REMARQUES SUR L'ORAISON FUNÈBRE DE FEU
MR DE FRONTENAC PRONONCÉE EN L'ÉGLI- SE DES RÉCOLLETS DE QUÉBEC, LE 19 DÉCEMBRE 1698, PAR LE P. OLIVIER GOYER, COMMISSAIRE DES RÉCOLLETS.
REMARQUES SUR L'ORAISON FUNEBRE DE FEU Mr DE FRONTENAC PRONONCÉE EN L'ÉGLI- * SE DES RÉUOLLETS DE QUÉBEC, LE 19 DÉCEMBRE 1698, PAR LE P. OLIVIER GOYER, COMMISSAIRE DES RÉCOLLETS.
La pièce paroïit bien composée, mais au jugement des personnes qui ont une parfaite connaissance de la conduite que Mr. de Frontenac a gardée dans le Canada le plus grand nombre des chefs qu’elle renferme à sa louarige n’est pas conforme à la vérité. Quoique l'on prétende pas en cela taxer son panégyriste qui étant nouveau venu dans ce pays n’a pu travailler que sur les mémoires avantageux que quelques personnes mal informées, comme on veut croire, de la plupart des choses qui se sont passées, lui ont fournis. On ne peut convenir à moins que de s'aveugler que l'éloge que le St. Esprit fait de Salomon, soit appliqué selon la vérité à Mr. de Frontenac ni qu'on puisse justement le substituer comme on le fait au commencement de l’exorde à la place de ce grand prince; puisque toutes ces belles épithètes de sage, désinterressé, libéral, dévoué au service de son roi, zélé pour le bien publie, g grand dans les difficultés par la. prudence, dans les périls } par son courage et dans la relison par sa piété qu'on aitribue à M. de Frontenac ne
ui conviennent point où très peu pour la plupart comme on le verra dans la suite de ces remarques qu'on va faire sur les divers endroits de l'écrit cidessus par manière de gloses apostilles.
(1) Cela n’est pas aisé.à reconnaître.
(2) La substitution ne parait pas juste et recevable.
(3) Si l’on fait du juste la définition d’un homme …
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sage, il sera malaisé d'en faire l'application à qui l’on prétend, non plus que des titres de désinterressé et de grand dans la religion par sa piété; si l’on entend bien ce que c’est que d'avoir de la piété et de la religion et qu'on ne la fasse pas consister simplement dans un extérieur apparent. ‘ |
(4) Ceux à qui on l’a préconisé n’y étaient pas, mais un grand nombre d’entre eux ont ouï dire le contraire de ce qu’on avance.
(a) Pour se plaindre de ‘la conduite du capitaine Marolinj à son égard.
(5) L'admiration n’a pas été au sujet de l’éloquence mais bien de l'injustice manifeste desreprésentations comme aussi des emportements extraordinaires qu'il y a fait paraître et des manières indignes dont il a traité ceux qui n'étaient de ses sentiments. Outre que la plupart de ces messieurs qu'on apostrophe ont admiré tant de fois avec gémissement et avec horreur d’une conduite si étrange dont ils ont été témoins et plusieurs à leurs dépens.
(6) Il n’y a qu'à voir ce que c’est que s'occuper da son devoir ou de sa fortune et l’on jugera aussitôt d contraire de ce qu'on avance en faisant réflection sur la conduite du personnage.
(7) Il faut passer vite là-dessus de peur d’entre dans un détail qui seroit fort odieux à la mémoire d défunt. :
(8) Ce n’a pas été manque de volonté ni d’entrepris pour y. réussir et très-souvent contre le devoir de 1 conscience et les ordres de la cour. Témoins les traité de boissons enivrantes aux sauvages qu'il laissoit fair et les injustices faites à des particuliers.
(9) Que veut dire cela et comment donnera-t-on de preuves de cette magnificence qui soient à sa louange
(10) Mais non le plus souvent ces ordres auxque il s’est tant de fois opposé en usant même de force et d violence au grand scandale de tout le monde. Le trans port et l'usage des boissons enivrantes qu'il a fait fai
ation à qui l’on nterressé et de on entend bien.
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en cassant et faisant faire contre les ordonnances des intendants données en conséquence des ordres de la cour, en est une preuve éclatante.
(11) En quoi fait-on consister ce zèle pour le bien public et qu'est-ce qu'il y a mis du sien pour le procurer ?
