TROISIEME PARTIE
Si M. de Turenne n’avoit su que combattre et vaincre ; s’il ne s’étoit élevé au-dessus des vertus humaines; si sa valeur et sa prudence n’avoient été animées d’un esprit de foi et de charité, je le mettrois au rang des Seipion et des Fabius, je laisserois à la vanité le soin d’honorer la vanité , et je ne viendroispas dans un lieu saint faire l’éloge d’un homme profane. S’il avoit fini ses jours dans l’aveuglement et dans l'erreur, je louerois en vain des vertus que Dieu n'auroit pas couronnées : je répaudrois des larmes inutiles sur son tombeau ; et si je parlois de sa gloire , ce ne seroit que pour déplorer son malheur. Mais, grâce à Jésus-Christ, je parle d’un chrétien éclairé des lumieros de ia foi , agissant par les principes d’une religion pure , et consacrant par une sincere piété tout ce qui peut flatter l’ambition ou l’orgueil des hommes. Ainsi les louanges que je lui donne retournent à Dieu , qui en est la source ; et , comme c’est la vérité qui l’a sauctilié , c’est aussi la vérité qui le loue.
Que sa conversion fut entière, messieurs! et qu’il fat différent de ceux qui, sortant de l’hérésie par des vues iutéressées , changent de sentiments sans changer de mœurs ; n’entrent dans le sein de l'Eglise que pour la blesser de plus prés par une vie scandaleuse , et ne cessent d’être ennemis déclarés qu’en devenant
enfants rebelles! Quoique son erenr se fût sauvé des dérèglements que causent d’ordinaire les passions, il prit encore plus de soin de le régler ; il crut que l'innocence de sa vie devoit répondre à la pureté de sa créance. Il connut la vérité , il l’aima, il la suivit. Avec quel humble respect assistoit-il aux sacrés mystères ! Avec quelle docilité ccoutoit-il les instructions sa lu ta ires des prédicateurs évangéliques ! A^\ ec quelle soumission adoroit-il les oeuvres de Dieu , que l'esprit humain ne peut comprendre ! Vrai adorateur en esprit et en vérité, cherchant le Seigneur, selon le conseil du Sage (i) , dans la simplicité du coeur, cunt-.ui irréconciliable de l'impiété , éloigné de toute superstition, et incapabla d’hypocrisie.
A peine a-t-il embrassé la saine doctrine, qu’il en devient le défenseur; aussitôt qu’il est revêtu des armes de lumière , il combat les oeuvres de ténèbres : il regarde en tremblant l’abîme d’où il est sorti, et il tend la main à ceux qu’il y a laissés. On diroit qu’il est chargé de ramener dans le sein de l’Église tous ceux que le schisme eti a séparés : il les invite par ses conseils, il les attire par ses bienfaits, il les presse par ses raisons, il les couvainc par ses expériences ; il leur fait voir les écueils où la raison humaine fait taist de naufrages, et leur montre derrière lui, selon les termes de saiut Augustin, le pont de la miséricorde de Dieu, par où il vient de passer lnrinéme. Tantôt il allume le zele des docteurs, et les exhorte d’opposer an faste du mensonge la force de la vérité. Tantôt il leur découvre ces voies douces et
(t) Sa r. i.
DE M. DE ; TU RE N NE. ?)'ï
insinuantes qui gagnent le cœur pour gagner l’esprit. Tantôt il fournit, selon son pouvoir, les fonds nécessaires pour assister ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus-Christ qui les appelle. Tous le savez, évêques confidents de sou zele ; tout occupé qu’il est dans le cours de ses dernieres actions de guerre, il concerte avec vous des entreprises de religion, et n’oublie ri,en de ce qui peut contribuer ou a instruire ceux qu’une longue prévention aveugle , ou à gagner ceux que la cnpidité et l’intérêt retiennent encore dans leurs erreurs ; digne fils de cette Église dont la charité s’étend à tout, à l’imitation de celle de Dieu, et qui procure à ses enfants, outre l'héritage éternel, le soulagement même de leurs nécessités temporelles.
