DERNIÈRE LETTRE DE F. BASTIAT
Monsieur le secrétaire de la Société d'Économie politique a communiqué à la Société * une lettre de Frédéric Bastiat qui résume ses griefs contre Ricardo, et ce qu'il se proposait de démontrer sur la question de la rente foncière. C'est du bord de la tombe qu'il nous jetait ce cri d'alarme : « N'oubliez pas que la théorie « de Ricardo se résume ainsi : La propriété foncière « est un monopole injuste, mais nécessaire, dont l'effet (( est de rendre fatalement le riche plus riche et le « pauvre plus pauvre ! »
Et nous lui répondrons : que ton âme soit tranquille, honnête Bastiat, tu as fait ton devoir en nous conjurant de nous mettre en garde contre l'opinion de Ricardo, car tu étais convaincu de la justesse de ton appréciation. Nous nous sommes empressés de la vérifier, et nous avons trouvé que Ricardo ne donnait pas le nom de monopole à la propriété foncière dans un sens condamnable. Ce nom lui convient, si l'on veut, comme à
* Journal des Économistes, novembre 1851.
toute autre possession de quoi que ce soit : cette plume que je tiens et cette encre que j'emploie m'appartiennent à moi seul , j'en ai donc le monopole. Dans ce sens, l'appellation ne donne aucune prise à des objections, sinon que le mot est parfaitement inutile, puisqu'il ne veut dire autre chose que propriété.
Il y a des cas où un terrain peut se trouver en dehors de la concurrence ; c'est lorsqu'on y produit un article qui n'a pu être produit nulle part d'une qualité tout à fait pareille. Tel est le Clos-Vougeot. Ce terrain jouit d'un monopole naturel; j'aimerais mieux dire cependant d'un avantage. 11 jouirait d'un monopole artificiel , ou d'un vrai monopole tout court, si un vin, pareil à celui du Clos-Vougeot , pouvait se fabriquer ailleurs et qu'il fût défendu de le laisser entrer en concurrence. Ce dernier monopole n'est pas dans notre question ; mais le monopole naturel s'y rencontre, et ce n'est pas la faute de Ricardo s'il y en a. Bastiat le reconnaît aussi et l'appelle bonheur. H y a de très-bonnes raisons, et que nous allons voir, pour ne pas le nommer ainsi; on peut l'appeler avantage j si le mot monopole est choquant, surtoutlorsqu'onoubliedel'associer àson adjectil' adoucissant.
Dans le même cas des terrains relativement avantagés, se trouvent tous ceux qui donnent, aux mêmes frais, une quantité d'un produit plus grande que la quantité d'un produit pareil obtenu ailleurs.
Voilà ce qui résulte de la théorie de Ricardo comme des faits, et non pas que la propriété foncière est un mo • nopole condamnable.
Viennent les mots : injuste^ mais nécessaire. L'avantage foncier est-il injuste? 11 ne s'agit pas de l'avantage résultant des sacrifices ou des eflforts faits par le propriétaire, ni de celui dérivant de l'initiative, prise par lui d«'>ns les améliorations, et encore moins de l'avantage de capacité personnelle. Il n'est question que de l'avantage provenant uniquement de ce que la concurrence est hors d'état de baisser le prix d'un produit au taux qui ne donnerait que le profit seul.
Ne faisons pas de sentimentalisme et n'exagérons pas les expressions. Ne se passera-t-îl jamais rien de semblable dans toutes les branches de l'industrie humaine? Voici un pays quelque peu arriéré, j'en conviens, où, il y a dix ans, les fabrications inflammables ne trouvaient pas d'assurances contre le feu, et où il n'y avait encore que deux gi*andes fabriques de bougies stéarine. L'une de ces fabriques a brûlé. La valeur des bougies a presque doublé, en conséquence, et le confrère du malheureux incendié a gagné beaucoup au delà des profits, dans les trois ou quatre années qui se sont passées, jusqu'à ce que la concurrence ait fait de nouveau baisser le prix. A quoi a été dû l'avantage du fabricant? A la loi naturelle de Tégalité des services dans les échanges. Les services de ce fabricant étaient devenus plus valables, parce qu'un des deux éléments de leur valeur, Voffre^ s'était modifié dans ce sens. Il n'y a rien à reprocher au producteur, ce n'est pas lui qui a doublé son prix, c'est la demande, c'est tout le monde. S'il s'était refusé à le recevoir, d'autres l'auraient reçu pour lui.
