‹ Oraganisation du travail association universelleChapitre 6 sur 10 · ORGANISATION · texte numérisé non relu

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n'étaient pas doués ceux qui s’étaient chargés de la faire triompher ? Quels efforts gigantesques ! quelle effrayaute activité I que de ressorts mis en jeu , depuis l’enthousiasme jusqu’à la terreur î que d’instrumeùts usés au service de ces doctrines nou-' velles, depuis l’épée du général d’armée jusqu’au couteau de l’exécuteur I Mais le but de la révolution, dont les conventionnels devaient donner le catéchisme , n’avait point été défini d’avance. Aucune des théories lancées un peu au hasard par Robespierre et Saint-Just n’avait été élaborée au sein de la nation. Jean-Jacques avait bien écrit son CofUrat soçiçil ; mais comment la voix d’un homme ne se seraitelle pas perdue dans l’immense clameur dontles publicistes delà bourgeoisie remplirent le dix-huitième siècle? Ainsi s’explique la stérilité intellectuelle de cette existence héroïque et prodigieuse de )a[Ck>nvention. Les hommes qui la composaient ne purent que s’entre-détruire, parce qu’en dehors de la sphère où ils s’agitaient il n’y avait, comme au dedans de cette sphère, qu’incertitude et balancement d’idées. Or, là où rien ne se,.déci^e par les idées, tout se décide par les passions-; et voilà comment, dans le môme panier , sont venues successivement tomber la tète de Danton sur celle de Yergniaud , la tète d’Hébert sur celle de Danton , la tète de Robespierre sur celle d’Hébert.

Souvenons-nous de ces luttes terribles, ët méditons les enseignements qu’elles renferment. Ne perdons jamais de vue ni le moyen ni le but, et loin d’éviter la discussion des théories sociales , provôquons-la autant qu’il sera en dous) afin de n’étrè pas pris au dépourvu, et de savoir diriger la forcé quand nous nous en serons emparés.

Mais on émettra beaucoup d’idées fausses, on prêchera bien des rêveries... Qu’est- eé à dire? Est-ce qu’il est donné à l’homme d’arriver du premier coup à la vérité? et lorsqu’il est plongé danS la nuit, faut-il lui interdire d’aller vers la lümièrë^ parce que, pour l’atteindre, il est forcé de marcher dans l’onabre? Savez-vous si l’humanité n’a aucun

parti à tirer de ce que vous appelez des rêveries? Savez-vous si la rêverie aujourd’hui ne sera paS la vérité dans dix ans, et si, pour que la vérité soit réalisée dans dix ans, il n’est pas nécessaire que la rêverie soit hasardée aujourd’hui? Une doctrine, quelle qu’elle soit , pohtique ^ religieuse ou sociale; ne se produit jamais sans trouver beaucoup plus de contradicteurs que d’adeptes, et ne recrute quelques soldats qu’après avoir fait beaucoup de martyrai y Toutes les idées qui ont gouverné puissammeift les ’

hommes n’ont -elles |«is été réputées folles avant d’être réputées sag^?

Qui découvrit un nouveau monde?

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Un fou qu’on raillait en tout lieu.

Sur la croix , que son sang inonde ,

Un fou qui meurt nous lègue un Dieu.

N'acceptons pas aveuglément tout ce que des esprits légers nous donneraient comme autant d’oracles, et cherchons la vérité avec lenteur, avec prudence, avec défiance même : rien de mieux. Mais pourquoi fermerions-nous carrière aux témérités de l’esprit ? A toute armée qui s’avance en pays inconnu il faut des éclaireurs, dussent quelques-uns de ces éclaireurs s'égarer. AhI l’intrépidité de la pensée n’est pas aujourd’hui chose si commune, qu’il faille glacer les intelligences en travail et décourager l’audace.

Que craignez-vous? qu’on jette dans les esprits des notions fausses sur la condition du prolétaire et sur les moyens de la changer? Je réponds que, si ces notions sont fausses, la discussion les emportera, comme le vent emporte la paille mêlée au grain. S’il devait en être autrement , c’est que le progrès serait une chimère, et nous n’aurions plus qu’à nous envelopper la tête dans notre manteau.

Que craignez-vous encore? que la hardiesse de certaines solutions données aux questions sociales ne porte le trouble dans les cœurs et ne nuise au succès de la réforme politique ? Mais , d’abord , est-ce que les questions de suffrage universel, de souverai-

neté réelle du peuple, de gouvernement démocratique n’efifraient personne en France? Et que faire là, sinon prouver aux peureux par bonnes et vives raisons toute la puérilité et tout le vide de leurs frayeurs ?

Eh mon Dieu I ce qui efiraie le plus dans les partis c’est moins ce qu’ils disent que ce qu’ils oublient de dire. L’inconnu I voilà ce qui épouvante surtout les âmes faibles. Le parti démocratique serat-il accusé de pousser à ÛQè~^wqüené industrielle quand il aura scientifiquement développé les moyens de tirer l’industrie du désordre effroyable où elle s’égare? S’armera-t-on contre lui des répugnances aveugles de la bourgeoisie quand il aura prouvé que la concentration toujours croissante des capitaux la menace du même joug sous lequel fléchit la classe ouvrière?

Ajoutez à cela que, pour donner à la réforme politique de nombreux adhérents parmi «le peuple, seul moyen de rendre cette réforme prompte et décisive, il est absolument indispensable de montrer, au peuple le rapport qui existe entre un changement dejpouvoir et l’amélioration de sa condition, soit matérielle soit morale. Osons le dire : c’est ce que le parti démocratique a trop négligé de faire jusqu’ici, et c’est ce qui a retardé sa victoire.

Disisiter tout ce qui se rattache à la réforme so-

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ciale, considérée comme spx à atteindre ; Tailler activement à la réforme j^oliti^» comme MOYEN à employer» voilà latâche imposée aui défenseurs du peuple. Elle est rude, elle est glorieuse ; car elle consiste à faire régner la justice, après avoir découvert la vérité et conquis la force.

1 Pour arriver à une révolution sociale , il faut de I toute nécessité prendre scm point d’appui dans les J données que la société présente. En d’autres ter- I mes , ce qu’il importe de trouver , c’est mmns Une f(Mrmule mathématique qu’une solution pratique.

Robert Owen n’a pas été un réformateur pratique lorsqu’il a voulu fonder la répartition des fruits du travail sur les besoins, dans une société où elle u’est pas encore fondée sur les services.

Les Saint -Simoniens n’ont pas été des réformateurs pratiques lorsqu’ils ont demandé l’abolition de la famille et la destruction immédiate du principe d’hérédité.

Charles Fourier n’a pas été un réformateur pratique lorsqu’il a mis la disU'ibution de tous les tra- ' vaux, industriels ou agricoles, à la merci du caprice individuel , et qu’il a fait entrer dans son organisation sociale tout, excepté l’idée de poutoik.

Mais que d’idées puissantes remuées dans tous ces travaux , dans ceux de Fourier surtout 1 lin écrivain laborieux et intelligent, plein de verve et

de cœur, M. Louis Reybaud , vient de publier un fidèle et lumineux exposé des théories émises par ces trois réformateurs audacieux. Et certes , il a rendu un grand service en vulgarisant des idées si généralement ignorées ou méconnues. Car l’importance des études sociales ne peut plus être aujourd’hui contestée par personne.

Disons quel remède, selon nous, serait possible, en prévenant toutefois le lecteur que nous ne regardons que comme transitoire Tordre social dont nous allons indiquer les bases.

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