RATIONNEL , ET DES RÉFORMES SOCIALES TENDANT A
l’établir.
Nous avons démontré, dans un autre Mémoire (1), que le travail est la caractéristique de l’homme ; que tout est travail dans la société.
Les résultats du travail sont les produits : ceux-ci sont de différentes espèces; nous pouvons les classer d’après divers rapports. Sous le point de vue de l’ensemble social, dont nous étudions les lois, les produits peuvent être distingués en deux sortes de catégories ; car, ou ils sont appropriés au soutien, au développement et au progrès de l’existence physique, ou ils sont destinés au soutien, au développement et au progrès de l’existence intellectuelle.
Les produits destinés à l’existence physique se rapportent à l’organisation de la richesse. Ceux qui sont destinés à l’existence intellectuelle se rapportent à l’organisation de Y instruction.
L’organisation de la richesse constitue l’organisation économique; l’organisation de l’instruction constitue l’organisation morale de la société. L’ensemble harmonique de ces deux organisations constitue l’organisation sociale.
(I) Quelques idées sur l'organisation du travail et la libre concurrence.
Nous venons de prononcer le mot harmonique, qui suppose l’accord des deux systèmes d’organisation économique et morale, ou de la richesse et de l’instruction. Maintenant nous pouvons examiner un problème préliminaire à la théorie organisatrice, et qui se rapporte au but de ee Mémoire. Le voici.
Est-il possible d‘établir l'organisation économique de la société, indépendamment de /’organisation morale ?
Ou, en d’autres termes, l'organisa lion de la richesse peut-elle être indépendante de l'organisation de l'instruction ?
D’après l’énoncé que nous venons de faire, en établissant que les deux systèmes d’organisation devaient être harmoniques, nous pourrions répondre négativement. Mais, d’accord toujours avec nos principes, nous préférons conduire le lecteur à formuler lui-mème la négation comme conséquence d’un raisonnement incontestable. Pour cela, commençons par supposer que l’organisation de la richesse peut être indépendante de l’organisation de l’instruction. Alors nous pouvons établir que celle-ci peut être indépendante de celle-là. Donc nous admettons la possibilité d’un ordre social sous lequel les deux systèmes d’organisation qui le composent, savoir : l’organisation économique et l’organisation intellectuelle, seraient indépendantes l’une de l’autre, opposées, contradictoires, anarchiques enfin.
Tel est justement, comme nous l’avons constaté plus haut, le système qui règne aujourd’hui, système sous lequel la plus effrayante anarchie existe, non-seulement entre l’organisation de la richesse et l’organisation de
l’instruction, mais aussi, dans chacun de ces deux ordres d’organisation considérés séparément. Nous démontrerons au besoin que l’anarchie existe dans le système social, parce qu’il n’y a pas d’harmonie dans l’ensemble ; car, pour la condition harmonique, il faut que chaque ordre d’organisation soit rationnel et non absurde.
Généralement parlant, l’harmonie entre deux systèmes peut s’établir sous deux conditions diverses : 1 0 quand les deux systèmes sont d’une importance égale; 2" quand ils sont d’une importance inégale. Dans le premier cas, l’harmonie est l’accord parfait des deux systèmes ; dans le second, l’harmonie résulte de la subordination rationnelle d’un système à l’autre.
Pour appliquer cette distinction au problème qui nous occupe, il faut déterminer d’avance si les deux systèmes d’organisation, que nous appelons économique et intellectuelle , ou physique et morale, sont d’une importance égale ou inégale.
Pour résoudre cette question, il suffit d’examiner le but respectif de chaque système : l’un étant relatif à la vie matérielle, est cependant aussi essentiel à l’existence sociale que l’autre, qui est relatif à la vie intellectuelle, car ces deux vies sont simultanées, dépendantes l’une de l’autre. De même que chez l’individu l’existence physique demande l’action de l’intelligence, et l’exercice de celle-ci suppose le soutien de celle-là; chez l’individu collectif, qui est la société, le soutien de la vie physique, qui est le progrès et le bien-être par la richesse, suppose l’exercice et le développement successif de la vie intellectuelle ou de l’instruction.
Mais si les deux systèmes d’organisation qui, par leur ensemble harmonique, doivent constituer l’organisation rationnelle, sont d’une importance égale relativement à la vie sociale, on ne peut pas les considérer sous ce point de vue d’égalité relativement h l’action de leurs moyens sur le corps social. Sous ce rapport, il suffit de fixer un peu l’attention sur ce problème pour voir que, reconnaissant dans la société une destinée religieuse, la vcritable civilisation, qui doit être le progrès vers eette destinée, suppose la subordination des moyens du progrès matériel aux lois du progrès moral; c’esl-à-dire, en traduisant cette phrase par une autre analogue, que le ,si/slème économique , ou de l'organisation de la iuciiesse, doit être subordonné, quant à son application pratique, au système intellectuel onde P organisation de l’ixstuüctiox.
Ces conclusions renferment la solution du problème qui nous occupe, et condamnent en même temps, et à priori,, toute mesure d’amélioration ou de réforme sociale, dans laquelle les moyens économiques ne seraient pas subordonnés aux lois de l’ordre moral, ou, en d’autres termes, l'organisation de la richesse ne serait pas subordonnée à l’organisation de l’instruction (i ).
D’après ce principe, nous pouvons demander, quel sera le résultat de tout système d’organisation matérielle ou économique établi indépendamment de l’organisation morale? — Nous avons déjà répondu dans d’autres écrits (2) : l’an.vkcme,
(,1) Xous renouvelons ici la citalioiule noire travail sur la Banque du peuple.
[ï) Quelques idées sur l’Onjanisalion du irmnil et la libre concurrence. — Paris, 1845.
Nous pouvons à présent développer la conclusion que nous venons de déduire, et qui constitue un des points les plus essentiels de notre dissidence avec les écoles socialistes, que sous ce point de vue nous n’hésitons pas d’appeler anarchistes. Aussi, et par les mêmes raisons, nous anathématisons par cette épithète tous les systèmes d’amélioration partielle introduits ou proposés ou à proposer parles libéraux conservateurs, parles doctrinaires politiques, par les savants économistes c et par les républicains imprévoyants. Car, comme tous ces systèmes n’ont produit et ne peuvent produire que le développement des richesses individuelles, l’augmentation des besoins en désaccord avec l’augmentation des moyens ; comme tous ces systèmes, disons-nous, poussent vers le progrès de l’intelligence et du bien-être, dans une époque où l’harmonie entre ces deux tendances est impossible, \'anarchie en devient la conséquence inévitable.
D’après tous ces faits, d’après toutes ces éludes, nous nous croyons autorisé à déduire des conséquences, pour constituer une doctrine caractéristique de l’époque. La voici, en peu de mots :