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réfléchissant pas à la faiblesse de leur estomac, ne laiiaent rien passer de ce qui parait sur une table, sans en demander, importunant père et mère jusqu'à ce qu'on leur ait accordé ce qui doit les rendre malades. Enfin la fausse dévote, intempérante dans ses pratiques, en engloutit le plus grand nombre qu'elle peut ; elle se remplit, elle étouffe, si bien que la nature forcée demande grâce et repousse avec dégoût ce dont elle est repue. Tout s'en va, à la grande confusion et au grand détriment de l'âme, qui, d'une ferveur inconsidérée, passe tout à coup à un relâchement funeste.
Ce relâchement se remarque surtout dans les pratiques de mortification, lorsqu'elles ont été prises sans conseil et multipliées sans discernement.
Ordonner un grand nombre de pratiques est chose malaisée; aussi la fausse dévote, constamment surprise par les obligations qu'elle s'est imposées sans sobriété et sans mesure, et qui se multiplient comme les ins-
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tants de la journée, ne sait-elle ni par où elle doit commencer ni par où elle doit finir. Pour peu qu'elle s'attarde, elle est prise comme ea un filet, dont elle ne se retire que par un pêlemêle général auquel elle a peine à se reconnaître.
Pour comble de malheur, elle est inquiète et scrupuleuse, car elle ne sait pas régler ses préférences. Elle attache trop de prix à des minuties et se croit infidèle si elle ne peut tout faire. Elle tombe dans une sorte de superstition qui la rive à des pratique, sans valeur, et lui fait négliger ou accomplir à la hâte les actes graves qui forment comme le fond même de la vie spirituelle. Toutes les pratiques majeures subissent le contre-coup fatal de ses trop vives préoccupations à l'endroit des petites choses. Par exemple, elle passe rapidement sur les dispositions essentielles à la confession et à la communion, afin de réciter une quantité de formules dont elle
a arrêté le dispositif. Elle lit des opuscules
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fades et mignards, plutôt que les ourrages solides des saints et savants maîtres de la vie chrétienne. Elle ne semble pas se douter de l'importance de l'oraison ; on dirait qu'elle ignore que ce saint exercice est aussi essentiel à la vie dévote que la respiration à l.-. vie corporelle, qu'il est impossible d'être suffisamment préparé à la communion fréquente si l'on ne prend soin de rentrer en soimême, de se connaître, de s'amender, d'avancer chaque jour dans l'intelligence des mystères divins et dans l'amour des choses célestes, et de vivre presque continuellement en présence de Dieu.
Ses oraisons, ses examens, ses lectures pieuses pâtiront donc plutôt qu'elle oublie son chapelet du saint esclavage, sa couronne des sept douleurs et cent autres détails de moindre importance qui ne doivent entrer dans les habitudes d'une vie dévote qu'après qu'on en a solidement établi les actes principaux. Elle rend ses hommages à Notre-Seigneur, elle adore
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presque la sainte Vierge : mais il serait bien possible qu'elle leur préférât saint Joseph ou tout autre saint du Paradis. Toutes les pratiques nouvelles, surtout si elles ont un nom étrange, tous les offices particuliers, surtout s'ils sont récités par un petit nombre de personnes, voilà ce qu'elle choisit préférablement à ces nobles, vieilles et universelles pratiques que l'Église a mille fois approuvées et bénies> La bouquetière, quand elle arrange ses fleurs, a toujours soin de les disposer avec ordre et de mettre à la place d'honneur les plus belles en formes et en couleurs ; toutes les autres s'effacent et sont comme sacrifiées aux reines du bouquet. Mais la fausse dévotion ignore cet art. Dans le bouquet de prières et d'œuvres pies qu'elle offre à Dieu, les roses se confondent avec les herbes vulgaires et sans prix. C'est une poignée inintelligente de plantes cueillies et jetées sans ordre aux pieds de Celui qui aime que tout soit ordre et harmonie dans notre vie.
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De l'intempérance et du désordre procéda fatalement la routine. L'attention se fatigue et la réflexion s'égare dans la multiplicité et le mauvais arrangement des actes extérieurs : d'où ce pharisaïsme qui prie beaucoup mais qui réduit la prière à un mouvement mécanique des lèvres ; pharisaïsme dont se plaignait Notre-Seigneur, quand il disait : c Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi l. » — c On rencontre aujourd'hui beaucoup de pharisiens, disait un illustre mystique du moyen âge, notre frère en saint Dominique, Jean Thaulère ; ils s'occupent de pratiques extérieures qui ont une apparence de piété; mais ils ne comprennent pas le culte intérieur... Ils font beaucoup de choses grandes et apparentes, ils courent en tous lieux poux gagner les indulgences, ils frappent leur poi-
1 . c Populus hic labiis me honorât cor autem eorum longé est à me. o (Matthieu, i3-8.)
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trine, ils regardent les belles images, ils fléchissent les genoux, ils se promènent partout, et cependant, de toutes ces pratiques, rien n'est en eux agréable au Seigneur*. » Et ailleurs, dans son sermon de l'Epiphanie : « Il en est qui font des folies avec leurs pratiques de piété. Ils sont tellement occupés à leurs formules et à leurs exercices que Dieu lui-même est obligé de les attendre jusqu'à ce qu'ils aient fini 2. > Comme voilà bien la fausse dévote, tout en actes extérieurs et condamnée à cause de son intempérance et de son manque de jugement à isoler son esprit des formules qu'elle récite, et à n'être plus qu'une sorte de machine sacrée ! L'art humain en pourrait fabriquer de pareilles, et Dieu n'en serait pas moins bien loué, adoré et servi.
. « Dom. XVIII, post octav. Trinitatis. » Sermon a (cité par Mgr Landriot. Femme pieuse).
« . «... Sunt qui insipienter agunt quibus eiercitiis tanu car* proprietate insistant, ut Deum intérim ipsos prsestplari oporteat, donec ea absolvant. » Sermon i (cité par Mgr I^ndr'Ot. Femme pieuse).
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A quoi bon la multiplication des pratiques pieuses? si elles doivent aboutir ainsi au désordre et à la routine. Tenons pour le proverbe de saint François de Sales, ce grand ami du bon sens : t Peu et bon. » Peu d'actes, mais bien choisis ; peu d'actes, mais bien ordonnés ; peu d'actes, mais bien vivifiés par l'esprit mtérieur. Sobriété, ordre, réflexion dans les pratiques, tels sont les derniers caractères de la véritable dévotion.
Et maintenant, détournons nos yeux de ces figures terrestres, et contemplons, s*ii vous plaît, une céleste apparition.