PAR M. A. CLÉMENT
{Journal des ÉconomisteSf juiu 1850).
En parlant de la définition de la valeur par Bastiat, M. Clément trouve que le mot service a une certaine élasticité, et que dire que la valeur du service ne dépend pas seulement de l'effort accompli, mais encore de l'effort épargné, et qu'avant tout le service doit être utile, c'est indiquer en d'autres termes, pour fondement de la valeur, l'utilité et les frais, ou les difficultés de la production (p. 241).
Vutilité et \ effort sont nécessaires pour qu'il y ait service ; ce sont les conditions de son existence, et non les mesures de sa valeur. Les éléments de la valeur du service sont : \^ la demande ^ ou le plus ou moins de satisfaction que procure le serviée , ou encore , ce qui est la même chose, le plus ou moins grand besoin qu'il satisfait ; 2° Voffre^ ou le plus ou moins de difficulté à trouver le service désiré ailleurs.
Quels que soient l'utilité d'un service et l'effort
quî y a concouru, sa valeut» ne sera jamais que le résultat du rapport de rcfire à la demande de ce service. L'utilité et reflTorl agissent sur la demande et Toffre, et comptent parmi les éléments de ceux-ci, maïs ils n y agissent pas seuls : leur action est combinée avec*, un très-grand nombre d'autres éléments de l'offre et de la demande, tels que la rareté, la mode, la durée, etc., etc. C'est le tort des économistes critiqués par Bastiat d'avoir voulu fonder la valeur sur une des causeï^ du rapport de l'offre à la demande, au lieu d'embrasser toutes ces causet^ par une formule générale.
Autre chose est le type * de la valeur d'un ^rvice : celui-ci est ordinairement l'effort ou les frais nécessaires à la créer; car si la valeur du service ne couvre pas les frais, le service ne sera pas rendu, et si elle les dépassé , la concurrence tendra à déprécier la valeur du service.
Quant à l'idée de reftiser la valeur à quoi que ce soit, le service seul excepté, elle appartient à J.-B* Say : M. Clément le constate et Bastiat le reconnaît. En effet, il n*y a rien de commensurable dans les échanges que leiô services échangés, et je ne sais ce que M. Clément veut dire par une certaine élasticité du mot service. 11 n^ a rien de vague ou d'incomplet dans le fait d'une action htjmaine qui satisfait un besoin déterminé dans autrui. C'est le mot travail qui est élastique, car on peut l'étendre, autant qu'on veut, à tout degré de l'activité humaine, ce qui a été cause de la méprise de
^ Ricardo l'appelle valeur absolue et prix naturel.
M. Cousin sur la manière dont les économistes entendent les principes philosophiques de la propriété *• Le mot service Sif an contraire, Tavantage de présenter, dans le langage ordinaire comme dans la langue scientifique, le même sens précis qui ne se prête à aucune équivoque, et qu'on ne peut étendre à des faits d'une nature hétérogène à ceux qu'il indique, à moins qu'on ne l'emploie métaphoriquement.
Pour faire voir comment M. Clément emploie le mot service^ afin de lui donner de l'élasticité, il suffit de citer la phrase suivante : « Enfin, il est telles mines de métaux ou de combustibles qui, à égalité de travaux engagés, de travaux courants, de mérite dans la gestion ou la direction de l'entreprise, en un mot^ à égalité de services humains ^ produisent incomparablement plus que d'autres (pag. 243). » Les frais et les efforts de toute espèce ne sont pas des services. Tant que le produit n'est pas échangé , ou au moins déposé, il n'y a pas de service rendu ou préparé, ni de valeur faite. Les frais sont les mêmes dans l'exemple, mais les services qu'ils mettent à même de rendre sont difierents. Il fallait dire : « à égalité de frais et de soins j produisent incomparablement plus de services que d'autres. » Non-seulement les frais, mais le produit reste souvent le même, tandis que le service qu'il permet de rendre augmente ou diminue à diverses époques, et pai' l'effet de circonstances étrangères aux frais et au résultat de la production. Les expressions : services natu-
* Voyez Appropriation.
rels appropriés^ services naturels de la terre, employées par M. Clément, sont des allégories. Le service suppose Vintention de le rendre^ d'un côté, et Yintention de le recevoir de l'autre; il y faut deux volontés. Jamais Bastiat n'a employé ce mot métaphoriquement; il savait trop bien le mal que fait la métaphore à la science^ et s'en plaignait souvent.
Tout le reste de l'article de M. Clément est consacré à combattre dans Bastiat la gratuité des forces de la nature, ce en quoi Bastiat s'accorde avec Ricardo, croyant le contredire. Peut-être M. Clément pense-t-il être d'accord avec Ricardo, en réfutant ce que celui-ci affirmait. Ce n'est qu'une supposition, car il n'est pas question de Ricardo dajis l'article. Bastiat niait l'existence d'un payement au-dessus des profits, des primes de capacité, d'initiative, de bonheur, etc. Ricardo a prouvé l'existence de ce payement, et ne l'a attribué, comme dû, à rien du tout, ce qui est la vérité. M. Clément l'attribue, avec beaucoup d'autres économistes, aux forces de la nature. Nous avons tant dit à ce sujet, dans la plupart des articles de ce recueil, qu'il ne nous reste qu'à renvoyer le lecteur * .
^ Voyez principalement Gratuité des agents naturels.