‹ Opuscules sur la rente foncièreChapitre 10 sur 23 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

UNE NOtIVELLË EXPLICATION DE LA RENTE

bOmÈE PAR H. GHERBULIEZ

(De la Rente foncière, Journal des ÉcotwmUteSy n. 146 Juin 1853).

Nous entrerons d'iabord dans l'idée fondanientale de M. Cherbuliez. Il reproche à Rîcardo (p. 335) d'avoir nîéconnu la naissance de la rente indépendamment de la nécessité d'étendre la culture aux frais moins productifs. Il fonde son reproche sur ce que l'élévation du prix courant sur le prix coûtant des produits précède l'emploi moins productif des capitaux, et donne ainsi lieu à une rente.

Mais qu'est-ce qui arrêtera cet accroissement du prix courant et de la rente qui en résulte ? N'est-ce pas l'emploi moins fructueux des capitaux , qui ne rapporteront que des profits ordinaires ? L'explication de la théorie de la rente exige la considération du fait finalement accompli , et par conséquent Y existence d'une série de terres ou de capitaux de moins en moins productifs. La supposition des défrichements successifs de terrains de rendement décroissant est conforme à la

réalité, et se trouve être le cas le plus général de toutes les exploitations agricoles et extractives ^ L'ordre inverse a lieu lorsque de plus grandes difficultés de mise en exploitation courante coïncident avec une plus grande fertilité des terres. Ce cas est fréquent, mais moins général que le cas contraire. Très-souvent la difficulté de la préparation du terrain n'est qu'un désavantage de

plus qui s'ajoute à celui de l'aridité : tels sont les rochers, les sables mouvants, les glaises pures, les bancs de cailloux, etc. , que Ton finit pourtant par mettre aussi en culture, faute de mieux.

Les observations de M. Carey sur ce sujet, rappelées par M. Cherbuliez à la fin de l'article, ne peuvent rien apprendre à quelqu'un qui est lui-même d'un pays où il y a immensément de terrains encore inexploités. J'ai mis et continue à mettre encore en culture des terrains vierges dans une propriété de près de 7,000 hectares, peuplée d'environ 350 cultivateurs de tout âge et des deux sexes. Je commence par les parties élevées au-dessus du sol humide environnant, parce qu'elles exigent une faible mise de fonds pour leur premier défrichement. Parmi ces terrains , je choisis les plus fertiles^ que j'exploite avant les autres. Les moins féconds sont exploités en dernier. Voilà la marche générale.

Plus tard, il est vrai, l'intérêt des capitaux, au lieu de 8 p. 100 auquel ils se placent encore assez facile-

* Sar remploi de ce mot en économie politique nous préférons les idées de M. Dunoyer (de la Production, février 1853) à celles de M. Cherbuliex (voyez la note de la page 323).

— sèment en propriétés foncières, ne sera plus que 4 p. 1 00, grâce à l'accroissement des richesses du pays. Alors, et surtout si les prix des produits bruts augmentent en même temps,il sera avantageux de dessécher et défricher les terres actuellement humides. Ces terrains sont riches en humus, et donneront des récoltes plus abondantes que celles des anciens terrains, mais notez bien que les frais qu'ils auront exigés pour leur mise en culture les mettront au degré des terrains les moins productifs, c'est-à-dire, ne rapportant que les profits ordinaires.. Le surplus du revenu ne sera que les intérêts du capital dépensé à défricher le terrain. Je me promets de les exploiter aussitôt qu'ils pourront me donner ces profits, et je n'attendrai pas, pour les livrer à la culture, qu'ils me rapportent d'emblée une rente, pour le seul plaisir de les ranger d'après le point de vue de M. Carey, et de donner un démenti à la théorie de Ricardo.

Plus tard encore, si les prix des denrées haussent, et que l'on défriche des terrains aussi difficiles, mais moins productifs, mon nouveau terrain rapportera une rente qui surpassera bientôt les rentes des anciennes terres, car toute hausse des prix se multiplie par la quantité de denrées produite aux mêmes frais : or, le nouveau terrain en donnera plus que les anciens. Ce terrain prendra donc sa place parmi les terrains à rente. Ce cas de changement d'ordre sera un cas particulier, et ne changera rien aux raisonnements de Ricardo. C'est toujours le terrain qui rapporte le moindre revenu aux mêmes frais qui ne donnera pas

de rente; seulement celui-ci ne sera plus le dernier, mais l'avant-dernier exploité.

