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CONGRÈS CENTRAL D’AGRICULTURE

Savants et honorables collègues !

Lorsque j’ai sollicité, il n’y a pas eucore un mois, rhonueur défaire partie de cette honorable assemblée, ce fut dans le but de vous soumettre quelques idées progressives que je trouvais eu rapport direct avec le sujet de vos graves études. Alors je me hasardai à le faire, seulement pour éveiller l’attention d’une manière indirecte, craignant de soulever contre ces idées les passions ennemies et aveugles, contraires à toute réforme sociale, qui étaient à l’ordre du jour dans les régions du pouvoir.

Depuis lors, une immense révolution s’est opérée, qui, à soii

tour, a mis à l’ordre du jour, pour l’humanité, un problème social auquel se rattachent les idées que je m’étais proposé de vous soumettre, ainsi que toutes les questions comprises dans le programme du présent congrès. C’est le problème de l 'organisation du travail.

Ayant été proclamé solennellement comme le but social, dont la révolution politique n’est que le moyen, je dois espérer qu’aujourd'hui mes idées seront reçues, non-seulement sans prévention, mais avec confiance par les amis de l’humanité.

Tout le monde sait que le travail s’exerce sur la matière , et que la matière provient du sol. Le travail, directement appliqué à la surface du sol et aux produits de cette surface, constitue l’agriculture et l’industrie agricole. Le travail, appliqué aux produits de l’industrie agricole et de l’industrie minière, constitue l’industrie manufacturière.

Sous ce premier point de vue il est déjà’ facile de comprendre la connexion et la dépendance intimes du problème de l’organisation du travail avec la science agricole.

Mais le travail, généralement parlant, est tout dans la société : elle n’existe que par le travail, et le travail est la caractéristique de l’homme. Dès lors la phrase : Organisation à travail, signifie organisation de la société. Celle-ci obtenue, le travail se trouvera de lui-même organisé.

L’organisation de la société comprend ces deux aspects : le physique et le moral. L’organisation physique de la société, c’est l’organisation de la richesse ; l’organisation morale de la société, c’est l’organisation de l’instruction. — Nous n’avons pas à nous occuper de celle-ci pour notre sujet.

Quant à l’organisation de la richesse, comme elle se divise, en richesse foncière et richesse mobiliaire, et que la première repose sur la propriété du sol, la science agricole doit examiner l’influence de cette condition sociale du sol, dans l’application

du travail sur lui. Ici le problème de l’organisation sociale se trouve en dépendance immédiate de l'institution de la propriété territoriale. En effet, pour résoudre ledit problème, il fautdécider préliminairement si la société, si le travail, peuvent s’organiser d’une manière rationnelle sous le système de l’appropriation du sol à une classe d’individus. Je livrerai cette question à l’examen des socialistes. Maintenant je m’adresse aux agriculteurs.

Toutes les parties de la science agricole en générale et dès lors, tous les problèmes du programme du présent congrès et de tous les congrès h venir, se rapportent au sol et à leurs produits. Le sol étant approprié et les produits du soi appartenant naturellement aux propriétaires du sol, il devient évident que la condition du sol approprié doit avoirune influence directe sur tous les problèmes du programme.

En effet, la propriété territoriale en générai, et en particulier telle qu’elle est constituée en France depuis la révolution de 1795, soit par sa qualité essentielle qui constitue le sol inhérent h un certain nombre de familles, soit par les divisions et les transmissions que le sol éprouve par les héritages ; la propriété territoriale, dis-je, apparaît dans l'examen de tous les grands problèmes agricoles, comme un élément perturbateur qui en empêche la solution.

Le temps me manque pour passer en revue tous ces problèmes et démontrer sur chacun en particulier, et sur tous ensemble, l’impossibilité d’une solution rationnelle avec le maintien delà propriété foncière et les divisions et transmissions que la législation actuelle autorise. Il me suffira, auprès d'hommes si instruits, de nommer les problèmes du crédit agricole, du cadastre, des irrigations, des plantations des forêts, des travaux pour empêcher les inondations, des défrichements, de la détermination de la nature et du système de l’exploitation

agricole en rapport avec la nature du sol et les besoins économiques du pays, etc.., etc. ; il me suffira, dis-je, d’énoncer ces problèmes pour faire comprendre que leur solution se trouve .embarrassée .par les conditions del’organisation actuelle du sol, approprié a certains individus.