Telle étoit la disposition de son ame , messieurs , lorsque la providence de Dieu permit qne le roi, justement irrité, allât porter la guerre au milieu des états d’une république injuste et ingrate, et fît sentir la force de ses armes à ceux qui méprisoient ses bienfaits, et qui vou'oient s’opposer à sa gloire. Ce fut alors que notre héros reprit les armes , et qu’à la suite de son maître, et à la tête de ses armées, il exposa son sang dans une guerre non seulement heureuse, mais sainte, où la victoire avoit peine à suivre la rapidité du vainqueur, et où Dieu triomphoit avec le prince. Qnelleétoit sa joie, lorsque, après avoir forcé des villes (r), il voyoit son illustre neveu, plus éclatant par ses vertus qne par sa pourpre, ouvrir et
(i) Arnlieim , Nimcgue, les forts de Dur! k , de Skeiii ,
y6 ORAISON FUNEBRE
réconcilier des églises ! Sons les ordres d'nn roi aussi pieux que puissant, l'un faisoit prospérer les armes, l’autre étendoit la religion: l'un abattoit des remparts, l’aatre redressoit des autels: l’un ravageoit les terres des Philistins, l’autre portoit l’arche autour des pavillons d’Israël : puis, nuissant ensemble leurs vœux, comme leurs cœurs étoient unis, le neveu avoit part anx services que l’oncle rendoit à l’état , et l’oncle avoit part à ceux que le neveu rendoit à l’Église.
Suivons ce prince dans ses dernieres campagnes, et regardons tant d’entreprises difficiles, tant de succès glorieux, comme det preuves de son courage et des récompenses de sa piété. Commencer ses journées par la priere, réprimer l’impiété et les blasphèmes, protéger les personnes et les choses saintes contre l’insolence et l'avarice des soldats, invoquer dans tous les dangers le I3ien des armées , c’est le devoir et le soin ordinaire de tous les capitaines. Pour lui, il passe plus avant. Lors même qu’il commande aux troupes, il se regarde comme un simple soldat de Jésus-Christ ; il sanctifie les guerres par la pureté de ses intentions, par le désir d’une heureuse paix, par les lois d'une discipline chrétienne ; il considéré ses soldats comme ses freres, et se croit obligé d’exercer la charité dans une profession cruelle où l’ou perd souvent l’humanité même. Animé par de si grands motifs, il se surpasse lui-mème, et fait voir que le courage devient plus ferme q, and il est soutenu par des principes de religion ; qu’il y a uuc pieuse magnanimité qui attire les bons succès, malgré les périls et les obstacles, cl qu’un suerricr est invincible
DE M. DE TURENNE. gi
quand il combat avec foi , et quand il prête des mains pures au Dieu des batailles qui le conduit.
Comme il tient de Dieu toute sa gloire , aussi la lai rapporte-t-il tout entière , et ne conçoit autre confiance que celle qui est fondée sur le nom du Seigneur. Que ne puis-je vous représenter ici une de ces importantes occasions (i) où il attaque avec peu de tronpes toutes les forces de l’Allemagne! il marche trois jours , passe trois rivières , joint les ennemis , les combat et les charge. Le nombre d’un côté , la valeur de l’autre , la fortune est long-temps douteuse. Enfin le courage arrête la multitude ; l’ennemi s'ébranle et commence à plier. Il s’élève une voix qui crie : Tictoire ! Alors ce général suspend toute l'émotion que donnel’ardeur du combat, et d’un ton sévere : « Arrêtez, dit-il , notre sort « n’est pas en nos mains , et nous serons nous-mê- « mes vaincus , si le Seigneur ne nous favorise. » A ces mots il leve les yeux au ciel d’où lui vient son secours , et continuant à donner ses ordres , il attend avec soumission , entre l’espérance et la crainte, que les ordres du ciel s’exécutent.