Si Taugmentation de la demande ne faisait pas hausser les prix, c'est-à-dire, si des terrains pareils au mien étaient défrichés proportionnellement à la dedemande, tous ces terrains, quoique plus fertiles que les anciens, se maintiendraient dans la dernière classe. Si ou défrichait des terrains plus productifs, mais aux frais proportionnellement plus grands, ils resteraient encore, comme les précédents, dans la dernière classe de ceux qui ne donnent que les profits. Ce n'est, enfin, pas par une baisse des prix que Ton pourrait déranger la série de Ricardo en y faisant entrer un nouveau terrain au rang supérieur de l'échelle. La baisse ferait perdre les intérêts du capital impérissable employé au défrichement, et môme les profits ordinaires des anciennes terres. Or, la baisse continue de la valeur des produits étant une des thèses soutenues par M. Carey, il se trouve qu'il ne lui est pas possible de sortir de la série de terrains de moins en moins profitable pour le propriétaire, môme accidentellement, comme nous venons de le faire sans nuire à la théorie de la rente de Ricardo.

Revenons à M. Cherbuliez, qui oppose à Ricardo la naissance de la rente avant l'emploi moins productif de capitaux consacrés à la terre, et observons que le rapport des revenus aux frais varie, d'un terrain à un autre, par degrés insensibles; de sorte que la différence entre les revenus obtenus aux mômes frais sur divers lots ne peut donner une rente quelque peu ap-

préciable avant une aBsee grande extension de remploi de capitaux de moins en moins productivement. La grande différence entre les qualités de terrains prise par Ricardo n'est pas un fait réel, mais un moyen de faire facilement saisir le raisonnement.

Sans doute c'est la hausse du prix qui indique l'augmentation de la demande et pousse à l'emploi de nouveaux capitaux dans Tagriculture. Mais n'est-ce pas la demande qui engage au développement des industries mobilières? et cependant on ne peut considérer comme rente^ le gain temporaire qui en résulte en attendant la concurrence. Ricardo a examiné la rente payée au propriétaire par le fermier; il n'avait pas besoin de faire attention à cet accroissement du prix qui reste entre les mains du fermier jusqu'à ce qu'il soit assez grand pour entrer dans sa redevance.

Mais M. Gherbuliez ne se contente pas de remplir une lacune, s'il y en a, dans la théorie de Ricardo, il veut établir des conséquences opposées à celles énoncées par celui-ci. Dans son chapitre intitulé : La vraie Solution j l'auteur suppose un pays où toutes les terres sont également avantagées et toutes exploitées (p. 326). La population croissant toujours, les propriétaires toucheront une rente. Nous observerons d'abord que, si le pays jouit de la liberté des importations, la rente sera limitée par le prix des produits étrangers, absolument comme elle le serait par le prix qui aurait permis l'exploitation de terrains de moindre rendement, s'il y en avait dans le pays. C'est le terrain ne donnant que les profits ordinaires du pays le plus voisin qui prend

alors le rôle du dernier numéro de la série de Ricardo. On voit que» même dans Tabstraction faite par M. Cherbuliez des distances, ]a limite du territoire du pays ne peut être « la première et la véritable cause de la rente » , comme il le croit (p. 327). C'est toujours la diversité des avantages qui en est la source. Pour réaliser l'hypothèse de l'auteur, il faut supposer que le pays ne peut avoir aucune communication possible avec d'autres pays : si l'on ne voulait que fermer le pays à l'importation, en ce cas, ce que toucheraient les propriétaires en sus des profits ne serait plus la rente seule, mais encore un véritable impôt sur les consommateurs, sous prétexte d'encouragement ou de protectîon à l'agriculture. La rente resterait toujours ce qu'elle serait dans le cas du commerce libre ^ Donner le nom de rente à des résultats qui n'ont rien de commun avec le sens une fois attaché à ce mot, c'est le plus sûr moyen de rendre les explications incompréhensibles.

1 Qii6 Ton g^imagine ce même pays, placé sons un régime prohibitif absolu, devenu tout à coup naturellement inaccessible, comme le serait un corps détaché du globe terrestre. Rien ne serait cbaugé, par un semblable événement, dans le rapport des valeurs en ce pays. Cependant, tout le surplus ^obtenu par les propriétaires au-dessus du profit ordinaire prendrait le nom de rente. Ainsi la possibilité seule de diminuer le boni des propriétaires, par la liberté illimitée des transactions, ne permet pas de donner le nom de rente à la partie de ce boni qui ne se serait pas produite naturellement. Od pourrait, il est vrai, distinguer les deux cas en ajoutant seulement au mot rente les adjectifs naturelle et artificielle. Mais la répétition continuelle de Tadjectif serait fatigante, et son oubli mettrait de la confusion dans les idées du lecteur. N'a-t-on pas éprouvé des malentendus dans l'emploi des mots privilège et monopole distingués de même en naturels et artificiels? et ne serait-ce pas un service à rendre à la masse des lecteurs que de subsis^ tuet an premier le mot avantages?