Je n’ai pas fait allusion dans cette lettre au sujet septième ;de la deuxième série du programme du Congrès, relatif au Mode d'organisation de chambres consultatives d'agriculture; .qui .a été discuté dans la séance de jeudi ;—parce que je crois l’examen de cette question tout à fait déplacé dans une assemblée composée, en majorité, de propriétaires agricoles. En outre, la solution raisonnable d’une telle question, n’exigeant pas des connaissances spéciales agricoles, sort du cercle sujets analogues avec la composition du Congrès.

Que faut-il donc faire pour donner à ces problèmes une solution favorable à l’humanité? — La réponse est facile. Renverser l’obstacle qui s’oppose à la solution. Faire rentrer le ■sol à l’État, afin que l’élément essentiel de toute production •puisse être mis à la disposition du travail ; car alors, et seulement alors, le travail sera libre, et le travail sera organisé.

Mais vous voulez l’abolition de la propriété territoriale; me dirait-on peut-être : vous voulez la destruction de la base de l’ordre actuel; vous voulez, en un mot, le communisme? - Je vais répondre à ces demandes.

Premièrement, je dirai que je ne veux rien du tout. Je dis de plus, que chez un homme de science, un homme logique, .vouloir, dans ce qui doit ou ne doit pas arriver dans d’ordre moral, est une niaiserie. L’homme logique raisonne) déduit des vérités, et les présente au public , car la publication des vérités est un devoir lorsque la société réclame que la vérité lui soit .présentée. L’homme logique sait que, dans l’ordre moral, ce qui doit être sera : la

puissance de sa volonté devient donc parfaitement nulle.

Maintenant je réponds aux objections :

1° L’abolition de la propriété foncière doit être proclamée lorsque son maintien est incompatible avec l’ordre social qu'on doit établir en vue du bonheur de l’humanité ;

2° La destruction de la base de l’ordre actuel doit être proclamée lorsque le maintien de ce prétendu ordre est incompatible avec le véritable ordre social que réclame le bonheur de l’humanité ;

5° La rentrée du sol à l’Etat, afin que le pouvoir social puisse établir les divisions dans le sol convenables à l'exploitation agricole, d’après l’état de la science, les travaux d'amélioration d’ensemble, en vue du bien de la totalité des habitants, et accorder le droit d’exploitation à tous les individus qui voudront et qui pourront exercer leur travail sur le sol ; ces réformes, dis-je, ne sont pas du communisme; c’est de la véritable organisation sociale.

Mais, dira-t-on encore, la rentrée du sol à l'Etat suppose l’expropriation et la ruine des familles, une injustice; en un mot, une révolution.

Je répondrai encore, en commençant par déclarer qu'une réforme sociale cesserait d’être rationnelle, dès le moment qu’elle aurait fait une seule injustice. Maintenant, je dis :

1° La rentrée du sol h l’Etat peut se faire d'une manière pacifique, sans désordre, sans perle pour aucune des familles actuelles. La science sociale donnera la solution de ce problème, lorsque, la solution sera socialement reconnue et proclamée nécessaire et indispensable.

2° Les révolutions politiques et sociales, au moyen de la force, n’arrivent jamais que par l’eflet des obstacles irrationnels opposés à la diffusion de principes rationnels, rendus nécessaires à l’humanité par le progrès de la civilisation.

Telles sont, mes honorables et savants confrères, les indications que je me proposais de vous soumettre. Leur importance et le vaste cercle qu’elles embrassent, les rend inadmissibles à l’examen du présent congrès. Ce n’est pas à moi à prédire la résolution qu’elles demandent de votre part. Je vous les livre, croyant remplir un devoir social, et je vous les livre avec une grande confiance dans vos lumières, et surtout dans votre amour de l’humanité.

Ramos de la Sacra, Correspondant de l’Institut.

Paris, ce mars-1858.

Imprimerie SCUïNEIDER, rue d'Erfurlh, 1.