Il n'y a pas d'injustice à signaler ici : mais il y a à signaler une imperfection dans la distribution des richesses. Comment! une fabrique a brûlé; un fabricant est ruiné; les consommateurs sont forcés, par la loi naturelle des valeurs, de payer en totalité cette perte de la richesse sociale; et c'est celui qui n'a rien perdu qui en empoche le montant? A quel propos les consommateurs vont-ils porter le montant de la perte du malheureux dans la bourse de l'autre? Et, à la vue d'un pareil fait, nous ne cherchons pas le Ricardo qui nous l'a montré, pour l'accabler de nos reproches ! Et nous ne crions pas à l'injustice avec Bastiat, et au vol avec M. Proudhon !
Nous i-estons calmes devant cette nouvelle constatation de l'imperfection humaine, convaincus que nous sommes, que la meilleure distribution ne découle pas uniquement et spontanément des échanges libres, par conséquent, équitables, des services; mais qu'il faut y travailler et progresser comme en toutes choses. Nous comptons beaucoup sur le mobile suprême des hommes, — l'intérêt personnel, — qui fera songer notre fabricant, avantagé par l'incendie de l'autre, que le même accident peut lui arriver aussi un jour, et que bientôt une association d'assurance contre l'incendie enlèvera, par le moyen du payement de la cote annuelle, tout le gara dû au malheur, et le reversera au malheureux.
Nous nous serions certainement révoltés si nous avions entendu dire au fabricant gagnant qu'il a eu du bonheur y que le cas a été heureux pour lui. Un pareil langage serait d'un homme sans cœur, et nous devien-^
drions à notre aise sentimentalistes, pour donner un libre coursa notre réprobation.
Reprenons maintenant la rente et faisons-la passer par l'épreuve des raisonnements que nous venons de faire au sujet de l'absence d'une association d'assurance dans une industrie, La rente m' est payée sur un produit, parce que d'autres producteurs trouvent plus de difficulté que moi à l'obtenir. Ceux-ci n'y perdent rien, car ils ont leur profit. Mon avantage est dû à la loi de l'égalité des services dans les échanges. 11 n'y a rien à me reprocher : ce n'est pas moi qui tiens le prix au delà de ce qu'il me faut pour obtenir le profit seul, c'est la demande relative à l'ofire du produit qui me le fait.
11 n'y a pas dïnjustice à y voir, mais une imperfertion dans la distribution de la richesse. Comment, dirat-on encore, il ne suffit pas aux consommateurs de payer la difficulté de produire l'appoint de la denrée dont ils ont besoin, il faut encore qu'à propos de cette difficulté, ils vous augmentent, dans la même proportion, leur payement, à vous, qui ne vous donnez pas plus de peine qu'auparavant, et qui offi[*ez toujours la môme chose? Ils sont déjà gênés, et cette même gêne les force à aggraver encore leur position, en vous traitant comme quelqu'un qui trouve la même difficulté à obtenir son produit que ceux qui en donnent le dernier appoint. Et vous ne cherchez pas à détruire la théorie de Ricardo, qui fait comprendre la cause de votre rente! Et vous ne craignez pas que les socialistes viennent vous lapider un jour, votre propre aveu à la main!
Je soutiens, au contraire, les vérités émises par Ri-
cardo, et je crois qu'au lieu de nous laisser lapider, la raison publique comprends la théorie du maître et mettra très-tranquillement et très-judicieusement un impôt sur les rentes, ce à quoi je l'invite de tout mon cœur, et au plus tôt. En attendant, je profite forcément de Tavantage qu'on me laisse^ sans désirer que l'ignorance générale sur la nature de la rente se prolonge indéfiniment. J'accepte volontiers le nom de privilégié ou de monopoleur naturel et obligé par la forcé des choses; mais je repousse celui de monopoleur^ tout court, et, non moins vigoureusement, celui d'heureuœ. Je me croirais un monstre, si je me sentais heureux de la peine d'autrui, et je serais vraiment digne d'être lapidé, si je donnais le nom de bonheur à un avantage que je sais être fondé sur la gêne sociale.
