AVANTAGES TERRITORIAUX
Oii découvre dans quelques écrits sur la rente, depuis Ricardo, un défaut qui suffirait peut-être, à lui seul, pouîr dérouter les investigations et plonger la question dans un dédale de discussions sans issue. Ce défaut consiste en ce que Ton compare les revenus fonciers obtenus dans les industries territoriales de divers genres et de diverses espèces. C'est tout au plus si Ton rencontre, dans ces écrits, la distinction des industries agricoles de celles extractives et de celles qui ne se servent du sol que pour l'emplacement des industries mobilières.
En agriculture, on se figure une diversité absolue de qualité des terrains sans égard à l'espèce de produit exploité. Il en résulte que l'on est obligé de supposer des différences constantes entre les revenus de diverses terres, quelles que soient les industries auxquelles ces terres pourraient être livrées. De plus, il devient im-
possible d'admettre^ avec Ricardo^ Textensiop d'une amélioration introduite dans l'exploitation d'un ter* rain d'une classe, à toute cette classe et à toutes les autres, car les terrains se trouvent rangés d'après leur^ revenus, quelle que soit Findustrie appliquée à chacun d'eux j or, une amélioration dans une espèce d'exploitation n'est pas applicable à une autre espèce.
Les avantages territoriaux ne diffèrent pas d'une manière absolue , mais relativement à telle ou à teljje autre industrie foncière. Les conditions de réussite dans diverses exploitations diffèrent non - seulement pour des industries aussi dissemblables que le sont l'agriculture, l'extraction des minerais et l'industrie des terrains à bâtir, elles diffèrent aussi pour les espèces d'industrie très-rapprochées, telles que la culture du froment et celle du seigle, la culture de la vigne pour la cx)nsommatiou directe du raisin et celle pour l'emploi du raisin à la fabiûcation du vin, etc.
Lorsqu'on dit qu'une terre est plus fertile qu'une autre, on doit savoir, relativement à quel produit unique on rapporte la fertilité des deux terrains. Sans cela l'appréciation n'a pas de sens, et Ricardo a eu soin de spécifier la question en prenant le blé pour exemple. Mais on nous dira : voilà une propriété qui ne rapporte que les profits ordinaires, et en voici une autre dont le revenu dépasse les profits des capitaux employés; qu'importe si la première est une carrière de marbre ou un vignoble, et la seconde un pâturage. — Qu'importe, en effet, s'il ne s'agit que de savoir si une propriété donnée procure ou non un revenu dépassant les
profits ordinaires. Mais les questions de savoir si cet excès du revenu est une renie et non une prime do capacité ou d'initiative, et si c'est réellement une rente, quelle est sa cause, restent entières, de même que les questions sur l'effet des améliorations dans les résultats ou dans les moyens d'exploitation, et sur l'etFet de nouveaux capitaux sacrifiés à la terre.
La solution de ces questions importantes exige l'analyse des faits qui se produisent dans une espèce particulière de l'industrie foncière, considérée isolément \
Un besoin se fait sentir; il ne peut être satisfait que par des services fonciers. On recherche d'abord les parties du territoire qui permettent de rendre aux moindres frais le plus de services demandés. La demande croissant encore, on trouve du profit à se rabattre sur des parties du territoire qui présentent des conditions moins favorables àTofFre de services pareils. De là la rente obtenue par les services dus aux premiers terrains.
^ Puisqu'on a pu croire que Ricardo, en prenant pour exemple le blé , a voulu ranger toutes les terres suivant leur aptitude à produire cette céréale, et considérer comme mauvaise une terre excellente pour la culture d'une autre denrée, par la seule raison qu'elle ne donnerait qu'un chétif produit en blé, nous craignons que quelqu'un ne s'imagiue, par contre, que, suivant nous, il faille écrire autant de chapitres sur la rente qu'il y a de diverses espèces d'industries territoriales. Nous trouvons, au contraire, qu'il est tout à fait inutile de spécifier le produit agricole ou extraclif dont il est question, pourvu qu'il soit entendu qu'il s'agit de la même denrée dans le cours du raisonnement. Il n'y a pas même de nécessité à faire des chapitres à part pour l'industrie minière et pour celle des emplacements des industries mobilières, les particularités de cette dernière étant expliquées en peu de mots, conune nous le ferons à la fin de cet opuscule.
Si l'on supposait que les distances n'entrent pas dans les difficultés de se procurer le service désiré, — ce qui aurait lieu, par exemple, en supposant les distances au marché universellement égales — en ce cas, l'exploitation considérée rechercherait par toute la terre les meilleures et les mêmes conditions, et ne donnerait nulle part une rentes tant que la demande universelle du service ne dépasserait pas les moyens de la satisfaire aux mêmes frais, — Cela n'arriverait que si la population du globe dépassait considérablement celle existante de nos jours.
En revenant à la réalité, on voit que, s'il n'y avait aucun obstacle provenant des restrictions commerciales et du manque de civilisation de la plupart des peuples de la terre; les distances seules resteraient causes de la rente dans toute espèce d'industrie considérée en particulier.
Si nous nous renfermons, enfin, dans un pays circonscrit, nous verrons que les meilleures conditions pour la réussite d'une espèce d'exploitation donnée sont bientôt épuisées, et que l'accroissement de la demande permet de placer l'exploitation dans des conditions de moins en moins avantageuses.