(12) Ce n'était pas là son foible. Il avoit à la vérité beaucoup d'esprit, de politique et de ruse; maïs la conduite dérangée qu'il a fait paroître ici en tant d'occasions dément cette solidité de jugements qu'on lui attribue, ou s’il en a été doué, la véhémence de ses passions qui le faisoient paroître déraisonnable en bien des rencontres, le lui troublait souvent.
(13) Il est fort à craindre que cette présence d’esprit n'ait été pour lors l'effet d’une conscience opiniâtre et endurcie qu’il s’étoit faite pour se mettre au-dessus de tout, puisqu'il Se: est peu servi pour réparer autant, qu'il était en lui les maux publics et particuliers dont il a été la cause... Que n'auroit-il pas dû faire dans ce temps-là pour demander pardon de l'ardeur opiniâtre et comme forcéné avec laquelle il a si longtemps persécuté l’église, maintenu et souvent même excité les révoltes et les mutineries des peuples contre elle, protégé contre ses ministres les libertins, les scandaleux et les créatures de mauvaise vie, molesté, vexé, persécuté les plus gens de: bien et même des prêtres et des magistrats qui défendoient la cause de Dieu et le parti de la justice qu'il vouloit opprimer, soutenu par toutes sortes de voies le trafic injuste et scandaleux des traiteurs d’eau de vieaux sauvages, permis, approuvé et maintenu la licence, les abus des cabarettiers, autorisé et même introduit dans ce pays malgré les remontrances des serviteurs de Dieu, des divertissements criminels et dangereux, déclaré à ce sujet une guerre perpétuelle à la dévotion de la Ste- Famille parce qu'on n'a pas voulu permettre aux femmes et aux filles qui en étoient d'assister à ses comédies contre les règles de cette association qui le leur défendent, les y avoir sollicitées, fait solliciter et entraîner comme.
vd force et avoir même engagé des maris d'y contrai re leurs femmes jusqu'à les menacer de son indigrati s'ils ne le faisoient pas, tâché de décrier l'évêque et
clergé, les missionnaires et autres personnes de vertu qu 1l s’est efforcé de nuire tant ici qu'en France p plusieurs impostures et calomnies dont on a trouvé apr sa Mort de longs mémoires remplis, qu'il avoit envoy en France et qu’il a rapportés en retournant en 1689 ce pays, causé enfin soit par lui-même, soit par autr beaucoup d’autres désordres qui ont fait gémir dura une longue suité d'années l'Evêque et les ministres cette église naissante. Que n'aurait-il-pas, dis-je, « faire avant que de mourir pour réparer tous ces sca dales et en donner de sincères marques de pénitence
de componction, Dieu lui ayant donné tout le temps po se reconnaître, Cependant on l’a vu jusqu'à la fin î un grand froid sur tout cela. Il ne s'est avisé de lu même de faire aucune démarche qui auroït pu répond à la juste attente du public. Il a témoigné en partic lier et d'une manière foible sur le fait de la traite
boissons enivrantes lorsqu'on l’a fait tomber sur cet a ele qu’il voyoit bien qu'il avoit commis son autorité des gens qui en avoient abusé. Il a consenti qu'on s allé visiter de sa part, sur la proposition qu'on lui en faite, des personnes à qui il avoit causé des chagrins des torts considérables. Lorsqu'on lui a fait en prése ce du $St-Sacrement qu’on lui donna en viatique ave Sa mort les interrogations qui sont dans quelques ritud entre lesquelles est celle-ci: “Ne demandez-vous ] pardon de tous les mauvais exemples et scandales q vous auriez pu donner,” il a répondu qu'oui, mais il pas avoué qu'il en eut jamais donné. En un motils comporté durant les derniers jours qui ont précédé mort comme une personne qui ayant toujours mené
vie irréprochable n’auroit rien à craindre. Et c’est cette présence d'esprit avec laquelle il s’est soutenu j qu'au dernier moment le la vie.
ris d'y contraine son indigration er l'évêque et le pnnes de vertu à uen France par oh a trouvé après 1il avoit envoyés rnant en 1689 en , Soit par autrui ait gémir durant les ministres de -il-pas, dis-je, dû er tous ces scans de pénitence et tout le temps pour Jusqu'à la fin dans est avisé de lui- Luroït pu répondre rue en particut de la traite des som ber sur cet artiais son autorité à :onsenti qu'on soit on qu'on lui en a é des chagrins et ï à fait en présenn viatique avant ns quelques rituels, emandez-vous pas et scandales que ju'oui, mais il n’a En un mot il s’est ui ont précédé sa oujours mené une idre. Et c’est là s'est soutenu jus-
(14) Transeat. Car on ne doit pas contester ce qu'on n’a pas vu.