Autre chose est de trouver un beau diamant; c'est une richesse nouvelle. Cet avantage-là ne provient pas d'un mal arrivé à quelqu'un. On pourrait croire qu'un terrain exceptionnel, comme le Clos-Vougeot, donnant un produit unique au monde, dans son genre, serait assimilable au diamant. Il n'y a pas de comparaison à faire entre deux objets aussi hétérogènes que le sont un fonds de terre productif et un produit : on peut comparer le vin au diamant, mais non la terre du clos. On ne peut, non plus, comparer un fonds productif impérissable avec un fonds périssable qui demande un amortissement en sus du profit ordinaire. Ce qu'il y a ici de particulier dans la cause de la rente, c'est qu'elle y est plus qu'une aggravation d'un excès de peine rencontré dans la production. Nous sommes ici dans le cas de la
limite de la loi générale. Ici, le capital le moins productif est infiniment grand, ou bien, \e produit d'un capital, en frais, égal à celui employé au Clos-Vougeot, est nul. Ici, la rente n'a pas de frein dans la coqcurrence des capitaux qui produiraient la même denrée en quantité moindre; elle n'est limitée que par le nombre et la fortune des amateurs du produit sans pareil* Tel serait aussi le cas du territoire d'un pays entièrement cultivé, s'il n'y avait point de concurrence du dehors. On voit que, dans ces cas, les motifs et le droit de soumettre la rente à l'impôt sont au plus haut degré de leur expression.
Mais on dira que si l'impôt venait à enlever la rente, cela serait enlever une partie due à l'intérêt du capital payé pour la propriété du Clos-Vougeot. A ce point de vue, on ne pourrait jamais toucher à aucun monopole artificiel, quelque inique qu'il soit, car il a été, sans doute, payé par le dernier acquéreur. Lorsqu'on en viendra à l'application des vérités théoriques, on sera twu de trouver le moyen d'épargner le plus possible les intérêts particuliers. Nous sommes encore loin du temps où il faudra s'occuper de la question pratique; ce n'est d'ailleurs pas notre sujet.
La nécessité de la rente ne découle nullement de la théorie de Ricardo; je veux dire : la nécessité de la laisser aux propriétaires. 11 n'y a de nécessité que celle de passer par leurs mains, puisque le prix courant d'une denrée doit être l'expression du rapport del'oflFre à la demande.
Bastiat relève comme une énormité que, d'après la
théorie de la rente de Ricardo, les riches deyiennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Qu'est-ce à dire? Sans doute, dans une nation soumise à Toppression, ou bien indolente, inintelligente et imprévoyante, l'art agricole n'avance pas, les capitaux ne se forment pas, tandis que la population continue à s'accroître. C'est le cas où la dififérence des revenus de diverses terres s'accroît sans frein, que les prix des produits et les rentes montent, et que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Y aurait-il harmonie si les gouvernements pouvaient se livrer impunément à l'oppression et les peuples à la paresse et à l'insouciance du lendemain ?
Bastiat n'a pas fait attention à ce que dans une nation en progrès, où les arts se perfectionnent et les capitaux s'accumulent, les prix doivent diminuer, et la somme totale des rentes baisser au moins relativement à la richesse totale du pays, car les procédés de culture s'améliorent et la fécondité de la terre augmente à l'avantage gratuit des consommateurs , sauf la rentrée des capitaux sacrifiés à la terre. Ce recouvrement des capitaux n'impose aucune surcharge à la consommation; ce n'est qu'un retard de jouissance pour les consommateurs, retard causé par la nécessité d'un certain laps de temps pour le développement naturel de la concurrence.
