A UNE ENTREPRISE INDUSTRIELLE
Toute entreprise, qui n'est pas un objet de luxe, a une utilité directe^ immédiate et matérielle. Cette utilité peut être calculée assez exactement sous forme de revenu annuel probable ou sous celle d'un capital équivalent à ce revenu. D'autres espèces d'utilité de l'entreprise, telles que les utilités indirectes ^ immatérielles^ temporaires^ éventuelles^ etc., ne peuvent être évaluées qu'approximativement en se basant sur l'observation des résultats obtenus dans des entreprises analogues. Quelques-unes de ces utilités sont parfois si minimes ou si éloignées que l'on peut se dispenser de les prendre en considération.
Toutes les espèces d'utilité peuvent être exprimées en nombres, car l'utilité immatérielle elle-même aboutit
^ Extrait de mon article : Des Reconnaissances statistiques servant de base aux entreprises des travaux publics inséré dans TAnnuaire des voies de communication. Tome I, Saint-Pétersbourg, 1839.
avec les autres à un résultat commun à toutes : ïaccroissement des richesses^ l'utilité matérielle — par l'accroissement et le perfectionnement des moyens de production, l'utilité immatérielle — par l'accroîsôement et le perfectionnement des forcés ôfgSnîqUcfe et' intellectuelles de l'homme appliquées à l'industrie.
La somme de toutes les utilités, évaluées sous forme de capital ou de revenu annuel, représentera Yutittté totale de l'entreprise, et le capital qui l'exprimera sera la limite supérieure que l'on ne doit pas dépasser dans l'exécution du projet. C'est le point de vue où doit se placer la nation ou l'État agissant pour le bien public comme agirait une association composée de tous les habitants du pays, s'il leur était possible de se rapprocher dans leurs intentions et d'agir unanimement pour le bien commun à tous.
Ce n'est pas de ce point de vue élevé que considèrent nne entreprise les particuliers, soit isolément, soit en société, par exemple, sous forme de Compagnie d'actionnaires ou autrement. Ceux-ci ne font entrer dans leurs prévisions ni l'utilité indirecte ni l'utilité immatérielle. Ils ne tiennent compte que de quelques utilités directes j immédiates et matérielles^ c'est-à-dire qu'ils ne cherchent à prévoir que le revenu net probable de l'entreprise.
Pour les compagnies d'actionnaires exploitant des entreprises en travaux publics, le revenu est formé par des taxes fixées sur l'usage de l'entreprise. La taxe a, dans tous les cas, un certain taux correspondant au maximum des recettes, parce qu^une troj^ grande élé-
Vation des tarife détermine une dîminiitioti de Ttisâgé qui n'est pas compensée par cette élévation*
Le taux de la taxe donnant le plus de reC'Cttes ne peut être exactement déterminé à Tavanoe. Dans qudques pays, certaines compagnies sont soumises à une limite de tarif qu'elles s'obligent à ne point dépasser. Une semblable mesure est inutile et même injuste: inutile, pBLreè qu'un tarif au-dessous de sa limite ayantageuse probable ne serait pas accepté, et qu'au contraire la limite acceptée est toujours au-dessus de celle qui dans le fait correspondra aux plus grandes recettes; injuste, parce qu'elle dénote l'intention d'empêcher la compagnie de retirer de son entreprise les plus grands béné* fices possibles, tandis que d'autres industries jouissent de la pleine liberté de régler leur prix au maximum de revenu.
Si l'on nous dit que la fixation légale du maximum du tarif est une mesure nécessaire contre le monopole de certaines compagnies, nous répondrons qu'en ce cas on aura deux injustices superposées pour servir de correctif l'une à l'autre. Il n'est pas nécessaire que la concurrence se produise en réalité pour empêcher une compagnie d'élever ses prix au-dessus du taux qui donne à l'entreprise un profit ordinaire; il suffit pour cela qu'il y ait possibilité de concurrence. Si la concurrence était naturellement impossible, alors, le revenu résultant d'un taux de la taxe donnant les plus grandes recettes, contiendrait, outre les profits, une rente de la terre qui pourrait être absorbée par l'État. Il n'y a donc pas de cas où la théorie de la science économique
puisse admettre la nécessité inévitable des réglementations légales du tarif dans les entreprises particulières destinées à l'usage public.
Les données statistiques serviront à déterminer la somme probable des recettes annuelles. Après y avoir ajouté l'accroissement probable qui sera dû au développement d'activité excité par une nouvelle facilité de production, et retranché les dépenses annuelles d'entretien, de restauration et de suiveillance, la compagme trouvera le profit qu'elle pourra s'attendre à retirer de l'entreprise, et par suite la limite jusqu'à laquelle on peut pousser les dépenses, mais que l'on ne peut dépasser sans perte.