Ssii* les conclusions rtc In C ommision «lu Congrès central <r Agriculture dans son rapport relatif à l'Organisation du travail.

I‘ L'Association agricole entre les proprietaires et le> 11 railleurs ne petit être libre sous l'organisation actuelle de la propriété, parce que les seconds dépendent exclusivement du sol approprié aux premiers.

2" L’Association n’étant pas libre, ne peut pas mm plus être réglée que par la force. La distribution des profits entre le capital, le talent et le travail, est fondée sur IVneiir de supposer que l'exercice du travail peut se faire ■'■.ms intelligence.

.'1° Dans une bonne organisation il n'y a pas de ininuninn ni de maximum. Le produit du trurail sur la matin. e>t le salaire qui doit appartenir au iraraiüe/ir.

K o u , li°. Ces trois mesures se rapportent au uianiien de l’étal actuel du sol, approprié à certains individus : condition sous laquelle l’organisation du travail agricole vers, um utopie.

8° Aucun système ne doit être essaye avant qu’il soit démontré incontestablement raisonnable: sans cela, toutes les utopies auraient droit à être essayées.

9“ Il est impossible que l’État devienne chef des entreprise,? industrielles ou agricoles, sans faire concurrence dépressive a l’industrie privée, ou se ruiner, ou ruiner le pays

tüamou î»e ta 6agra.

(Extrait du Représentant du Peuple des 13 et 14 Juin 1 SIS ;.

On entend dire partout : La propriété a été la base de la société ; partir aittinte a In propriété , c’est porter atteinte à la société.

Pour constater la vérité ou l'erreur de cette assertion, il faut commencer par déterminer la valeur du mol propriété.

Entend-on par ce mot le droit de jouir et de disposer du fruit de son travail ? -Alors, rien ne paraîtra plus raisonnable que la consécration de ce droit, cai la propriété n’est pas seulement le prix du travail, mais la consécration du travail. Elle est plus qu’un principe, elle est la conséquence du raisonnement ou l'expression de l'humanité (1).

Mais la société n’a pas été constituée sur la propriété ainsi définie; au contraire, la société a été l'ondée sur le principe de l'appropriation, par certains individus, des fruits du travail des autres individus; en un mot, sur le principe de l’exploitation du travail de la majorité par la minorité privilégiée. L'esclavage organisé sur ce principe n'est pas tout-à-fait aboli en Europe, et moins encore dans les autres parties du monde, car beaucoup de nations sont encore esclaves.

Sous ce régime, le fruit du travail appartient, non pas au travailleur, mais aux seigneurs. Donc le véritable principe de la propriété n'a pas été la base de la société.

Si on entend par propriété le privilège de la possession du sol, alors le problème change de face, et.la maxime que la propriété a été la base de la société, peut avoir reçu une sanction pratique, mais elle ne saurait être admise comme exacte.

En effet, l'appropriation du sol par un petit nombre d’individus, est le principe qui a dominé dans les nations occidentales, ainsi que l’appropriation par le chel de l’État a été le principe dominant dans les nations orientales. Dans le premiei cas, le petit nombre des possesseurs de l’élément primordial de toute production, qui est le sol, — élément sans lequel le travail ne peut rien, —pouvait s'approprier la totalité ou une partie des fruits du travail. La première condition a constitué Yesclavage, la seconde le salarial; mais il faut constater que le salair.était accordé au travailleur comme moyen de subvenir à sa subsistance, qui. sous la condition primitive, était due à l’esclave.

En réfléchissant sur le droit de propriété ainsi considérée, il devient évident que ce droit se rapporte à la minorité constituant les possesseurs du sol, dont la majorité était déshéritée. Donc la maxime : La propriété est la base de la société. peut être traduite par cette autre : La société est basée sur le privilège de la minorité et l'exploitation de ta majorité.