Nous avons supposé ici que les rentes restent entre les mains des propriétaires; mais puisque, comme nous l'avons fait voir, il n'y a aucun inconvénient, ni même aucun motif qui empêche la restitution à la so-
ciété des rentes payées par elle, il en résulte que par le moyen d'impôts bien entendus, les riches ne deviendraient, dans aucun cas , plus riches, mais que tous les membres de la nation, riches et pauvres, s'appauvriraient, dans le premier cas, en même temps; ce qui est mérité. De môme , les membres d'une nation en progrès s'enrichiraient tous en même temps.
D'après la théorie de Ricardo , c'est-à-dire dans la réalité, ce n'est pas la propriété^ mais la rente ^ qui a pour eflfet, si elle reste aux propriétaires, de rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres ^ seulement, pas fatalement et toujoiirs, mais lorsque la nation croît beaucoup en population et s'avance très-peu dans l'accumulation des capitaux, les sciences, les arts, l'intelligence, la moralité, etc. Alors ni les terrains, ni les procédés de culture ne s'améliorent, et les rentes montent rapidement. Le contraire a lieu dans une nation en progrès. Bastiat y aurait reconnu une harmonie de plus. Malheureusement il n'a pas étudié l'effet sur les rentes de l'accroissement de la prospérité, car il dit dans sa lettre : « Oui, quand la France prospère^ il « s'ensuit une hausse générale de la rente foncière ; » et plus bas : « A mesure que la rente augmente par « Veffet naturel de la prospérité publique. » 11 dit encore qu'il aurait prouvé, s'il n'était exténué, que la loi de la rente est la même que celle des capitaux et des intérêts. 11 croyait, sans doute, que les propriétaires gagnent une augmentation de rente dans la baisse des prix par l'augmentation plus grande, en proportion, de leurs récoltes.
On voit la cause de l'illusion de Bastiat dans l'exemple qu'il cite plus haut du commerce de Paris. Il voit une augmentation de la somme des profits dans un plus gi-and mouvement des affaires, et il ne fait pas observer qu'en vendant sa marchandise meilleur marché, le marchand diminue le taux de son profit ^ et que si la somme de ses profits augmente en même temps, c'est qu'wn plus grand capital ^ en proportion, est mis par lui en circulation, La même chose arrivera au propriétaire s'il trouve le moyen d'employer plus de capitaux dans sa propriété. Ces capitaux lui rapporteront des profits à un taux moindre qu'auparavant, mais la somme des profits pourra être plus grande, si la somme des capitaux est, comparativement à la baisse du taux des profits, plus considérable encore. 11 n'y a pas de rente dans tout cela, il n'y a que les profits fonciers. La cause de l'illusion est évidemment en ce que Bastiat ne s'est pas rendu compte de l'existence de cet élément éventuel du revenu foncier, qui n'est pas un élément des profits, et qui n'a que l'uniformité du prix d'un produit, combiné avec la différence du rendement de di- * verses terres, pour toute raison d'être. Plus le propriétaire fera d'améliorations et d'emploi productif de capitaux, plus il aura de bénéfices temporaires et de profits, tout en faisant diminuer le taux de ceux-ci , mais aussi moins il aura de rentes pour l'avenir, car ces travaux seront imités partout et diminueront les différences du rendement des terres. Les rentes pourraient disparaître complètement dans le cas d'une application indéfinie des capitaux à la terre, tandis que la
somme des intépéts ou des ppofitsde ces mêmes capitaux augmenterait malgré la diminution du taux de l'intérêt. Sans faire des frais nouveaux et sans améliorer les terres, si Ton parvenait seulement à mettre la culture d'une denrée partout dans les mêmes eonditions ^bonnes ou mauvaises, la rente pour cette denrée disparaîtrait aussitôt; ainsi de toutes les autres. La limite des rentes au plus haut degré du progrès humain — c'est zéro; la limite des profits est, au contraire, la plus grande somme au moindre taux. C'est que le profit — c'est la richesse, et la rente -^ c'est la gène sociale.