De semblables licences ne peuvent être admises que lorsque le sujet traité n'est pas la signification même du mot employé improprement.

Suivant l'auteur (page 326), si l'État était seul propriétaire, il pourrait devancer la formation naturelle de la rente en la prélevant comme condition absolue de la culture. Il faudra bien, dit-il, que la rente lui soit payée et que le prix des produits se règle en conséquence. On prévoit déjà qu'il va considérer la rente comme faisant partie du prix. Mais ce n'est pas la rente seule que retire l'État, s'il se fait payer plus que la diflférence entre les revenus nets et le profit ordinaire. Il y ajoute encore un impôt qui tombe sur les consommateurs. Pour que cet État ne perçoive que la rente, il faut qu'après avoir ouvert l'entrée libre aux produits étrangers, il agisse volontairement comme s'il n'avait pas plus de pouvoir d'imposer ses fermiers que ne l'ont des propriétaires particuliers.

L'auteur donne aussi le nom de rente au revenu rapporté à l'État par le monopole du tabac (p. 336). II n'est pas étonnant qu'après avoir confondu la rente avec l'impôt et la prime d'un monopole, il finisse par trouver que la rente fait partie du prix des produits.

L'impôt, lorsqu'il s'attaque à autre chose qu'à la rente seule, entre certainement dans le prix des produits, car il les fait monter de tout son taux. Maïs s'il ne frappe que la rente, il n'y a aucune raison pour que le prix des produits puisse s'en ressentir. En effet, les terrains les moins productifs, ne donnant pas de rente et ne payant par conséquent pas Vimpôt^ ne continue*

ront pas moins à produire un profit ordinaire au prix existant, et ce sont eux qui tiennent le prix. Les propriétaires de terrains à rente continueront, eux aussi, à cultiver les leurs en se contentant des profits seuls, puisque les terrains de moindre rapport s'en contentent. Voilà la preuve incontestable de ce que la rente n'avait aucune influence sur le prix, et n'existait que grâce à celui-ci.

Dans uu pays uniformément productif, les rentes seraient uniformes, auraient un taux général, et Ton pourrait facilement faire la part de ce taux dans le prix des produits. Le taux de la rente pourrait alors sembler analogue à une prime de protection ou bien à un impôt uniforme sur les produits, ou proportionnel aux revenus. Cette analogie serait illusoire, car on n'aurait qu'à retirer la protection ou l'impôt pour faire tomber le prix , ce qui prouvera qu'il contenait la prime ou l'impôt, tandis que le prix qui engendre la rente ne peut tomber que par la diminution de la demande ou par des améliorations dans la production. Lorsque les rentes ne sont pas uniformément proportionnelles aux revenus, on n'a plus la possibilité d'en faire la part même virtuelle dans le prix, car elles n'ont plus de taux général; leur taux varie alors d'une propriété à une autre, et il est impossible au propriétaire qui ne retire que ses profits ordinaires, de s'imaginer qu'il y a dans le prix de ses produits une rente perçue par d'autres propriétaires plus avantagés que lui.

Après avoir fait rapporter à tout le territoire d'une nation une rente, par la seule raison de la limitation

du pays, et sans assigner aucun frein naturel à l'accroissement de cette rente, M. Cherbuliez enti'e dans le cas naturel de plusieurs degrés différents dans la fertilité des diverses parties du soL 11 n'y aurait rien à reprendre s'il n'y disait que la rente croîtra à mesure « que se fera sentir la nécessité de recourir à de nou- « velles exploitations, ou d'appliquer de nouveaux pra- « cédés de culture aux terrains déjà cultivés (p. 327), » Il avait déjà dit, page 326, que dans le pays d'une fertilité partout uniforme, le prix peut se maintenir^ « malgré des perfectionnements agricoles qui permetf* « tent d'obtenir avec les mêmes avances un produit « plus considérable. » Il fait ainsi pressentir que, suivant lui, même dans le cas de la diversité des terrains en qualité, position, éloignement, etc., on peut &ire naître ou augmenter la rente par le moyen de perfec^ tionnements agricoles et de nouveaux procédés de cul*^ ture.

