I . « Homo indiget sensibilibus quibus movetur et
excitatur ad spiritualia. »
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servant pour cela des sens, des formules et des actes extérieurs.
Les pratiques de dévotion saisissent l'homme tout entier. Par les saintes livrées dont il se couvre, les signes sacrés qu'il trace sur lui d'une main émue, les humbles postures qu'il prend, les prières qu'il récite, il sanctifie sa chair, les mouvements de son corps, les tressaillements de ses nerfs, les battements de son cœur, les ondulations de sa poitrine, les vibrations de sa voix, et offre à Dieu, dans un seul acte, un complet hommage de tout lui-même.
Enfin les pratiques de dévotion, en exprimant au dehors la ferveur de l'âme et ses saintes dispositions, contribuent à l'édification du prochain. Communes à un grand nombre de serviteurs de Dieu, elles groupent leurs forces spirituelles, et rendent plus féconde ''influence de leur vertu et de leur piété.
Les pratiques de dévotion sont donc utiles et nécessaires. Ceux qui les méprisent comme des superfétations puériles- ne connaissent
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rien à la nature humaine. Ils ont beau dire : « Je me contente d'adorer Dieu en silence, je m'abreuve mystérieusement de sa suprême essence. > Nous devons faire peu de cas de cette superbe assurance, et estimer que, si nous pouvions toucher leur âme, nous la trouverions peu humectée de la céleste rosée qu'ils prétendent recevoir en cachette.
Mais, pour utiles et nécessaires qu'elles sont, les pratiques de dévotion demandent à être traitées avec une certaine considération de nombre, d'ordre, de manière. C'est ici le cas de voir comment se conduisent à leur égard la vraie et la fausse dévotion.
La vraie dévotion est sobre, ordonnée, rétiechie dans ses pratiques. La fausse dévotion est intempérante, désordonnée et routinière.
f Qui trop embrasse mal étreint, » dit un oroverbe populaire que l'on peut appliquer à toutes les affaires humaines, mais qui semble particulièrement convenir aux exercices religieux. La nature a ses bornes, dans l'ordre
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spirituel comme dans l'ordre temporel, il faut bien se garder de passer outre, si l'on veut prévenir les retours funestes de la faiblesse humaine, ses découragements, ses abandons, ses lâchetés. Dans le nombre immense des pratiques destinées à l'aider et à la secourir, la dévotion doit faire son choix, afin d'éviter l'encombrement et comme une sorte de pléthore qui la fatigue et la rend impuissante. Un trop grand nombre et une trop grande variété d'exercices, bien loin d'être utiles, deviennent un obstacle à la perfection que toute âme dévote doit se proposer d'atteindre, t L'on ne saurait trop dire (c'est saint François de Sales qui parle), combien cette variété d'exercices retarde notre perfection, parce qu'elle nous ôte la douce et tranquille attention que nous devons avoir à faire soigneusemeut pour Dieu ce que nous faisons i. » Et ailleurs ; « Ceux qui, étant dans un festin, vont picotant chaque
1. Sermons pour le premier dimanche de Carême, cité par Baudry.
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mets et mangeant un peu de tout, se gâtent i estomac et se causent des indigestions qui les empêchent de dormir, et qui sont cause que^ pendant toute la nuit, ils ne font que cracher. De même les âmes qui veulent goûter de toutes les méthodes et de tous les moyens qui nous conduisent ou qui peuvent nous conduire à la perfection, ne prennent pas la bonne route ; car, l'estomac de leur volonté n'ayant pas assez de chaleur pour digérer et mettre en pratique tant de moyens, il se fait dans leur âme une certaine crudité et indigestion qui leur ôte la paix et tranquillité d'esprit, auprès de Notre- Seigneur, laquelle est l'unique nécessaire, que Marie a choisi et qui ne lui sera point ôté l. i f Peu et bon, » c'était la devise de saint François de Sales : c'est aussi la devise de la vraie dévote. Elle choisit ses pratiques comme un homme sobre choisit ses mets ; elle en limite le nombre selon son tempérament spirituel,
« t Entretien IX, cité par Baudrj'.