Qu’il est difficile , messieurs , d’être victorieux et d'être humble tout ensemble ! Les prospérités militai ■ rcs laissent dans l’ame je ne sais quel plaisir touchant, qni la remplit et l’occupe tout entière. On s’attribue une supériorité de puissance et de force ; on se couronne de ses propres mains ; on se dresse un triomphe secret à soi-même ; on regarde comme son propre bien ces lauriers qu’on cueille avec peine, et
(i) Combat d'KntzIieim.
qu'on a, rose souvent de son sang ; et lors même qu’on rend à Dieu de solennelles actions de grâces , et qu’on pend aux voûtes sacrées de ses temples des drapeaux déchirés et sanglants qu’on a pris sur les euneinis, qu'il est dangereux que la vanité n’étoufft une partie de la reconnoissance , qu’on ne mêle aux vœux qu’on rend au Seigneur des applaudissements qu’on croit se devoirà soi-même, et qu’on ne relienue au moins quelques grains de cet encens qu’on va brûler sur scs autels !
C’étoit en ces occasions que M. de Turenne , se dépouillant de lui-même, renvoyoit toute la gloire à celui à qui seul elle appartient légitimement. S’il marche, il reconnoî l que c’est Dieu qui le conduit et qui le guide : s’il défend des places, il sait qu’on les défend en vain , si Dieu ne les garde : s’il se retranche, il loi semble que c’cst Dieu qui lui fait un rempart pour le mettre à couvert de toute insulte : s’il combat , il sait d’où il tire toute sa force ; et s’il triomphe, il croit voir dans le ciel une main invisible qui le couronne. Rapportant ainsi toutes les grâces qu’il reçoit à leur origine , il en attire de nouvelles. 11 ne compte plus les ennemis qui l’environnent ;ct, sans s’étonnerdeleurnombreou de leur puissance, il dit avec le propbete (i) : » Ceux-là se fient « au nombre de leurs combattants et de leurs cha- * riots ; pour nous , nous nous reposons sur la pio- « tection du Tout-Puissant. •> Dans cette fidèle et juste confiance, il redouble son ardeur, forme de grands desseins , exécute de grandes choses, et corn-
( i ^ Ps i o.
DE M. DE TU RENNE. s)î,
inence une campagne qui sembloit devoir être si fatale à l’Empire.
11 passe le Rhin et trompe la vigilance d’un général habile et prévoyant. 11 observe les mouvements des ennemis. Il releve le courage des alliés. Il ménage la foi suspecte et chancelante des voisins. 11 ôte aux uns la volonté , aux autres les moyens de nuire ; et , profitant de toutes ces conjonctures importantes qui préparent les grands et glorieux évènements , il ne laisse rien à la fortune de ce que le conseil et la prudence humaine lui peuvent ôter. Déjà fréinissoit dans son camp l’ennemi confus et déconcerté. Déjà prenoit l’essor , pour se sauver dans les montagnes , cet aigle dont le vol hardi avoit d’abord effrayé nos provinces. Ces foudres de bronze que l’enfer a inventés pour la destruction des hommes tonnoient de tous côtés pour favoriser et pour précipiter cette retraite ; et la France en suspens attendoit le succès d'une entreprise qui , selon toutes les réglés de la guerre , étoit infaillible.
Hélas nous savions tout ce que nous pouvions espérer , et nous ne pensions pas à ce que nous devions craindre. La providence divine nous eachoit un malheur plus grand que la perte d’une bataille. Il en devoit coûter une vie que chacun de nous eût voulu racheter de la sienne propre ; et tout ce que nous pouvions gagner ne valoit pas ce que nous allions perdre, ü Dieu terrible (i) , mais juste en vos conseils sur les enfants des hommes, vous disposez et des vainqueurs et des victoires! Pour accomplir
(i) Ps. 65.
IOO ORAISON FUNEBRE vos volontés et faire craindre vos jugements, votre paissance renverse ceux que votre puissance avoit élevés. Vous immolez à votre souveraine arrandeur de grandes victimes , et vous frappez quand il vous plaît ces têtes illustres que vous avez tant de fois couronnées.
N’attendez pas , messieurs , que j’ouvre ici une scene tragique , que je représente ce grand homme étendusur ses propres trophées , que je découvre ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l’a frappé , que je fasse crier son sang comme celui d’Ahel , et que j’expose à vos yeux les tristes images de la religion et de la patrie éplorée. Dans les pertes médiocres on surprend ainsi la pitié des auditeurs ; et, par des mouvements étudiés, on tire au moins de leurs yeux quelques larmes vaines et forcées. Mais on décrit sans art une mort qu’on pleure sans feinte. Chacun trouve eu soi la source de sa douleur , et rouvre lui-même sa plaie; et le cœur, pour être touché, n’a pas besoin que l’imagination soit émue.