Plus bas, à la page 329, M. Cherbuliez s'explique clairement. Il trouve évident que les perfectionnements dans l'agriculture font monter le profit des capitaux engagés au-dessus du taux ordinaire, « parce « que le prix, sans éprouver aucune hausse, peut-être « même en s'abaissant un peu, se sera élevé par le feit « au-dessus du prix coûtant. » Il éclaircit sa proposition en disant qu'il est indifférent au cultivateur d'obtenir sur une avance de 1,000 fr., 100 hectolitres à 11 fr., ou 110 hectolitres à 10 fr. Sans doute, mais la question est de savoir si le prix de Fhectolitre se maintiendra à 10 fr., lorsque sur 1,000 fr. d'avance on ob-

tiendra 1 1 au lieu de 10 hectolitres? Ce n'est plus d'un pçiys uniformément productif et en dehors de toute communication possible avec d'autres pays qu'il est question. En parlant de ce qu'il nomme Yerreur de Ricardo (page 335), M. Cherbuliez répète la môme idée eQ d'autres termes : « 11 est évident^ dit-il encore, que c l'accroissement dans la demande des produits agri- (Y colesi en provoquant une hausse immédiate de leurs ff prix courants, peut aussi bien donner l'mpulsion à « des progrès dans l'art agricole, au moyen desquels < Ifi teire fournira, au même prix qu'auparavant, une « quantité croissante de produits. Dans ce cas, la né- « cessité de recourir à des exploitations moins avanta- <r geuses ne se fera pas sentir, v

Ceci est on ne peut plus grave : on sentira parfaitement le besoin de faire concurrence sur des terres moins fertiles qui rapporteront^ supposons aussi , un dixième en sus, grâce aux nouveaux procédés, et feront tomber la rente exactement à ce qu'elle serait si Von n'avait fait aucun perfectionnement dans l'art agricole *.

^ On ne peut donner une démonstration générale suffisamment claire de cette proposition, sans se servir de quelques caractères remplaçant les chiffre» d^im exemple numérique. Le cas est celui du n^oment où les meilleures terres^ déjà40talement exploitées, ne rapportent pas encore de rente. Supposons à 60 pour 1 ,000 le taux des profits. 1 ,000 fr. de frais donnent un

produit de A hectolitres. Le prix courant doit être — — - l'hectolitre. Si la demande s'est accrue de — , et qu'en même temps on ait trouvé le moyen d'obtenir^ aux mêmes frais, -- du produit en sus, le produit total deviendra -- A. Mais les terrains immédiatement au-dessous, en rapport, qui ne

L'augmentation des produits aux mêmes frais^ amsi que l'économie sur les frais de production, n'augmen* tent pas la rente, parce qu'elles diminuent le prix des produits au profit des consommateurs, et, dans notre supposition, Tefiet de la concurrence est absolument le même que la nécessité de recourir à des eœploitations moins avantageuses. II suffit donc de ne considérer que cette dernière, et Ricardo n'était pas dans Terreur.

Nous avons supposé, pour mieux répondre à Fauteur, que l'amélioration dans la culture des terres donne une augmentation du produit proportionnel

donnaient que a hectolitres pour 1,000 fr. de frais, en donneront -- en sus. Leur produit deviendra -j- a, et se vendra pour 1,050 fr., d'après le taux des profits, c'est-à-dire, à -— — l'hectolitre. Tel sera le prix courant, auquel * les r-r A hectolitres, obtenus dans les premières cultures, donneront

1050 - de revenu brut et 1050 1050, ou (A — a) de rente

pour 1 ,000 fr. de frais. S'il n'y avait aucune économie introduite dans les frais de culture, les terrains inférieurs ne pourraient être exploités jusqu'à ce que le produit a n'eût acquis la valeur de 1 ,050 fr., ce qui établirait le prix

courant à l'hectolitre, auquel les A hectolitres, produit des meilleures

terres, donneraient 1050 - de revenu et — ^ (A — a) de rente, exacte-

ment comme dans le cas précédent. Le seul effet de l'économie des frais sera une diminution du prix courant de l'hectolitre au profit des consommateurs.

