PREMIERE PARTIE
Quoiqu'il, n’y ait point devant Dieu de différence de personne ou de condition , et que sa providence veille indifféremment sur tous les hommes, l’écriture sainte (i) nous enseigne pourtant qu'il a des soins particuliers de ceux qu'il porte sur le trône , et qu'il met à la tête de son peuple. Ce sont ses créatures les plus nobles , revêtues de sa puissance et de sa grandeur , et faites proprement à sa ressemblance et à sou image. 11 les conduit par sou esprit , il les fortilie par sa vertu , il les couronne dans ses miséricordes (2). Il tient leurs coeurs entre ses mains, et les tourne comme il lui plaît , afin qu'ils servent à l’accomplissement de ses volontés et à l’avancement de sa gloire, lleconnoissons , mes-
(1) Ps. 10J. Ps. 17.— (9.) Ps. toi. P*«f. ïr.
f 40 ORAISON l'L'NEIÎR E
sieurs , celle protection et cette conduite de Cm
sur la reine.
Elleétoit d'une maison auguste qui remplit plusieurs trônes à la fois, qui donne depuis long-temps des empereurs, des rois et des reines, à toute l’Europe , et qui regarde la gloire et la pieté comme ses biens héréditaires. Elle étoit fille de ces rois qui , par la force des armes , par la prudence des conseils, ou par le droit des successions, ont réuni plusieurs couronnes en nue seule, qui portent leur domination au-delà des mers et des monts, nui se lont obéir dans l’ancien et le nouveau monde, et dont la puissance s’étend si loin , qu’ils gémissent , pour ainsi dire , sous le faix de tant de provinces et de royaumes , et que leur grandeur même leur est à charge. Mais ce qui relevoit sa naissance, c’est qu’elle la dévoila une fille de Henri-lc-Grand fa) , et que le sang de nos rois , ce sang le plus noble et le plus pur qni ait jamais coulé dans aucune maison royale, étoit heureusement mêlé au sang d’Autriche et de Castille.
Le ciel n’avoit mis ensemble tant de grandeur , qu’afin de couronner la modestie de cette princesse. Elle ne se laissa pas éblouira tout cet éclat. Audeliors reine magnifique , an-dedans humble servante de .lésns-Cbrist, portant sur son visage la majesté de tant de rois dont elle tiroit sa naissance , conservant dans son cœur l’humilitc du fils de Pieu , d’où dépendoit toute sa vertu : elle vovoit dans la suite de ses aucêtres non pas ce qui l’ano-
(’ i ' Elisabeth de France, reiuc d Espagne
DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. 141 blissoit devant les hommes , mais ce qui pouvoit la sanctifier devant Dieu , dans le sein duquel ellealloit chercher et sa fin et son origine.
Aussi l’on ne l’ouït jamais se glorifier que de la qualité de chrétienne. On la vit souvent s’abaisser et se dérober à sa dignité pour se jeter aux pieds des pauvres : et si des yeux mortels ponvoient percer ces voiles qui couvrent au-dedans de nous les opérations de la grâce et les sentiments de nos consciences , on l’auroit vu établir au-dedans d'elle le régné de Dieu selon les réglés évangéliques (1) , planter la croix de Jésus-Christ sur un tas de sceptres et de couronnes , recevoir le sang du Sauveur pour purifier le sang de ses peres , eflacer les titres de sa maison pour y graver ceux de son baptême ; et, dans ce cœur où le mensonge et la flatterie n’oserent jamais approcher pour lui donner une fausse gloire, écouter la vérité qui lui apprenoit ses devoirs , et qui lui montroit ses foiblcsses.
Quoique Dieu par sa grâce eût formé de si saintes inclinations dans son ante , il voulut qu elle s’aidât des instructions et des exemples d’une mere, qu’une sineere piété , une tendresse respectueuse pour sou époux , une bonté officieuse et libérale pour ses sujets, un courage mâle dans les pressants besoins de l'état , et une sage patience daus les peines et les tribulations domestiques, avoieut rendue vénérable et à l’Espagne où elle régnoit , et à la France d’où elle étoit sortie.
Ce fut d’elle que celte jeune infante apprit ces
(1) Luc, 17.
142 O K A I S O N FUNEBRE premières réglés de la sagesse chrétienne , qu'il faut rendre à Dien par recouuoissnuce ce que nous tenons de sa honte ; que le bonheur des riches ne consiste pas dans le bien qu’ils ont , mais dans le bien qu’ils peuvent faire ; et que, parmi tant de choses vaines et superflues qui environnent les-grands du monde , ils doivent regarder leur salut comme la seule nécessaire. C’est ainsi qu’on l’accoutumoit dans son enfance à craindre Dieu et à l’aimer; et l’on peut dire d’elle ce que l’écriture a dit d'une autre reine, qu'elle ne changea pas son éducation : hi non mutavit Ksthcr etlucalionem suaiii (i).