Si la jouissance de l'entreprise est limitée par une concession qui en fixe le terme, en ce cas, le maximum du capital que Ton ne doit pas dépasser, dans la réalisation de l'entreprise, dépend encore de la durée de la concession. La compagnie doit se trouver rentrée dans ses fonds à l'expiration du terme de la concession.
Soit B la somme des recettes brutes annuelles probables; b les dépenses annuelles; r^ l'intérêt qu'un capital A^ que l'on veut destiner à l'entreprise, rapporte actuellement. — ^-V- sera la somme annuelle néces-
saire à l'amortissement du capital A pendant la durée! d'années de la concession. Enfin, accordons au capital A, lorsqu'il sera livré à l'entreprise, un intérêt (^+rf)5, plus grand que celui r l dont il jouissait auparavant, Sîuis quoi il n'y aurait pas de raison à son déplacement. Pour déterminer le capital A maximum^ que la
compagnie ne doit pas dépasser dans ses dépenses d'établissement de l'entreprise, nous avons l'équation :
d'où
On voit que le capital des dépenses A, auquel une compagnie peut atteindre sans désavantage, est d'autant plus grand que la quantité — — est plus petite,
OU que la durée T est plus longue.
Prenons pour exemplç r = 0,04 j l'intérêt d'amortissement
pour T
années
sera
Il résulte de ce tableau que pour de très-longues durées de concession, le capital A sera très-peu au-dessous de celui calculé dans la supposition d'une concession perpétuelle, pour laquelle — ^r est nulle *•
1 Si les recettes probables 6 sont évaluées à 3 millions ; les frais annuels
Cette quantité peut êlre négligée pour une durée de plus de quatre-vingts années de coîicession, et d'autant plus que les valeiu's de B et 6 ne peuvent être prévues exactement. Il ne faut pas en conclure, cependant, qu'on ne doive jamais accorder des concessions à trèslongs termes ou à perpétuité. D'abord l'administration, dirigée par des hommes intéressés eux-mêmes
hkl million; rintérêtr étant 0,04 et la prime d ajoutée à rintérêtpour nttirerlés eapitaux, de 0,01, le maximum du capital  & pouvoir dépenser, sans perte pour une durée T de 40 années de toncession, sera :
Ci 40 années.
Perpétuelle.
Les différences entre ces sommes décroissent à mesure que le nombre d'années augmente, excepté entre 60 et 70 années de concession, où la différence est moins importante. Au-dessus de 90 ans les différences deviennent insignifiantes. 11 s'ensuit que si le capital exigé par l'entreprise est si grand, qu'une concession de 90 ans ne rend pas l'entreprise avantageuse, une concession pour 100 ans ou à perpétuité ne la rendra pas plus profitable. Ar
L'amortissement =,—
à détacher
annuellemen
t du reveni
dans notre exemple, dans les 40 années de
concession.
On voit encore que la différence entre les amortissements diminue moins entre 60 et 70 années de concession, qu'elle tombe subitçment de 80 à 90 années, et que, pour une concession de 90 ans et au delà, les frais d'amortissement deviennent insiéiiiflants.
dans l'entreprise, présenté Une garaiitie solide dé succès; ensuite, dans un pays où les compagnies par ac* tions sont très-nombreuses^ toutes les classés de là nation s'y trouvent directement intéressées, et les profits accumulés sont de nouveau employés à d'autres entreprises semblables; enfin, s'il se formait dans le revenu de la compagnie un élément de la nature de la rente causé par l'impossibilité naturelle de faire concorrence à la compagnie, cette rente serait une rente ée la terre et pourrait être imposée sans nuire à l'entreprise. L'État recevrait alors tout ce qui lui est dû saris mettre à sa charge l'exploitation.
Après avoir déterminé le maximum du capital que l'on ne peut dépasser sans désavantage, oii fait le projet détaillé et le devis de l'entreprise. Le capital auquel montera le devis dépend, avant tout, des conditions imposées par la destination de l'entreprise, et des circonstances locales qu'on ne peut modifier. Ce qui est modifiable dans le projet, c'est le tracé de l'emplacement, quelques-unes des distributions et dimensions générales et la durabilité de l'établissement.
Les éléments modifiables du projet sont toujours susceptibles de donner une limite en moins des dépenses^ limite résultant des prix relatifs des objets à acquérir et des conditions absolues du projet qu'on ne peut manquer de satisfaire.
Si, après avoir calculé, d'une part, le maximum du capital que l'on peut affecter sans désavantage, eu égard au revenu qu'il va rapporter, et d'autre part, le minimum auquel il est possible de réduire les dépenses;
si, après ces calculs, on trouve une dififérence considérable entre les deux résultats, il sera possible alors de modifier le tracé de l'emplacement, les distributions et les dimensions générales du projet en faveur de la commodité du service. Si, de plus, la durabilité des matériaux est en raison directe du prix de leur fourniture et de leur préparation et mise en place, on pourra aussi augmenter la durée de rétablissement.