Peu s’en faut que je n’interrompe ici mon discours, Je me trouble , messieurs ; Turenue meurt : tout se confond, la fortune chancelle, la victoire so lasse , la paix s’éloigne , les bonnes iutentions des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la vengeance ; tout le camp demeure immobile. Les blessés pensent à la perte qu’ils ont faite , et non pas aux blessures qu’ils ont reçues. Les peres mourants envoient leurs fils pleurer sur leur général mort. L'armée eu deuil est occupée à lui rendre les devoirs funèbres ;
IOl
DE M. DE VURERNE,
•l la renommée, qui se plaie à répandre dans l 'univers les accidents extraordinaires , va remplir toute l’Europe du récit glorieux de la vie de ce-prince , et du triste regret de sa mort.
Que de soupirs alors ! que de plaintes ! que de louanges retentissent dans les villes , dans la campagne ! L'un voyant croître ses moissons bénit la mémoire de celui à qui il doit l’espérance de sa récolte; l’autre, qui jouit encoreen repos de l’héritage qu’il a reçu de ses peres , souhaite une éternelle paix à celui qui l’a sauvé des désordres et des cruautés de la guerre. Ici l’on offre le sacrifice adorable de Jésus-Christ pour l’ame de celui qui a sacrifié sa vie et son sang pour le bien public : là on lui dresse une pompe funebre , où l'on s’attendoit de lui dresser un triomphe. Chacun choisit l’endroit qui lui paroit le plus éclatant dans une si belle vie. Tous entreprernent son éloge; et chacun s’interrompant lui-même par ses soupirs et par ses larmes admire le passé , regrette le présent , et tremble pour l’avenir. Ainsi tout le royaume pleure la mort de son défenseur ; et la perte d’un homme seul est une calamité publique.
Pourquoi , mon Dieu , si j 'ose répandre mou auie en votre présence et parler à vous , moi qui ne suis que poussière et que cendre, pourquoi le perdonsnous dans la nécessité la plus pressante , au milieu de ses grands exploits , au plus haut point de sa valeur , dans la maturité de sa sagesse ? Est - ce qu’après tant d'actions dignes de l’immortalité il n'ivoit plus rien de mortel à faire? Ce temps étoit-il arrivé où il devoit recueillir le fruit de tant de
toa ORAISON l'BNEBHE vertus chrétiennes , et recevoir de vous la couronne de justice que vous garde/, à ceux qui ont fourni uue glorieuse carrière ? Peut-être avions-nous mis en lui trop de confiance, et vous nous défende/, dans vos écrit u res(i) de nous faire un bras de chair, et de nous confier anx enfants des hommes. Peutêtre est-ce uue punition de notre orgueil , de notre ambitioD , de nos injustices. Connue il s'élève du fond des vallées des vapeurs grossières dont se forme la foudre qui tombe sur les montagnes, il sort du cœur des peuples des iniquités dont vous déchargez les châtiments sur la tête de ceux qui les gouvernent ou qui les défendent, .le ne viens pas , Seigneur , sonder les abîmes de vos jugements , ni découvrir ces ressorts secrets et invisibles qui fout agir votre miséricorde ou votre justice : je ne veux et ne dois que les adorer. Mais vous êtes juste : voua nous affligez ; et dans un siccle aussi corrompu que le notre, nous ne devons chercher ailleurs que dans le dérèglement de nos mœurs toutes les causes de nos iniscres.
Tirons done, messieurs, tirons de notre douleur des motifs de pénitence , et ne cherchons qu’en la piété de ce grand homme de vraies et sol ides consolations. Citoyens, étrangers, ennemis, peuples, rois, empereurs, ’e plaignent et le révèrent ; mais que peuvent - ils contribuer à son véritable bonheur i' Son roi même , et quel roi ! l’honore de ses regrets et de ses larmes : grande et précieuse marque de tendresse et d'estime pour un sujet , mais inutile
(t ) l’aRAL. I. 2 , c. 3a.
