‹ Or & alliage dans la vie devoteChapitre 22 sur 44 · ET INCONSTANTE · texte numérisé non relu

ET INCONSTANTE

LA vraie et la fausse dévotion, si radicalement opposées par les habitudes du cœur^ ne le sont pas moins par les habitudes de la volonté. Dans l'une et dans l'autre, les mêmes mouvements se produisent, mais en sens inverse. Dans l'une , ils se produisent d'une manière ordonnée ; dans l'autre, d'une manière désordonnée : l'une est docile et constante, l'autre est indocile et inconstante.

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L'âme étant incapable de se diriger par ellemême, dans la vie dévote, il faut, de toute nécessité, qu'elle subisse l'impulsion d'une volonté supérieure qui la conduise, la soutienne, et la ramène en son chemin lorsqu'elle s'égare. Au grand bien de la direction, correspond le devoir de l'obéissance, vertu chère aux âmes saintes, et si agréable à Dieu qu'elle remplace, en son estime, les plus douloureux sacrifices ; l'obéissance, à ses yeux, vaut mieux que les victimes A.

Sans doute, l'âme dévote ne fait pas de sa volonté un holocauste semblable à celui qui s accomplit par les vœux de religion; mais elle n'ignore pas que c'est une grande chose d'obéir, et que, de toutes les voies qui conduisent à Dieu, la soumission est la plus sûre nous oserons dire la plus libre, parce que , nous débarrassant du poids de notre propre responsabilité, elle ne nous laisse plus qu'une

I. ■ Melior est obedieatia qaam victimae. » (I Rois, chap. xv. V. 33.)

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grande paix, dans la confiance et le parfait abandon. « Courez partout et cherchez bien, dit le livre de Vlmitatîon^ vous ne trouverez le repos que dans une humble soumission. Curre hic vel ibi non invenies qiiietem nisi in humili subjectione^. •

La vraie dévote est donc soumise et docile, c'est le résultat de l'abdication sincère qu'elle a faite de ses vues privées et de son jugement propre, auxquels elle ne veut pas confier les chances de sa perfection. Pour elle, le ministère du directeur est une représentation de la Providence, dans un ordre éminent , où les conseils et les ordres deviennent plus sacrés et plus dignes de respect. Elle s'y réfugie, elle s'y abandonne, persuadée que c'est le meilleur moyen d'en finir avec les doutes et les tâtonnements qui assiègent les esprits timides, et de corriger les élans présomptueux des âmes trop passionnées.

jU Iviit'^tion. Liv. I, chap. ix

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Ses pensées, ses désirs, sesactions, ses prières ses confessions, ses communions, ses rapports avec Dieu et avec le monde, tout est soumis au contrôle d'une volonté chère et respectée, dont la charité conduit les mouvements. Elle agit quand on veut qu'elle agisse, elle s'abstient quand on veut qu'elle s'abstienne, elle se retire, au premier mot, d'une voie où elle s'est engagée par imprudence et inconsidération. Elle entreprend, fait, défait, reprend, travaille à nouveau, multiplie ses efforts, se mortifie, se repose, selon les avis de celui qui la guide. Les répugnances de la nature, les révoltes passagères de l'amour-propre, ne nuisent pas à l'agilité de ses mouvements. Semblable à ces animaux mystérieux que saluait le prophète dans une de ses visions, elle se tient entre le ciel et la terre, et s'en va partout où l'emporte le souffle divin. Chaque acte de soumission lui paraît une victoire, promptement récompensée par une paix profonde et une joie inénarrable. Elle voit en elle l'accomolissement de cet

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oracle de l'Esprit-Saint. « L'âme obéissant} chantera ses victoires 1. »

Cette flexibilité de volonté est-elle un 3 preuve de faiblesse? — Il y en a qui se l'imaginent, parce qu'ils font consister la force dans Topiniâtreté du sens propre, et dans cette vulgaire fierté qui aime mieux commettre des sottises que de se laisser conduire. Mais si nous étudions l'attitude de la vraie dévotion en face des épreuves, nous reconnaîtrons, à sa cons tance, qu'elle est vraiment maîtresse d'ellemême, et que, si elle fléchit à l'occasion, c'est de propos délibéré, parce que, dans cette flexibilité, elle recherche son salut et sa perfecûon.

Consacrée par une ferme détermination au

jervice de Dieu, la vraie dévotion va toujours

levant elle. Si les chemins sont prospères,

int mieux. S'ils sont difiiciles, tant mieux

encore. Rien ne la trouble, rien ne la décon-

I. « Vir obediens loquetur victorias. » (Prov., ch. xxi, V, 28.)

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cerie, rien ne l'arrête, rien ne la fait retourner en arrière. Elle est constante dans toutes les épieuves.

La première épreuve de notre dévotion, c'est notre fragilité. Malgré nos bons désirs et nos courageuses résolutions, nous tombons encore, et plus souvent que nous ne l'avons craint. Que faire en présence de ces contradictions douloureuses que nous nous donnons à nous-mêmes, à chaque instant d'une vie qui devrait être sainte, si notre nature obéissait au premier mouvement de notre volonté aidée, poussée par la grâce? La tristesse, le trouble, le découragement, le dégoût, telles sont les conséquences naturelles de nos trop nombreusej imperfections. Mais la vraie dévotion s'affermit contre les sentiments tumultueux et leur ferme la porte du cœur. Elle dit avec saint François de Sales : « Ne vous étonnez jamais de vous voir misérable 4. 1 — t II faut corriger

*. Lettre bi5.

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son cœur doucement et tranquillement, et non pas se courroucer et le troubler davantage. Or sus, devons-nous lui dire, mon cœur, mon ami, au nom de Dieu, prends courage; cheminons, prenons garde à nous M » — « Ayez un grand soin de ne point vous troubler quand vous avez fait quelques fautes, ni de vous laisser aller à des attendrissements sur vous-même ; car tout cela ne vient que d'orgueil 2. » — « Pour moi, si j'avais fait une faute, je ne voudrais pas reprendre mon cœur d'une manière tempétueuse... Mais je voudrais le corriger raisonnablement et par manière de compassion. Or sus, mon pauvre cœur, nous voilà tombé dans la fosse 1 Ahl relevons-nous, quittons-la pour jamais, réclamons la miséricorde de Dieu, il nous aidera et nous ferons assez 3. r. Eviter les récriminations tempétueuses, se reprendre tout doucement et tranquillement^

i. Lettre 224,

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