Prenons une série d'exploitations procurant, aux mêmes frais, diverses quantités de la même espèce de services. Supposons qu'au lieu de la série des conditions, de moins en moins avantageuses, le pays offre à l'exploitation du service considéré les mêmes conditions, et celles, notamment, qui sont les meill(U)es de la série. Il est évident que notre service ne donnera de
rente à personne , tant que tous les points du pays, présentant les conditions supposées , ne seront pas occupés. Prenons maintenant Une autre série de conditions de moins en moins favorables à une autre espèce d'industrie foncière, et supposons (JU'au lieu de cette série, le pays présente aussi les mêmes conditions à Findustrie considérée, tnais sëuletnênt les moins avatilageuses de la série. Cette industrie Ue rapportera pas iiôtt plus de rente. Bl*ef , il n'y aura pas de rente, pour une espèce d'industrie foncière quelconque , tant que les conditions dans lesquelles elle est placée seront les taêmes, quel que soit, d'ailleurs, le degré absolu de TaTàntage de ces conditions.
Lés rentes en produit Ué dépendent nullement de la hauteur absolue de k série d'exploitations de la tftéme espèce , maïs seulement de la différence — en quantités produites — entre le dernier membre de la isérie et tous les autres. De sorte qu'un certain produit foncier donnera une forte rente provenant de l'existence d'une série de diverses conditions d'exploitation , tandis cJU'uhe autre espèce de produit n'eu donnera àucUne par suite de l'uniformité des conditions d'exploitation, et, cependant, au point dé vue absolu, ces dernières conditions peuvent être bien plus avantageuses relativement à l'espèce d'industrie qui y est êxj)lôitée, que les tneilleures conditions delà série des exploitations de l'industrie précédente.
L'avantage absolu des tconditîotis d'exploitation influe sur la valeur relative ou Sur le prix du produit ^kj[>teité fet, par cotiséquëtot, sur leii rentes en argtnU
Meilleures seront des ednditiôtiS titiiforméâ dahs le pays poilr là tri^me espèce dé production, pins bas sei^ le prii du produit, et vicevèrsâ. Meilleures béront les COndîtîoti* industrielles du dernier membre d'une sei^ie d'eiplbitâtiohs dé moins en moins aVàntâgenses d'Un pi'odiiit^ jplUâbàs sëràlë prix de ce produit^ et, t^r cbhsëquënti mbins grandes seront les rentes en argent dans la série considérée. En effet, dans tous 1^ eUs^ te rè'ûënu brut dû dérhièr membre de la série Ou du ^è^bré unique doU être fiéneâ^airement égal aùco fraiÉ^ plus le 'profit s&dl^ puisctUê la hatiSse dil prix est toujours àtrêtéè pat* là confcurrënce, et Ift baisse par* l'abandon deg élplbitations les ihoinii prôduc^til^és.
ÂinÀî> ùil excellent tërl^aîn poiir la culture, par exeôit>lë, dé là vignè^ Ué ddiittéra àtléUne f entfe s'il est âbôndaât relativement à la demande du ï^àistH. An côn- Waîre, dans une série dédibeH terhiîtis trëS-j^ëli propres I là culture du lin , par exemple , mài§ liVt'és à cette culture t>ar suite de l'éléVation du prix dUe â la demande^ on trouverait des renti^s en phduil. (jéé rentes seront d'autant plus considérables iqtie les i^ëhdements éii ce produit , âUx mêmes fraiis, seront plus différents dani^les dirferS membres de la série. Quant aUi réhties fen ari^enty ëllèS seront propbHittimelles aUx différences de rendement et au prix, cjui est d'autattt plUS grand que le dernier terrain de la Série est moins productif, cëlui-feî devant toujours doUnier un revenu net égal au làux du ïirbfit courant établi dâtts l'espèce d'explbîtatîoh considérée.
Lès inégalités des ajutages territoriaux p^venéttl
de la situation contribuent à la formation delà rente. Il faut considérer deux sortes de situations : l'une, qu'il faut nommer exposition j et l'autre, relative à la distance. Dans les industries agricoles et extractives l'exposition fait partie des avantages de rendement, et la distance au marché fait partie des frais d'exploitation; il n'y a donc rien de particulier à dire à ce sujet.
Pour les terrains consacrés à l'emplacement des industries mobilières, il n'y a d'autres frais d'exploitation que les redevances de la nature de l'impôt. Il n'y a pas de rente en produit, mais le revenu total en argent est une rente. Dans ce cas, le profit ne peut exister, et le revenu net (on n'y trouve pas de produit net^ puisqu'il n'y a aucun produit) est égal au revenu brut et ne contient que la rente. Il ne faut pas prendre les impôts pour des frais à défalquer du revenu , afin de ne considérer que le restant seul comme rente. Les impôts pourraient absorber tout ce revenu, qu'il n'en restera pas moins une rente , l'impôt ne pouvant changer la nature de ce qui est imposé.
Le degré d'élévation de cette rente n'est dû , pour le même rapport de l'offre à la demande, qu'aux différences d'exposition et de distances. Quant aux travaux qui pourraient être exécutés pour rendre l'emplacement convenable, ce sont des mises de fonds impérissables, dont les intérêts tombent sur la rente et peuvent l'absorber, mais ne peuvent la dépasser sans toucher au profit rapporté par le capital de l'industrie mobilière que Ton veut installer sur l'emplacement amé-
lioré. Les moyens d'exécution des travaux semblables se perfectionnent et deviennent de moins en moins coûteux, ce qui diminue sans cesse la valeur du capital employé. 11 y aura donc de moins en moins d'intérêts à lui allouer, et à un taux sans cesse moindre , par suite de la diminution générale du taux de l'intérêt des capitaux qui s'accumulent dans un pays en progrès. D'un autre côté, la demande de terrains s'accroît avec l'augmentation de la population, et fait monter la rente. Il arrivera donc un moment où le capital sacrifié au terrain sera réduit par le progrès des arts et des richesses, et amorti par la rente. Dès ce moment, tout le revenu du terrain devra être considéré comme rente^ car il ne sei*a que Teffet d'une concurrence insuffisante dans l'augmentation de la demande.