* Ce prix descendra, d^abord, au-dessous de cette valeur, parce que Poffre dépassera

la demande des produits. Les nouveanx terrains seront abandonnés et le prix remon-

10500 tera à -r- — , en sorte que la prétence $eule de ces terrains suffit pour empêcher

l'éléTation de la rente, et cela en faisant baisser le prix au taux précis nécessaire pour donner une rente égale à celle qui serait s*il n^y avait aucun nouveau procédé d*exp1oitation introduit.

au produit brut primitif. Ricardo a adopté l'égalité de cette augmentation pour le même capital en frais et pour la même espèce de production (page 54). Ceci est plus d'accord avec les faits; il y a même beaucoup de raisons pour que la même amélioration produise plus d'effet sur un terrain moins productif que sur celui dont la fertilité est déjà grande. Mais en ne supposant^ avec Ricarjdo, que l'uniformité du résultat obtenu sur diverses terres, on trouve déjà que la rente descend^ par le fait des améliorations^ au-dessous de ce qu'elle serait si les améliorations n'avaient pas eu lieu; et la baisse est d'autant plus forte que l'accroissement de la production est plus grand aux mêmes frais ' .

Les propriétaires qui prennent l'initiative des améliorations gagnent certainement au delà, en attendant que les nouveaux procédés, une fois répandus, diminuent le prix du produit ; mais ce gain est temporaire et n'est pas une rente. Il a lieu dans toutes les industries, parce que la concurrence exige toujours un certain temps pour se développer. 11 décroît plus ou moins rapidement suivant le plus ou moins d'activité indus-

^ La demande étant augmentée de d hectolitres, si l'amélioration des procédés de culture permet d'obtenir, au lieu de A hectolitres, une quantité À + d du produit, le terrain le moins productif donnera aussi a +(2

au lieu de a hectolitres. Le prix sera — -^ , auquel les A + d hectolitres donneront un revenu de 1050 — r— ;. La rente sera donc — --i(A — a), au-dessous de celle — - (A — a) trouvée dans les cas de l'absence d'amélio-

rations et de la proportionnalité de l'augmentation à la quantité du produit obtenu antérieurement. On voit que la rente descend d'autant plus que l'augmentation d de la production est plus grande.

trielle dans le pays et finit par disparaître. C'est là une véritable prime naturelle d'encouragement qui ne peut manquer en industrie sans arrêter ces progrès.

Ricardo^ en faisant voir qu'une augmentation des produits aux mêmes frais^ sans accroissement dans la demande^ diminue les rentes (Œuvres complètes, p. 55), a voulu prévenir les objections dans une note qui ne se trouve pas dans la traduction française (The works of D. Ricardo. London, seconde édition, 1 852, p. 43). Voici cette note : « Je n'ai pas entendu que l'effet im^ « médiat de baisser la rente soit, pour les propriétaires, « une dépréciation de l'importance de toutes sortes de a perfectionnements en agriculture. Ces perfectionne- « ments étant un stimulant de population et nous met- « tant à môme de pouvoir cultiver des terrains plus « ingrats avec moins de travail, sont d'un immense « avantage ultérieur pour les propriétaires. Une cer- « taine période de temps doit s'écouler, cependant, du* <K rant laquelle les améliorations leur seront positive- « ment préjudiciables. »

S'il ne fallait compter que sur la probabilité à venir d'une rente, dont l'importance ne peut jamais être prévue , les perfectionnements en agriculture ne se feraient pas souvent. Ils ne se font pas à la fois par tous les propriétaires d'un pays, mais successivement. Lorsque la propriété est très-divîsée, le premier propriétaire en initiative d'un perfectionnement n'influe pas sensiblement sur le rapport de l'offre à la demande de son produit, car la quantité augmentée par lui est insignifiante en comparaison de la totalité offerte sur le

marché. A mesure que d'autres propriétaires adopteront le même perfectionnement, la quantité de la denrée offerte augmentera et en fera tomber le prix. Le bénéfice dû au perfectionnement sera, ainsi, immédiat ^ mais décroissant et disparaissant aussitôt que les mêmes procédés seront employés presque partout. Les retardataires ne gagneront rien, mais seront obligés de suivre les autres pour ne pas perdre leurs profits ordinaires. Plus tard, ou en même temps, Taugmentation de la demande peut faire surgir une rente, mais cette rente est limitée et quelquefois même annulée par la liberté de la concurrence étrangère.

Dans un pays à grandes propriétés et peu nombreuses, comme est l'Angleterre, un perfectionnement fait en grand produit certainement une baisse immédiate des prix, et par conséquent une perte immédiate pour le propriétaire, qui ne peut compter dans son entreprise que sur la probabilité de la rente. Cette probabilité étant très-chanceuse , les propriétaires anglais s'en faisaient une artificielle au moyen de leurs fameuses com4aws. Maintenant que ces lois sont abolies, les propriétaires anglais perfectionneront leur culture non plus autant pour gagner des rentes plus fortes que pour ne pas perdre celles qui ont survécu à la réforme commerciale, ce qui eijt un aiguillon plus actif encore.

OBSERVATIONS

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