Maintenant, nous demandons si une pareille maxime est juste? s; la société doit continuer d’être fondée sur la même base, qui borne le droit de propriété sur le sol à une minorité? D’après les règles de injustice, il semblerait que non. car la société ne doit pas reposer sur un principe relatif à une minorité, mais sur un principe absolu représentant l’universalité. Alors il faudra établir le principe dans l’acception que nous lui avons donnée : celui qui consacre le fruit du travail comme une propriété des travailleurs. Alors la base ancienne du privilège, sur laquelle la société est encore fondée, doit être remplacée par la base nouvelle de l’égalité, qui accorde à tous et à chacun la propriété de ses œuvres. En effet, pour devenir conséquent avec les maximes sociales que la France a proclamées, l’organisation actuelle de la propriété foncière ne peut être conservée, car le droit doit appartenir à tous. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que tous deviennent propriétaires des fruits de leur travail.

Mais, dira t-on peut-être, c’est là ce qui arrive aujourd'hui, puisque chacun a le droit de jouir et de disposer de tout le droit de son travail.

Cela est-il vrai ? répliquons-nous à notre tour. Peut-on dire aujourd’hui que tout le fruit du travail appartient au travailleur?

A ceux qui nous répondront affirmativement, nous leur demanderons : Et la rente, qui absorbe la moitié ou le tiers du produit du travail agricole? et les

11; Voyez nos idées préliminaires à la Science sociale, S 7-4S-49, p. IX.

loyers, les intérêts, les dividendes, les bénéfices qui grèvent toute espèce de tr a . vail d'un impôt variable et onéreux ? Donc il n’est pas exact de dire qu’aujourd’hui le travailleur devient propriétaire de tout le fruit de son labeur, puisqu'il est obligé d'en donner une partie aux propriétaires, quoique l’autre partie ne lui suffise pas pour vivre.

Que faut-il donc faire pour que le travailleur soit propriétaire de tout le fruii de son travail, afin que le droit de propriété devienne commun à tous et que la société soit réellement constituée sur la propriété? Que faut-il faire pour que dû système de la propriété, illusoire, — puisqu’il accorde le droit seulement à | :i minorité exploitante, — l’humanité passe au système de la propriété réelle qui accordera le fruit de ses œuvres à la majorité jusqu’ici exploitée? Il faut, non pas détruire la propriété, cela serait absurde, puisque nous voulons, au contraire, universaliser la propriété ; il faut abolir le privilège ancien, parce que ce privilège rend impossible l'établissement du droit rationnel. Et comme l'ancien privilège se rapportait, non pas au principe inébranlable de la propriété, mais à l’organisation sociale de la propriété, qui accordait le sol, inaliénable par essence, a un petit nombre d'individus, il faudra changer seulement l'organisation de i;, propriété, qui est de nature variable, comme expression de l'ordre social, quant à la matière (1).

Nous venons de voir comment, au moyen du raisonnement, et sans porter aucune atteinte au principe, mais en sachant l’appliquer d’une manière juste, pour qu'il puisse devenir base de l’ordre social ; nous venons de voir, dis-je, comment on parvient à démontrer la nécessité d’abolir le système ancien, système qui, ayant servi de base il la société constituée sur l'exploitation, ne peut pas sertit île base à une société fondée sur l’équité du droit.

En faisant allusion au principe ancien, nous ne voulons pas l’accuser, quoique nous le combattions aujourd'hui; nous reconnaissons, au contraire, qu’il a serti pour maintenir l’ordre dans l’humanité, pendant la longue période des siècle» passés; car alors, et à cause de l’ignorance primitive, le despotisme était k seul système possible d’organisation sociale. Le despotisme devait employer, — pour se maintenir, — l'exploitation intellectuelle et matérielle, c'est-à-dire l'exploitation de toutes les forces; dès lors, le sol, source de toute application des forces, source, par conséquent, de tout travail, devait être aliéné aux classe» exploitantes qui dominaient l’humanité. Ainsi le système organique de la propriété foncière, devenait naturellement et nécessairement inhérent au maintien de l’ordre despotique; mais du moment qu’on se propose de reconstituer h société sur la liberté, le système d’exploitation du travail devient incompatible avec le nouveau principe, et, par suite inévitable, la hase ancienne de l'exploitation doit s'écrouler.

Quelle est donc la condition essentielle pour que tout le fruit du travail revienne au travailleur? — Il faut parvenir à une organisation telle, que le travailleur ne paie ni rente du sol ni aucun intérêt en prélèvement sur son travail. Pour cela, il faut qu’il ait à sa disposition le sol et le capital ; car c’est alors, et, seulrment alors, que tout le produit de son travail lui appartiendra.

