R F. I N F 1)E FRANCE ET DE NAVARRE
Prononcée à Paris, le 24 novembre 168 3 , en l’église des religieuse* du Val de-G race, où son cœur repose; eu présence de monseigneur le Dauphin, de Monsieur, de Madame, de Mademoiselle, et des princes et princesses du sang.
Fundamenta æterua supra petram solidain , et mandata Dei in corde mulieris sauctæ.
Les fondements éternels sur la pierre solide et ferme , et les commandements de Dieu, sont dans le cœur de la fcmino sainte. Eccli. c. 96.
jVJ ONSEIGNEUR ,
Au milieu de ce funèbre appareil , dans ce temple sacré où la mort amasse de graudes dépouilles , à la vue de ce triste cercueil et de ce cœur royal qui n'est plus que cendre , vous pensez, peut-être que je dois vous entretenir de la fragilité et du néant des grandeurs humaines.
L’esprit de Dieu (1 ) nous apprend dans ses écritures (2) qu’il faut déplorer le sort des pécheurs.
(1) Ps. i43.~ (2) l’s. i45.
OR. H N. DE MARIE-TlI.D'Ali r. i37 Leur vie passe comme l’ombre (i) ; il vient uu jour fatal ou périssent toutes leurs pensées ; leur mémoire fait un peu de bruit (2) , et va se perdre dans un silence éternel. Les biens qu’ils ont acquis échappent de leurs mains avares (3) ; leur gloire secbe comme l’herbe ; leurs couronnes se flétrissent , et tombent presque d’elles-mêmes (4). Il est vrai : ce qui sert à la vanité n’est que vanité , et tout ce qui n’a que le monde pour fondement se dissipe et s’évanouit avec le monde.
Mais le même esprit deDieu nous enseigne que la grandeur est solide quand elle sert à la piété (5). 11 v a des couronnes qu’on jette aux pieds de l’agneau , des richesses qu'on répand dans le sein des pauv res((i) ,un royaume qui appartient à .1 ésus-Chris t (7), et qui n’est pas de ce monde-; une gloire qu’on tire de la croix même du Sauveur (8) , et une élévation des justes qni demeure éternellement , parcequ’elle est fondée sur la pierre (9) ; et cette pierre , selon l’apôtre, c’est notre Seigneur .lésus-Christ (10).
•le ne viens donc pas ici vous désabuser des grandeurs humaines , mais vous montrer le bon usage qu'on en peut faire. Ce n’est pas mon dessein de vous émouvoir par mon discours , mais de vous instruire par des exemples ; et je vous exhorte aujourd’hui. non pas à pleurer uue reine (1 1) , mais à imiter une sainte. C’estainsi que saint Paul appeloit
1) Ps. 9. — (o) Ps. 73. — (3) Ps. 5g. — (4) 1 fsn. g. 5) Apocal. 4- — (6) Jean, 18. — (7) Galat. 6. — I 8) Kcclks. 97. — (9) Ps. iio. — £10' 1 Cour* th. 10.—
i HS OU AI SON l'UNEBKE autrefois les chrétiens ; et c’est ainsi que j’appelle très haute , très puissante, très excellente et très religieuse princesse , Marie-Thérese , infante d’Espagne , reine de Erance et de Navarre , qu’une piété sans interruption, et une fidélité constante à observer la loi de Dieu , ont rendue digne d’ètre louée à la face de ses autels par les ministres de son évangile.
Quand on a pour matière de ces sortes d’éloges une de ces vies mondaines dont on ne peut louer que la fin, et ou le christianisme est réduit à quelques actes de religion faits dans le cours d'une maladie, qu’il est difficile qu’on ne (latte la vanité, ou que du moins on ne l'épargne ; qu’on ne confonde la fortune avec la vertu , et qu’on ne jette sans y penser quelques grains de l’encens que l’on doit à Dieu sur le monde qui n’est qu’une idole ! Malheur à nous si nous louons ce que Dieu n’a pas approuvé , si nous consacrons sans discernement ces victimes purifiées à la hâte , sur le point de recevoir le coup mortel , et si nous excusons des années de vanité, en faveur de quelques jours de pénitence.
Grâces à .lésus-Christ, je suis aujourd’hui à couvert de ces difficultés et de ces craintes, .le parle d’une reine que le ciel avoit prévenue de ses bénédictions , et dont la vertu ne s’est jamais ni démentie ni relâchée. Sa vie a été une préparation continuelle à bien mourir , et sa mort est pour nous une exhortation à bien vivre. Quelque endroit de ses actions que je touche, tout est vertu , tout est piété. Intrigues de cour , affaires du monde, raisons d etat , vous n’avez, point ici de part , et c’est la grandeur de mon sujet d’ètre renfermé dans une vie toute
DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. iî;) chrétienne. La conduite de Dieu sur la reine , la conduite de la reine à l’égard de Dieu : ou , pour diviser mon discours par les paroles de mon texte, les desseins de Dieu , fondements éternels de la piété de cette princesse, accomplis en elle, les commandements de Dieu gravés dans son coeur et mis eu pratique , sont toute la matière de son éloge : Fundamenta œterna supra petram sotidam , et mandata Del in corde mulieris sam læ. Je ne dis rien que son cœur que nous vovons ici n’ait ressenti. Je ne crains pas de mêler ses lonanges au sacrilice qu’on offre pour elle, et je prends sur l'autel tout l'encens que je brûle sur son tombeau.