UE LAMOIGNON
prononcée à Paris, dans l’église de Saint-' icoIas-du-Cliardonnet, le 18 février id-tj.
Dilio ite juslitiam , qui judicatis terram : seulite de Domino in honitatc , et iu simplicitate cor dis quærile ilium.
Aimez la justice, juges de la terre: avez des sentiments conformes à la bouté de Dieu, et clierclicz-le dans la simplicité du cœur. Sap. c. i , y. i .
.Fe ne viens pas ici , messieurs, renouveler dans vos esprits le triste souvenir d’une mort que vous avez déjà pleurée. Laissons aux infidèles ces longues et sensibles douleurs que la religion ne modéré pas. Comme leurs pertes sont irréparables, leur tristesse peut être sans bornes ; et comme ils n’ont point d’espérance, ils n’ont pas aussi de consolation. Pour nous, à qui Dieu par sa grâce a révélé ses ventes, nous avons lu dans ses écritures (i) qu’il y a un temps de pleurer, et une mesure de larmes ; que le soleil, qui ne doit jamais se coucher sur notre colère, ne doit pas se coucher plus de sept fois sur notre affiietion, et que la même charité qui nous fait
(i) F.ccl. i. Ps. 7g. Kccl. r>..
OR. EUN. DE M. DE LAMOIGNON. 107 regretter la mort des lideles nous fait espérer leur résurrection, et nous invite à nous réjouir de leur bonheur.
Pourquoi rouvrirois-je donc une plaie que le temps et la raison doivent avoir déjà fermée? N’attendez pas. messieurs, que je déplore ici le néant et la misère des hommes; je ne viens que louer la grandeur et la miséricorde du Seigneur. .Te veux vous apprendre à chercher Dieu, dont la durée est éternelle, et non pas vous affliger pour des créatures qui linisseut ; et dans l’éloge que j’eutreprends ■de messire Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement, ce n’est pas mon dessein d’exagérer la perte que vous avez faite d’un homme juste, mais de vous porter à aimer comme lui la justice, iti limite j ustiliarn.
Dans ces jours de trouble et de deuil où l’on se sent comme frappé du spectacle sensible d'une mort récente et inopinée, on se renferme tout en soimême, et l’on s'occupe de sa douleur. Si l’on fait quelques réflexions, c’est en général sur l’inconstance et sur la vauité des choses humaines, sans descendre jusqu’à scs propres defauts ou à ses infirmités particulières. On cherche à se consoler plutôt qu’à s’instruire ; et si l’on parle des bonnes œuvres de ceux qui sont morts, c’est pour justifier les larmes qu’on verse pour eux, plutôt que pour ptofîter de leurs exemples. Mais il est temps de nous élever par la foi au-dessus des foildesses de la nature. C'est peu de reconnoitre la nécessité de mourir, l'imporlance même de bien mourir, si l’on n’en tire des motifs et des conséquences pour bien vivre ; et
ioS ORAISON FUNEBRE
c'est en vain qu'on croit honorer la mémoire des gens de bien qui sont décédés , si l’on ne va recueillir les restes de leur esprit sur ces tombeaux où l’on rend des honneurs funèbres aux tristes dépouilles de leur corps mortel.
C’est dans cette vue, messieurs, que je dois vous représenter aujourd'hui un magistrat qui u’a rien ignoré, ni rien négligé, dans son ministère, et qu’aucun intérêt ne détourna jamais du droit chemin de l’équité; un homme doux et secourable, qui a su tempérer l’austérité des lois et de la justice par tous les adoucissements qu’inspirent la miséricorde et la charité , un chrétien qni a consacré ses vertus morales et politiques par une piété simple et sincère. Je laisse à Dieu, qui seul est le maître du cœur des hommes, et qui les touche quand il veut par l'efficace qu’il donne aux bons exemples, à graver dans vos cœurs ces sentiments de droiture, de bonté, et de religion, que je vous propose. Pour moi, je ne puis que vous redire de sa part ces paroles de mon texte: «Aimez la justice; ayez des " sentiments conformes à la bonté du Seigneur, et •i cherchcz-le dans la simplicité du cœur. »