Cependant 1 avantage de la durée, lorsqu'il exige une augmentation de dépenses, a une limite que je vais calculer.
Supposons qu'un établissement industriel, en lui destinant le minimum de dépenses A, pût servir pendant t années, et qu'au bout de ce temps sa restauration dût exiger une dépense a A plus petite que A, attendu que quelques parties de l'établissement pourront encore servir.
Soit B le revenu ou l'avantage annuel présumé, une certaine partie 6 B de la quantité B sera dépensée annuellement pour l'entretien et la surveillance. Enfin, pour le remboursement du capital a A en t années, nommant r l'intérêt courant, il faudra placer annuellement une somme de — —. — . Le revenu net actuel sera représente
par : B — 6B —
Supposons maintenant qu'aux dépenses minimum A, on ajoute un capital C, dans le but d'augmenter la durée de l'établissement, en la portante Tannées jusqu'à sa restauration.
Soit a'(AH-C) le capital qui sera employé à cette restauration. Le revenu brut B restera le même, puisque, excepté la durée, rien n'a changé dans l'établissement. Soit 6'B la dépense annuelle d'entretien et de surveillance; b' sera plus petit que 6, parce que l'entretien annuel diminue avec l'augmentation de la durabilité de l'établissement. Enfin la somme annuelle pour l'amortissement du capital a' ( A 4- C ), sera
T~"» et le revenu net :
Ainsi le capital C ajouté apportera, par an, la différence entre les deux résultats :
ou bien
d'où nous concluons que, si le capital C peut trouver un emploi dans lequel il donnera un profit RC, il n'y aura avantage à l'ajouter au capital A, pour augmenter la durée de l'établissement, que si RC était au-dessous de la quantité ci-dessus.
Cela revient à dire aussi que le capital C ne doit être ajouté aux dépenses que dans le cas où l'intérêt R-^, qu'il pourrait obtenir ailleurs, serait au-dessous de
B(b-V) + (-tH- - ^^-^7^)
pour cent, obtenus par le capital G dans l'entreprise projetée.
Faisons une application de la formule : supposons qu'il s'agit d'une bâtisse dont ravaudage annuel prévu est estimé à B= 1000 fr.;rintérêt courant r étant 0,04, le maximum de dépenses que nous pouvons nous permettre ne doit pas dépasser 25,000 fr., donnant à 4 p. 100, 1,000 fr. de revenu. Supposons qu'en faisant toutes les économies possibles, on soit parvenu à réduire la somme A, du total du devis, à 10,000 fr.; que la durée de la bâtisse exécutée aussi économiquement n'aura que ^ = 20 années de durée, au 'bout desquelles on devra employer à sa restauration une somme égale aux a = 0,8 du capital A, c'est-à-dire une somme de ak=^ 8,000 fr. Supposons que l'entretien annuel de la bâtisse montera à 6= 0,20 du revenu brutB= 1,000 fr. Enfin l'intérêt d'amortissement du capital dans ^=20
ans, sera -. — = 0,0336. Si nous ajoutons maintenant au capital
A = 10,000 fr. un autre C = 5,000 fr. ap moyen duquel la durée de la bâtiese serait portée à T = 40 ans, l'entretien annuel serait réduit, supposons, à &* = 0,10 du revenu brut 8= 1 ,000 fr., et la somme nécessaire à la restauration , réduite, supposons, aux a' = 0,6 du capital A-f-C= 15,0^0, c'est-à-dire, à o' (A-|-C) = 9,000 fr. L'intérêt d'ainortissement étant maintenant pour T = 40 ans, — = 0,0105, nous aurons, en mettant
ces quantités dans la formule de l'intérêt que rapportera le capital ajouté G^
1000 (0.20— 0.10)+ (8000 X 0.0336— 9000 X 0.0105) ^ ^^^gg ce qui fait voir qu'il y a avantage à ajouter C = 5,000 fr. aux dépenses pour augmenter de 20 années la durée de la bâtisse. Mais si l'on voulait exécuter un travail impérissable n'exigeant jamais de restauration, et qu'il eût fallu dépenser dans ce but un capital de C= 10,000 fr. en sus du devis primitif,
l'intérêt d'amortissement — serait égal à zéro, et Ton aurait pour
(l-4-r) -i l'intérêt que rapporterait le capital ajouté
1000(0.20 — 0.10) -1-8000 X 0.0336 ^ ^jg^g 10000 moins de 4 p. 100; ce qui serait un emploi désavantageux. S'il ne fallait ajouter qu'une dépense C = 8000 pour rendre l'ouvrage impérissable, on trouverait un intérêt de 4 et demi p. 100 pour la somme ajoutée, et il y aurait alors avantage à le faire.