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ses dispositions et sa condition; elle aime mieux avoir à ajouter qu'à retrancher, surtout dans les pratiques de mortification dont la nature se dégoûte plus facilement. En se modérant, elle s'oblige à bien faire et à demeurer fidèle. Elle évite le trouble, la précipitation, l'inconstance qui gâtent les meilleures choses et nous en font perdre le fruit. Enfin elle s'applique à faire de sa vie, non une vie touffue et abondante en branches et rameaux inutiles, mais une vie solide, forte en racine et tout engagée dans le saint amour de Dieu. Modérée dans le nombre de ses pratiques, elle les règle plus facilement. Chaque chose vient en son temps, et, parce qu'il n'y a pas de surcharge en son horaire, elle est sûre de trouver, quand il le faut, sa liberté, et d'être tout à ce qu'elle fait. Elle ordonne ses pratiques quant au temps et aussi quant à la dignité. En s'approchr>.nt de Dieu pour lui demander le pardon de ses fautes , elle veut se connaître sans obscurité, s'accuse sans déguisement, s€
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corriger sans pitié. Une foi vive, une confiance sans bornes, un tendre et ardent amour, une humilité vraie , un recueillement profond , telles sont les dispositions qu'elle offre à Celui qui veut bien descendre, sous une forme anéantie, dans son cœur. Elle prolonge par une fervente action de grâces et de pieux souvenirs les douiteurs de son intimité. Si elle n'a pas le bonheur de le recevoir tous les jours, aussi souvent qu'elle le peut elle vient s'unir à son sacrifice, et frapper à la porte du tabernacle où il réside et d'où il appelle à lui les âmes qui ploient sous le faix des labeurs et des chagrins de cette triste vie. L'oraison, les lectures spirituelles et édifiantes sont comme le pain quotidien de sa piété. C'est par là qu'elle se fortifie, se tient en haleine et se prépare aux plus douces familiarités, avec son adorable maître Jésus-Christ
La confession et la communion fréquentes, l'assistance au saint sacrifice de la messe, la visite à Notre-Seigneur présent dans l'Eucha-
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ristie, l'oraison, les lectures pieuses et bien choisies, voilà les pratiques majeures que la vraie dévote a soin d'établir premièrement et solidement dans sa vie, sachant bien que, sans elles, tout n'est que superfétation.
Cependant elle ne méprise rien de ce que la piété invente pour plaire à Dieu; elle estime tout ce que l'Église approuve : mais ses instincts d'ordre ne lui permettent aucun renversement.
C'est aux pratiques les plus nobles , les plus anciennes, les plus vénérables, les plus universelles qu'elle s'attache de préférence- Elle sait s'abstenir à propos des minimes observances, pour se donner tout entière à celles qui la rapprochent de Dieu davantage. Elle ne se laisse point agiter par de vains scrupules, pourvu que sa bonne volonté demeure ferme. Elle ne se trouble pas des petites omissions, pourvu que l'important soit accompli avec toute la perfection désirable.
C'est là son plus grand souci. Pénétrée de
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cette parole des saints Evangiles, que « Dieu est esprit et qu'il veut être adoré en esprit et en vérité 4, » elle le recherche d'abord dans l'oraison. Elle lui demande, sans bruit de paroles, la connaissance de ses imperfections, la correction de ses défauts, l'augmentation de sa foi et de son amour. Elle vit en son intimité, elle se pénètre de sa présence, et, passant ensuite aux actes extérieurs, elle met toute son âme dans chacun des mouvements qu'elle accomplit, dans chacune des formules qu'elle récite. Il n'est rien dans ses pratiques qui ne soit vivifié par la réflexion et une continuelle attention de l'esprit à Dieu. C'est la personne tout entière qui prie en elle et qui, par un mouvement unanime de l'âme et du corps^ va se mettre «ntre les mains de Dieu.
Combien différente es la fausse dévotion dans ses pratiques 1 Mais, avant de la dépeindre
I. « Sfiritus estDeus et eos qui adorant eum in spirita et veritate ooortet adorare. » i St. Jean chao. iv, v. 24..
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nous rappelons ce que nous avons dit toui à l'heure des actes extérieurs par lesquels la dévotion se manifeste, et nous affirmons qu'il n'y en a jamais trop dès qu'ils sont possibles et à leur place; qu'il n'y en a point de méprisables, si petits et humbles qu'ils soient, dès que l'âme s'y met tout entière et ne s'en sert que pour donnera Dieu des preuves de son filial amour. Ce que nous condamnons ici, c'est l'intempérance, le désordre et l'irréflexion.
Or, la fausse dévote est l'intempérance même. Elle n'est jamais rassasiée d'exercices pieux. Il faut à l'apaisement du funeste appétit qui la tourmente, qu'elle goûte tout. Elle veut être ^e toutes les confréries et de toutes les neuvaines; elle se mêle à toutes les intentions. Elle s'agite et s'empresse afin de trouver du nouveau. Il lui faut tant de chapelets par jour, tant ae litanies, tant de petits offices, tant de Pater à telle intention, tant d'Ave Maria à telle autre, tant d'oraisons extra- liturgiques qu'elle tire de tous les livres qui lui tombent
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sous les yeux. Elle est de ces âmes dont parle saint Jean de la Croix t qui se surchargent de prières, de reliques,.... s'entourent de noms saints, semblables à des enfants qui ont besoin de joujoux!; » — « de ces âmes qui, dans toutes leurs pratiques, cherchent à se donner des fêtes à elles-mêmes plutôt qu'au Seigneur 2. •% Elle est de ces avares spirituels dont saint François de Sales a dit « qu'ils cherchent et embrassent beaucoup d'exercices, dans l'espérance de parvenir plus tôt à la perfection, comme si la perfection consistait dans la multiplicité des actions que nous faisons et non en la perfection avec laquelle nous les faisons. » Elle est de ces gourmands dont nous parlions plus haut avec le saint évêque de Genève, « qui dans un festin picotent chaque mets et mangent un peu de tout ; « ou plutôt de ces enfants mal élevés qui ont les yeux plus grands que l'appétit, et qui, ne