(15) Cela est vrai. On l’a remarqué surtout lorsque les Bostonnois vinrent assiéger Québec.
(16) Le bonheur lui en voulut surtout en cette occasion aussi bien qu'à toute la colonie, et il a été obligé d’avouer plusieurs fois que le Canada n'étoit pas redevable pour ce coup de sa délivrance à la force ou à l'industrie des hommes,
(17) Ondiroit mieux qu'il en pratique l'œuvre à l'extérieur avec beaucoup de ste et d’ostentation : témoin cette ambition démésurée avec laquelle il a toujours affecté jusqu’à la fin de gg 2 dans l’église et dans les cérémonies de la religion des honneurs qui ne lui étaient pas dûs, de faire du affronts sanglants pour 2 regard aux intendants, malgré ce que la cour avoit réglé en leur faveur d'exiger des ecclésiastiques et des religieux contre la défense du roi qu'on lui adressât la parole en prêchant, de demander de leur part à son égard des abaissements qu'il n’exigeait pas 4 moindre des officiers de guerre. C’est par toutes ces affectations qu'il s’est signalé et rendu grand dans sa religion et dans. sa piété, qu'on peut avec justice taxer de vérité et d’hypo puisque les choses qu’on a rapportées de lui au
0. 13 sont entièrement incompatibles avec l’esprit de religion et de piété. À quoi l’on ajoute que la foi étant le premier fondement de la religion et de la piété on ne “ire avec raison qualifier de grand dans sa religion un omme qui à paru souvent dans des sentiments fort opposés à In foi, comme en ce qu’on lui a oui dire plusieurs fois et même peu de temps avant sa mort que tous les hommes étoient prédestinés et qu'il ne fallait pas croire que l’enfer dût toujours durer, et bien d’autres choses semblables,
(18) Voilà en 3 ou 4 lignes avoir parfaitement bien représenté la personne doné on fait l'éloge.
(19) C’est pour cela qu'on lui a oui dire tant de fois après qu’il avoit d'avantage fait des siennes (ce qui
arrivait plus ordinairement quand les navires étoie , partis pour retourner en France) “ qu’il avoit dix-hu
mois de bon devant lui avant qu'on pût avoir réponse «
la cour.”
(20) Jamais le panégyriste ne fut plus mal inforn 4 qu’en ce qu’il avance en cet endroit, Car il est de not 20 riété publique Que celui qu'il loue s'est presque toujou prévalu des mêmes conjonctures pour en tirer avanta, contre ceux qu'il a crus contraires à ses sentiments et ses prétentions. Et l’on peut assurer avec vérité que #4 vengeance a été l’une des passions qui a le plus domi note dans lui et dont il a fait paraître des marques plus se ps sibles dans les occasions, Ce qu'on a remarqué au N 13 étant connu d’un chacun comme chose de fait, 1
laisse aucun lieu de douter de ce qu'on vient de dire,
(21) Il falloit donc l’envisager fort à propos et nc dans ces temps où la colère le transportant on voya l’écume qui lui sortoit de la bouche. ;
A (22) Le papier, dit-on, souffre tout, mais cela n'e AA | pas bon à débiter devant des pe qui n’en peuvent ri LES croire pour avoir été témoin du contraire. TM (23) Cela est vrai, à l'entendre précisément de cer ue | pouvait appeler ses créatures parcequ'ils entroie FE ans toutes ses vues.
de, (24) C’est ici où l’on pourroit dire au panégyris ; qu’il n’a pas connu le vieux renard.
(25) De quelles amitiés veuton parler ? est-ce : celles qui se portent aux personnes de sexe ? II les HE toujours aimées et trop pour l’honneur de quelque héri M Est-ce de celles qui se forment entre les personnes . monde ? L'expérience a fait voir qu’il n’y à pas tenu,
ue le moindre intérêt ou un petit point d'honneur, ait souvent rompre avec ceux avec qui il avait pa d’abord avoir le plus d'intelligence. Témoin les brou leries fréquentes qu'il a eues avec les uns et les auti et qui ont excité souvent de grands scandales tant À en France. Veut-on parler enfin des amitiés qu'on = * rlesserviteurs de Dier: ? Il n’en a jamais conçu po
ce, DB. 0 28 navires étoient
il avoit dix-huit aucuns qu'autant qu'il les a eru pouvoir entrer dans ses At avoir réponse de Mvues et favoriser ses inclinations : ce que la préoceupation ou la facilité à se laisser gagner par des apparences trompeuses n'a pas laissé de produire en quelques uns.