DE M. DE TURENNE. io3
pour un chrétien. Il vivra , je l’avoue , dans l’esprit et dans la mémoire des hommes (i) : mais l'écriture m’apprend que ce que l’homme pense (2) , etlhommelui-même, n’est que vanité. Un magnilique tombeau '•enfermera ses tristes dépouilles ; mais il sortira de ce superbe monument , non pour être loué de ses exploits héroïques , mais pour être jugé selon ses bonnes on mauvaises œuvres. Ses cendres seront mêlées avec celles de tant de rois qui gouvernèrent ce royaume , qu’il a sigénéreusement défendu ; mais, après tout, que leur reste-t-il , à ces rois non plus qu’à lui, des applaudissements du monde , de la foule de leur cour , de l’éclat et de la pompe de leur fortune , qu’un silence éternel , une solitude affreuse , et une terrible attente des jugements de Dieu, sous ces marbres précieux qui les couvrent? Que le monde honore donc comme il voudra les grandeurs humaines , Dieu seul est la récompense des vertus chrétiennes.
O mort trop soudaine, mais pourtant par la miséricorde du Seigneur depuis long-temps prévue , combien de paroles édiliantes , combien de saints exemples nous as-tu ravis ! Nous eussions vu , quel spectacle! au milieu des victoires et des triomphes mourir humblement un chrétien. Avec quelle attention eût-il emplové ses derniers moments à pleurer intérieurement ses erreurs passées, à s’anéantir devant la majesté de Dieu , et à implorer le secours de son bras non plus contre des ennemis visibles , mais contre ceux de son saint ? Sa foi vive et sa
(1) l’s. 93. — (-») Ps. 33.
io4 ORAISON FUNEBRE charité fervente nous auroient sans doute touchés ; et il nous resteroit un modèle d’une confiance sans présomption , d’une crainte sans foiblesse , d’une pénitence sans artifice , d’une constance sans affectation, et d’une mort précieuse devant Dieu et devant les hommes.
Ces conjectures ne sont-elles pas j ustes , messieurs ? Que dis-je , conjectures ! C’étoient des desseins formés. Il avoit résolu de vivre aussi saintement que je présume qu’il fût mort. Prêt à jeter toutes ses couronnes au pieddutrône de Jésus-Christ, comme ces vainqueurs de l’Apocalypse ; prêt à ramasser toutesagloire,pours’en dépouiller par une retraite volontaire, il n’étoit déjà plus dn monde, quoique la Providence l’y retint encore. Dans le tumulte des armées il s’entretenoit des douces et sécrétés espérances de sa solitude. D’une main il fondroyoit les Amalécites , et il levoit déjà l'autre pour attirer sur lui les bénédictions célestes. Ce Josué, dans le combat, faisoit déjà la fonction de Moïse sur la montagne, et, sous les armes d’un guerrier, porloit le cœur et la volonté d’un pénitent.
Seigneur , qui éclairez les plus sombres replis do nos consciences, et qui voyez dans nos plus sécrétés intentions ce qui n’est pas encore, comme ce qui est , recevez dans le sein de votre gloire cette ante qui bientôt n’eût été occupée que des pensées de votre éternité. Recevez ces désirs que vous lui aviez vousmême inspirés. Le temps lui a manqué et non pas le courage de les accomplir. Si vous demandez des œuvres avec scs désirs, voilà des charités qu'il a faites ou destinéespour le soulagement et pour le salut de scs
DE M. DE TU RENNE. io5 freres ; voilà des âmes égarées qa’il a ramenées à vous jlsr ses assistances, par ses conseils , par son exemple ; voilà ce sang de votre peuple, qu’il a tant de fois épargné ; voilà ce sang qu’il a si généreusement répandu pour nous ; et , pour dire encore plus, voilà le sang que .lésus-Chiist a versé pour lui.
Ministres du Seigneur , achevez le saint sacrifice. Chrétiens , redoublez vos voeux et vos prières , afin que Dieu, pour récompense de ses travaux, l’admette dans le séjour du repos éternel , et douue dans le ciel une paix sans fin a celui qui nous en a trois fois procuré une sur la terre , passagère à la vérité, mais toujours douce et toujours désirable.