Il faut convenir, cependant, que Ricardo est peutêtre lui-même, en partie, cause de ce qu'il est quelquefois mal compris. 11 dit, par exemple : (( La hausse des ti rentes est toujours l'effet de l'accroissement de la w richesse nationale ^ )j Si l'on s'arrête là, ou bien si Ton ne ftiit que parcourir le reste du paragraphe sous l'impression plus forte de cette première phrase, on prendrait l'idée de l'accroissement nécessaire de la rente dans la prospérité. Or, d'après ce qui suit, on » voit qu'il s'agit ici de la hausse absolue de la rente et de l'accroissement de la richesse aussi absolue et non relative à la population.
Dans la prospérité^ c'est-à-dire dans un accroissement de la richesse de la nation plus grand que l'ae-^ croissement de la population, les terres et les procédés d'exploitation s'améliorent, et les rentes baissent relativement à la richesse, puisque leur accroissement est
> Œuvres de Rieardo, page 50.
alors phês lent que celui des richesses. Souvent elles restent stationnaires et baissent même d'une manière absolue dans un accroissement rapide des richesses.
I^a rente hausse d'autant plus rapidement que les terrains disponibles diminuent de facultés productives, ce qui revient à dire que la hausse de la rente est l'effet d*un accroissement de la richesse moins grand que l'aceroissement de la population, c'est-à-dire l'eflFet de Vap pauvrissement du pays.
Voici, du reste, le paragraphe entier de Ricardo :
w La hausse des rentes est toujours TeAFet de Facw croissement * de la richesse nationale et de la diffl- « culte de se procurer des subsistances pour le surcroît « de la population : c'est un signe, mais ce n'est jamais « une cause de la richesse; car la richesse s'accrott sout< vent trh'-rapidement pendant que la rente reste station- « naire^ ou même pendant qu'elle baisse. La rente hausse H d'autant plus rapidement que les terrains disponibles u diminuent de facultés productives. ÎA où la richesse « augmente avec plus de vitesse, c'est dans les pays où « les terres disponibles sont plus fertiles, où il y a le (t moins de restrictions à l'importation, où, par des « améliorations dans l'agriculture, on peut multiplier « les produits sans aucune augmentation proportionce nelle dans la quantité de travail, et où, par consé- « quent, Y accroissement des rentes est lent. »
Ricardo suppose, cependant, la possibilité de l'ac-
< De raocroiMeinent absolu de la richesse et, en même temps, de l'effet de la dimUmtUm de la riche$se relativement à Taugmentation de la popu* latton.
croissement des rentes en proportion, et même au delà de raccroîssemenl de la richesse par rapport à la population. Un cas semblable doit se présenter bien rarementy car il n'y a pas de raison pour que la nation, en accumulant ses capitaux et ses connaissances, néglige l'industrie territoriale.
Les causes de cette anomalie doivent être étrangères à la marche naturelle, je veux dire libre et spontanée des choses, et n'ont, par conséquent, pas de place dans la théorie de la rente foncière. Elles peuvent se trouver, par exemple, dans un système restrictif du commerce, dans l'indivision des grandes propriétés, dans le progrès d'une classe seulement, exerçant une oppression sur les autres classes de la nation, etc.
D'après un tableau de M. Moreau de Jonnès (Annuaire pour 1851, page 368), on voit qu'en France, de 1700 à 1840, la population s'est accrue de 1 à 1 .85, et la rente dans une proportion un peu plus forte, comme 1 à 2.23. 11 n'est pas douteux que, sous le nom de rentes^ se trouvent compris beaucoup d'intérêts et d'amortissements de capitaux de plus ou moins longue durée, engagés dans les exploitations par les propriétaires. On peut, en conséquence, affirmer hardiment que ces chiffres prouvent une diminution considérable de la somme des rentes pures j relativement à la population de la France. Ce qui veut dire que les différences entre les revenus, obtenus aux mômes frais, ont diminué, ou que les résultats des capitaux les moins productifs ne diffèrent plus autant que naguère de ceux des capitaux les plus productifs. N'est-ce pas là une
conséquence évidente du progrès simultané de tous les éléments de la nation ? Tel n'est pas l'effet de l'augmentation des richesses d'un pays, lorsqu'elles ne s'ac- (mmulent que dans une classe de la nation, quand même elles s'accroîtraient relativement à l'augmentation totale de la population du pays.