ar il est de noto- Qué si d’autres qui l'ont mieux connu n'ont pas Fait ce presque toujours qu'il a voulu, il leur a fait aussitôt sentir son indignaen tirer avantage tion. En un mot, ce qu'on peut dire de plus juste au es sentiments et à regard de ses amitiés, c'est qu'il a toujours aimé, soutenu avec vérité que la et protégé les personnes vicieuses, jusque là Eve s'il est
a le plus dominé venu en ce te quelque prêtre ou religieux de mauvaimarques plus sen. se vie et scandaleux, c'est à ceux-là qu'il s'est attaché
remarqué au No. plus fortement, et dont il a pris la cause avec plus de
chose de fait, ne chaleur contre les serviteurs de Dieu.
vient de dire. (26) Cela à paru en quelques rencontres; ce n’a été rt à propos ét non | le plus souvent que lorsqu'il s'est vu en état de pouvoir
ortant on voyait appréhender la faveur et le crédit contre lui-même,
L (27) L'on n'a pas remarqué que son désinterressement l’ait porté à s’empresser pour les autres, mais bien ses propres intérêts, ou le désir ardent d'avoir le dessus dans tout ce qu'il prétendoit.
(28) Cela est vrai ; mais c'étoit pour ses créatures et non pour les autres à qui il s'est efforcé de rendre toutes sortes de mauvais offices, comme on l'a insinué au no 13.
(29) Il faut donc :onclure qu'il est bien malheuréux de l'avoir le plus souvent azcordé au démérite et au vice.
(30) Cette confiance et cette estime furent telles qu'on peut se les figurer de ce qu’on vient de remarquer,
(31) Qu'on en juge.
(32) Voilà une manière de parler qu'il faut pardonner à un hoñme extraordinairement quoique faussement prévenu en faveur de son héros et qui ne sait pas ce qui s’est passé ; mais elle paroîtra intolérable à ceux qui en ont une vraie connaissance, car après la description très véritable et très avérée qu’on a faite du personnage au no 13 est-on bien reçu à dire : certains mécontents, etc.
(A A ar ma) informé
it, mais cela n’est | n'en peuvent rien aire,
‘écisément de ceux rcequ'ils entroient
€ au panégyriste
parler ? est-ce de.
e sexe ? II les à “de quelque héros, les personnes du n Y à pas tenu, et né d'honneur, l'a ui il avait paru émoin les brouilns et les autres andales tant ici s amitiés qu’on a imais CONÇU pour
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(33) Qu'étoit-il nécessaire d’user de conspiration secrette et de sourdes intrigues dans l'affaire qui d’ellemême a fait un aussi grand éclat ici et en France comme fit la guerre ouverte entre lui et l’intendant qui obligea enfin le roi à les rappeler tous deux.
(34) O assurément on suppose cette prévention mais elle n’est pas vraie car sa majesté étuit très bien instruite de la vérité.
(35) On laisse à ces messieurs à qui l’orateur s’adresse à faire leurs réflections sur tout ce qu’il avance tant sur la disgrâce que sur la justification et le retour de son héros.
(36) L'entreprise seroit vaine. r<r les auditeurs ne pleurent pas, maïs la plupart lèv les épaules et sont choqués -d’avoir entendu jusqu’à présent sortir de la chaire de vérité tant de choses si peu conformes à là vérité : et ce qui suit ne les -choquera pas moins, n'étant regardé par eux que comme des suppositions dont presqu'aucun ne peut convenir de bonne foi.
(37) L'application des paroles du prophète Samuel ne fera-t-elle pas rire de compassion ou autrement ceux qui savent la pauvre et étrange vie qu'a menée le personnage en ce pays ?
(38) S’'ik ne fit que peu de pauvres c'est qu’il n’en eut pas le pouvoir, car mille traits qui ne sont que trop sensibles et avérés font voir qu'il en eut très longtemps la mauvaise volonté et qu'il n’a rien épargné pour en venir à bout.
(39) L'orateur parle de 1i-même, mais qu'a-t-il vu qui ne soit très équivoque et ui ne se remarque souvent sur la vie, dans les plus grands pécheurs aussi bien que dans les justes ? La règle générale qui est qu'on meurt d'ordinaire comme on a vécu, est plus juste et doit faire trembler pour le salut du défunt quoique les exceptions qui se rencontrent dans cette règle générale et qui tiennent du miracle, comm” dit St. Augustin, nous empéchent de former un jugement décisif sur son sort.
(40) Comme d’une part tout le monde sait avec