de mots, i.a justice, l'utilité générale. tous ces points, messieurs, et ce qu’ils ont d’essentiellement relatifs au ti vail, c’est-à-dire à l’homme, ne sont pas résolus d'une manière irrécusable., mort de la société, en face de l’incompressibilité de l'examen, devient iné' table.

En présence de l’incompressibilité de l'examen, en présence, je le répè messieurs, d’un examen qu’il est désormais de toute impossibilité de parvei à comprimer, il faut que la vérité apparaisse, ou que la société périsse. Car. lu, la vérité, il n’y a de possible que des opinions. Or. vouloir donner des opinio pour base à la société, et cela en présence de l'incompressibilité de l'examé c’est la cc il m pirer au sein de toutes les horreurs dont l'anarchie d opinions est la source inévitable.

|JLa lecture de ce mémoire a produit un orage au sein de F Académie, mme les comptes rendus n’ont rien dit encore des opinions émises litre mes doctrines et mon attaque, je m’en abstiendrai également. Nonobstant, je dois croire que la lecture tranquille du mémoire immé a fait revenir mes contradicteurs de la première impression, qui ,a attiré plus d’une parole de blâme et de censure; car aucun écrin n’a essayé de réfuter mes assertions en public, et même le Journal économistes , organe officiel de la science qui se croit offensée par i, a préféré passer sous silence les séances du mois de décembre (1), je de rendre compte de celle du 4, remplie par la lecture de mon médire et les objections qu’il a soulevées.

Depuis cette époque, de grands faits sociaux se sont accomplis en lance. Une révolution politique a éclaté, renversant en un jour toute e dynastie, tout un système, et arborant au milieu des victimes le apeau de la réforme sociale. Le grand problème, que tant de fois I Vais essayé de soumettre à l’examen de celte académie, vient d'être j/it en caractères de sang par les vainqueurs de la révolution de février; rproblème est posé par le Gouvernement provisoire; ce problème, fin, est imposé par la nécessité sociale, et il faut le résoudre. ijLe Gouvernement provisoire et la presse sont d’accord pour attendre l’Assemblée constituante, qui doit se réunir bientôt, la solution du phlème, ou, en termes plus précis, la traduction pratique de Morale déjà proclamée par le gouvernement. Cette formule est la garantie \ travail aux travailleurs.

Tel est, honorables et savants collègues, l’offre qui vient d’être faite peuple français, à l’humanité tout entière.

En vue de cette manifestation solennelle, expression concise de toute e révolution, l’Académie des sciences morales et politiques ne peut pas ster indifférente. Elle doit surseoir à tous les autres sujets accessoires

1) Ce journal, dans son mur , où j’ai demandé la parole ; i

re, rend compte de la sé n parler lorsque ma con

le janvier ne dit pas un i compte de celles du mo

,1e ses études pour se dévouer exclusivement à celui duquel dépend paix du monde et le bonheur de l’humanité.

Ayant constaté que depuis longtemps j’avais pris l’initiative pour so mettre à l’Académie l’examen du problème que j’ai regardé toujoi: comme d’une importance vitale pour la France et pour l'Europe, on r trouvera logique lorsque j’insiste aujourd’hui sur le même sujet. L’ém gie et la franchise avec laquelle j’ai parlé devant vous, il y a plus de de ans, m’excusera du soupçon de puiser mon énergie et ma franchise pi sente dans la révolution qui vient d’éclater. Non, messieurs, les qualii de mon style sont celles de mon caractère, et celui-ci est formé sur rr convictions.

En terminant, je Juge convenable de faire une réponse à des queslio qui peuvent être faites sur ma position. Par quel motif, dira-t-on peu être, unmembre étranger del’Académie,un Espagnol, vient-t-il jtoser, ■ France, devant ce corps savant, la question de la réforme sociale, lor qu’il pourrait l’avoir fait dans son pays, ou au moins en dehors de IV cadémie?

Voici l’explication de cette circonstance qui, peut-être, n'est pas à connaissance du public.