Avant d’aller plus loin, il nous semble utile de préciser nos conclusions.

Il n’y a, dans la question du travail, que matière et intelligence. — I.a matière, c’est la terre (y compris l’atmosphère) et ses produits, sur laquelle et sut lesquels l’intelligence opère.

L’action de l’intelligence sur la matière constitue le travail.

■Insqu’aujourd’hui, l’humanité a traversé deux époques ; celle de la domination par les propriétaires du sol, et celle de la domination par les propriétaires du capital, dominant aussi le sol. — La première époque a constitué le régira» féodal, la seconde a constitué le régime bourgeois.

Dans ces deux époques, la domination par les possesseurs du sol et du capital constituait la domination de la matière sur le travail, la domination de la matière sur l’intelligence; ce qui est devenu incompatible avec la raison et la juslice. — 11 faut que dorénavant le travail, qui est l’intelligence traduite par les actes, domine la matière, qui est la terre et le capital. Il faut donc que la nouvell» époque sociale consacre la suprématie de l’intelligence ou du travail.

Maintenant nous pouvons entrer dans la seconde partie de la question.

Qu’est-ce qu’il taut faire pour que le travail domine, c’est-à-dire pour que k sol et le capital, la matière, en un mot, soit à la disposition du travail? Eaudrat-il la prendre immédiatement aux possesseurs actuels pour la distribuera ton»'

(I) liées préliminaires, $51, p. lit.

— Ce procédé serait absurde, parce qu’il est injuste et inefficace, et nous ne pKposonsrien d’injuste pour parvenir au rétablissement de l'ordre. Il faudra trouver tm moyen pacifique de mettre la communauté, qui constitue l'Etat, en possession du sol et en même temps d’un capital social qui puisse lui servir, 1“ pour entreprendre toutes les améliorations possibles et nécessaires sur le sol. afin de vendre faciles et profitables les exploitations agricoles, industrielles et commerciales, ainsi que pour conserver la fertilité et la salubrité du territoire; 2' nom mettre à la disposition des travailleurs, comme auxiliaires indispensables de leurs forces physiques et intellectuelles, les instruments du travail. Parmi ceinstruments, nous comprenons, logiquement, l’instruction générale et professionnelle.

Par ces moyens, le sol, élément primordial de la production, appartenant a tous, et tons ayant à leur disposition des instruments de travail, ils pourront jouir et disposer de la totalité des fruits de leur labeur. Par ces moyens, la nouvelle propriété ne reposera pas sur un privilège, qui est l'inégalité, mais sur un droit universel, qui est l’égalité. Ce droit est le travail, dont l’exercice libre procurera la propriété réelle, supérieure à tout principe, car nous avons dit qu’elle était l'expression tle l'humanité meme.

On peut s’apercevoir que le principe que nous venor séquence logique d'un raisonnement incontestable, est te seul mu musse sansl'aire la condition de réforme radicale posée par 51. Lamennais; savoir: . (jm.

< pour assurer la vie de chacun et en même temps sa liberté, il ne s'agit Jonc > point d’abolir la propriété, mais au contraire de la multiplier, de la rendre

- accessible à tous. » ( Questions du travail, articles du Peuple. Constituant, 2.) (I.. Cependant, 51. Lamennais s’était déclaré, il y a un an. contre tes sv-sienn-s

socialistes qui tendaient à concentrer la propriété dans les mains ne î Liât. Lésant cesser toute propriété individuelle ; — et dans le; son journal, il ratifie la même conviction.

11 n'y a pas de doute que le principe, ainsi posé, d’une manière si absolue. peut être combattu victorieusement; car, en effet, abolir toute propriété individuelle et constituer l’Etal seul propriétaire, seul régulateur et seul iéimincrateu; du travail, mènerait la société à la plus affreuse des servitudes. — 51ais le principe que nous avons déduit des raisonnements que nous partageons avec M. Lamennais, n’abolit pas toute propriété individuelle, ne constitue pas non plus l’eiai régulateur et rémunérateur du travail. Ce principe consiste à faire rentrer i l’Etat le sol, jusqu’aujourd’hui aliéné à des individus par un privilège désastreux pour le travail. Ce principe consisle aussi à mettre le sol, élément primordial ce toute production, à la disposition du travailleur, moyennant une prime prélevée sur les produits pour constituer l’impôt (2).

