PREMIERE PARTIE
Dieu, dout la providence destine les j uges pour gouverner son peuple, comme elle destine les prêtres pour le sanctifier, et qui conduit les uns et les autres par les sentiers de sa justice et par la voie de sa vérité ; Dieu, messieurs, disposa iui-mênte, par une heureuse naissance, M. de Lamoignon à porter
I)E M. DE LAMOIGNON. 109 ses lois et à exercer -.es jugements dans le plus auguste sénat du monde.
Il naquit d’une des plus nobles et des plus anciennes maisons du Nivernais, qui, après s’être distinguée dans les emplois militaires, avant le régné même de saint Louis, entrant depuis , sous Henri II, dans les premières dignités de la robe, a soutenu dans le parlement la gloire qu’elle avoit acquise dans les armées ; et, quoiqu’elle ait changé de profession, elle n’a rien diminué de l’éclat et de la grandeur de son origine: semblable à ces fleuves qui, trouvant de nouvelles pentes et sc creusant avec le temps un nouveau canal, vont arroser d autres campagnes, et ne perdent rien de l’abondance ni de la pureté de leurs eanx , eucore qu'ils aient changé de lit et de rivage.
Mais ne louons de sa naissance que ce qu’il en loua lui-même, et disons qu’il sortoit d’une famille où l’on ne semble naître que pour exercer la justice et la charité, où la vertu sc communique avec le sang, s’entretient par les bons conseils, s’excite par les grands exemples ; ou les peres ont plus de soin dn salut de leurs héritiers que de l’accroissement de leurs héritages; où *cs enfants aiment mieux succéder à la probité qu'a la fortune de leurs peres , et où la crainte de Dieu, la miséricorde, et la paix, sont les réglés de la discipline domestique.
Privé dans ses jeunes ans de l’instruction et des secours d’un pere dont il n’avoit fait qu’entrevoir les bons exemples, et dont il devoit long-temps ressentir la perte, il demeura sous la conduite d’une inere que les pauvres avoient toujours regardée
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ORAISON FUNEBRE coin ma la leur. Aussi la tendresse qu'elle eut pour l’un ne diminua pas la pitié qu'elle avoit des autres : elle crut que ses aumônes ne seroient pas infructueuses; qu’elle reeueilleroit dans sa famille ce qu’elle semoit dans les hôpitaux ; qu’ayant soin des pauvres de Jésus-Christ , Jésus-Christ auroit soin de ses enfants; et qu elle ne pouvoit leur apprendre rien de plus important que les maximes évangéliques, ni leur laisser un bien plus solide que la succession de sa charité.
Ses espérances ne furent pas trompées, messieurs : Dieu présida lui-inème à l’éducation de ce fils qu’elle lui avoit tant de fois offert. 11 le prévint de ses bénédictions spirituelles, et lui lit éviter par sa grâce ces dangereuses pass.ons qui sont comme les écueils où l’ardeur de l’ave, la licence du siècle, la corruption de la nature, le mauvais exemple, et souvent le mauvais conseil, poussent une jeunesse inconsidérée.
Aussi renia rqua-t-on bientôt en lui tout ce qui fait les grands magistrats: nu coeur docile pour recevoir les impressions de la vérité, noble pour s’élever au-dessus des passions et des interets, tendre pour assister les malheureux , ferme pour résister à l’iniquité; un esprit avide de tout savoir, et capable de tout apprendre ; prompt à concevoir les matières les plus élevées ; heureux à les exprimer quand il les avoit une fois conçues ; discernant non seulement le bon d’avec le mauvais, mais encore le meilleur d’avec le bon; appliqué à examiner les difficultés et à les résoudre ; à chercher la vérité, et à la suivre après qu’il l’avoit découverte;