Les idées conservatrices de la société actuelle, auxquelles je fais guerre depuis longtemps, parce que je crois éminemment anarchiq tout effort qui a pour but de les maintenir; ces idées conservatrices, d je, se sont communiquées de France en Espagne. Elles forment le dogi politique des hommes d’état qui nous ont gouvernés et des écrivains q les soutiennent; elles retardent la marche de la révolution en Espagn et compriment le progrès ; elles provoquent l’anarchie par les ohstacl opposés à la marche naturelle et inévitable des idées. En même lem[ eu Espagne aussi, presque toute l’instruction intellectuelle nous vient ■ la France, par la lecture des livres des écrivains français, dont les do trines politiques et économiques, auxquelles je viens de faire aîlusio forment l’évangile des hommes qui les admettent et les pratiquent.

Voulant contribuer à la destruction de ces idées conservatrices et n trogrades dans mon pays, idées qui font leur malheur comme elles o fait celui de la France, au lieu de les attaquer dans le pays où elles so transportées, il m’a paru plus efficace de venir les combattre dans l’es

Joit d’où elles émanent, et particulièrement au sein de l’Académie qui $mpte les plus remarquables écrivains qui les ont répandues et gêner,ifées.

|En dehors de ces motifs personnels, ceux qui ressortent de l’Aca- |mie elle-même étaient suffisants pour attirer dans son sein le proiîème de l’organisation sociale. En effet, le but de son institution, In |türe de ses études, l’ensemble de ses connaissances, la haute capacité | ses membres et le pouvoir de son autorité sur l’opinion générale, foui | l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut national de jiance le premier corps du monde savant auquel appartient, de droit et j 1 devoir, l’examen de ce problème. La solution, sortie de ses profondes ^eussions, devant être la vérité sociale, serait acceptée universellement, k l’humanité serait sauvée.

f’Mais il existe encore une autre considération puissante à l’appui de fés démarches ; la voici :

’Le problème de Yorganisation du travail, que je traduis dans celui de ■Organisation de la société, problème posé révolutionnairement parle fuple et accepté par le Gouvernement provisoire de la République d jjr la presse, doit être résolu , lors même qu’on n’aurait pas offert de le foudre : 1° parce que, comme je l’ai dit bien des fois, la solution est jie nécessité sociale en présence de l’impossibilité de maintenir le Ùtème ancien; 2° parce que le peuple encore armé l’exige. iCette exigence du peuple est éminemment raisonnable. Il a souffert 1; effroyables conséquences de la constitution ancienne de la société;

; sans avoir porté ses regards plus haut, il a déduit que cette constijtaon était mauvaise, insoutenable, par suite il a proclamé et opéré leur ^traction, demandant la substitution d’un autre système. Lequel? jLe peuple ne peut ni le dire, ni le savoir : tout au plus il pourra piquer les conditions de justice et de bonheur que le nouveau système Ira à remplir. Quant au mode, le peuple, dis-je, ne peut pas le savoir, livé jusqu’ici de loisir pour se donner à l’examen des hautes questions eialesqui se rattachent à celle de la réforme; esclave journalier du ivail incessant, qui ne lui rendait même pas le nécessaire pour la vie rtérielle, le peuple ne pouvait étudier. L’instruction a été le patri- )ine des classes élevées, des classes qui, en naissant, trouvent leur cou-

vert nus à lu table de l’humanité. Celte condition de loisir qui a périr l’étude a aussi rendu l’étude un devoir social pour les classes riches; i sous ce rapport, c’est à elles à résoudre les problèmes sociaux, desqiu dépend le bonheur de l’humanité.

Tel est le raisonnement du peuple, lorsqu’il demande la solution < problème social, lorsqu’il l’exige de ceux qui ont le devoir de le résoudr En écrivant ce qui précède, je crois remplir un devoir social, et je si décidé à tout entreprendre pour réussir. C’est à l’Académie à décider son devoir est en rapport avec le mien.

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