Les individus alors, restant libres dans l’exercice de leur travail, seraient cialement garantis dans la propriété du fruit de leur travail.

Le moyen proposé n’est que la constatation du droit universel contre le privilège; du droit universel de tous à la propriété, contre le privilège de la prujuiété du petit nombre ; le droit rationnel de la propriété du fruit du travail. i-nnire Idroit abusif de la propriété de l’élément primordial de la production qui, en ju-tice absolue, est inaliénable.

Nous avons communiqué une partie de ces idées au Congrès ventral dagricullure, au mois de mars dernier. 11 les a fort mal accueillies, croyant peut-être qu’elles portaient atteinte au droit de propriété individuelle. Alors, nous nonsommes borné à constater que la propriété foncière, constituant une partie de la richesse, et le travail agissant sur le sol, base vie cette propriété, le problème de l’organisation du travail se trouvait en dépendance immédiate vie l'insliuuivni dite propriété foncière. En détachant de la question sociale de principe la question simplement agricole, nous nous sommes restreint à constater, par une unie imprimée, que la solution de tous les problèmes réclamés par le progrès vie U science, se trouvait embarrassée par les conditions de l’organisation actuelle de

la propriété, qui accorde la possession du sol à un certain nombre d'individus. De là nous avons déduit les conclusions suivantes :

1° L’abolition de la propriété foncière doit être proclamée lorsque son maintien est incompatible avec l'ordre social qu’on doit établir en vue du bonheur de l’humanité ;

2» La destruction de la base de l’ordre actuel doit être proclamée, lorsque le maintien de ce prétendu ordre est incompatible avec le véritable'ordre social que réclame le bonheur de l’humanité;

5° La rentrée du sol à l’Etat, afin que le pouvoir social puisse établir les divisions dans le sol convenable à l’exploitation agricole, d’après l’état de la science, les travaux d'amélioration d’ensemble, en vue du bien de-la totalité des habitants, et accorder le droit d’exploitation à tous les individus qui voudront et qui pourront exercer, leur travail sur le sol; ces réformes, dis-je, ne sont pas du communisme; c’est de la véritable organisation sociale.

Pour satisfaire d’avance aux objections que pourrait soulever notre communication, nous avions joint les déclarations suivantes :

■ Mais, dira-t-on encore, la rentrée du sol à l’Etat suppose l’expropriation et la ruine des familles, une injustice; en un mot, une révolution.

« Je répondrai encore, en commençant par déclarer qu’une réforme sociale cesserait d’être rationnelle dès le moment qu’elle aurait fait une seule injustice. Maintenant, je dis :

« 1° La rentrée du sol à l’Etat peut se faire d’une manière pacifique, sans désordre, sans perte pour aucune des familles actuelles. La science sociale donnera la solution de ce problème, lorsque la solution sera socialement reconnue et proclamée nécessaire et indispensable;

« 2» Les révolutions politiques et sociales, au moyen de la force, n'arrivent jamais que par l'effet des obstacles irrationnels opposés à la diffusion des principes rationnels rendus nécessaires à l’humanité par le progrès de la civilisation. »

Maintenant nous croyons pouvoir ajouter que le moment semble arrivé de s’occuper de l’examen et de la discussion des moyens de parvenir à la solution du problème de la rentrée du sol à la communauté et à la création d’un capital social en faveur du travail.

Ayant examiné le projet de la Banque d’échange du citoyen Proudlmn, et les développements qu’il a donnés dans son programme inséré dans les numéros 60, 61 et 65 de son journal, nous croyons qu’avec certaines modifications aux conditions du rachat des fermes, après l’expiration du remboursement de la valeur, on pourrait arriver au résultat de l’organisation sociale matérielle. Sous ce point de vue, nous déclarons adhérer au programme du citoyen Proudhon, mais sans rien préjuger sur les conséquences du même projet, relativement à la question plus essentielle de l’ordre social.

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