Erovidence éternelle, c’étoit pour nous que vous formiez ce cœur chrétien. Vous conduisiez ces deux princesses à vos lins par des voies sécrétés ; et , pour partager vos faveurs aux deux premiers royaumes du monde , vous vouliez que la lillevînt comme restituer à la France tan! de va ux et tant de vertus que la mere avoit portés à l' Espagne.
Le ciel lit naître en même temps, et laisoitcroitrc sous une pareille éducal ion , le roi, dont la naissance miraculeuse promeltoit à tout l’uuivers une viepleine de miracles. On voyoit avec joie avancer le jour heureux de celte auguste alliance ; les nœuds en étoient serrés dans l'éternité : et , par des droits secrets que le ciel avoit décidés , la princesse du monde la plus parfaite appartenoit déjà au plus grand des rois. Ils travailloient sans y penser à se plaire et à se mériter l'un l’antre. Louis recueilloit dans son esprit ces grands principes qui composent
(i) Est h. c. ■>.
DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. ^3 l’art (1e régner, qn’il exerce avec tant de gloire. Thérèse s'avancoit dans la connoissancedes vertns chrétiennes , qu elle a pratiquées avec tant d’édification. En l'un, la prudence et le courage se fortilioient insensiblement par l’expérience : eu l’antre, la modestie et la piété s’entretcnoient par la priere. Dieu donnoit au roi sa justice et son jugement ponr le gouvernement de son peuple ,à la reine, sa miséricorde et sa charité ponr le soulagement des pauvres. L un , nourri dans ses camps et dans ses armées , commen • coità prendre celle glorieuse habitude qu'il a de vaincre : l'autre , élevée au pied des autels , s’accoutumoit à faire des vœux pour des victoires. Tel fut le soin que le ciel prit , dans deux climats différents, de ces deux grandes âmes qu’il devoit rassembler un jour ; et tels rtoient dans les desseins éternels de Dieu les préparatifs de cette puissance qui fait aujourd’hui la terreur, l'admiration, ou la jalousie de toutes les autres.
La destinée du inonde entier étoit liée à celle de eette princesse. Chacun croyoit voir en elle la lin des miseres publiques et particulières; et les peuples la regardoient comme cet ange de l'Apocalvjise envoyé de Dieu sur la terre ( i ) , i’are-en-ciel sur la tète, pour marquer la paix etles miséricordes du Seigucur,et le visage comme le soleil, pour dissiper les nuages qui couvroient toute la face de l'Europe, «t pour allumer dans le cœur d'un jeune roi victorieux des feux plus doux et plus purs que ceux de la guerre. Cette gloire lai avoit été réservée , mei-
(i) Ame. 10.
144 O RAISON RlNIUiltE
sieurs , et c'éloit uniquement à ses vœux que devoit
s’accorder nue paix ferme et générale.
La France l'avoit desirce ( i ) , même dans sa prospérité. Une reine alors régente (2) l’offroit aux hommes, après l’avoir demandée à Dieu. Sacrés autels , vous le savez , des tro'upes de vierges chrétiennes employées pourl’oliteuir redoublèrent leurs oraisons, et les prêtres de Jésus-Christ en firent une partie des vœux de leurs sacrifices. Qui n’eût dit que tous les princes alloient l’accepter , les uns ennuyés de leurs pertes, lcsaulrrs lassés de leurs victoires ; et que rieu ne pouvoit retarder un traité ou la justice et la religion avoient tant départ , et où chacun devoit trouver sa cousolation ou son avantage ?
Mais Dieu ue juge pas comme nous jugeons : le jour de sa paix et de sa miséricorde n’étoit pas encorcarrivé. Les passions des particuliers opposés au bien commun , les difficultés survenues dans ce grand nombre d’intrigues et de partis, les négociations traversées par la mauvaise foi des nus ou par l'impatience des autres, et l'accord à peine conclu entre la France et l’Allemagne, firent voir que la paix u’est pas un Lien que le monde donne , et que Dieu, qui l'accorde quand il lui plaît et comme il lui plaît, se réservoit à la donner par l’entremise de notre princesse.
Ce fut en effet , messieurs , la première bénédiction de son mariage. Représentez-vous cette islc
( 1) La paix de Munster. — (a) Anne d’Autriche, veuve de Louis XIII.
DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. 145 fameuse où deux hommes chargés des intérêts et du destin des deux nations faisoient valoir leur habileté à disputer les droits des couronnes, et tantôt se soutenant avec grandeur , tantôt se relâchant avec prudence , joignant l’adresse et la persuasion à la justice ou à la conjoncture des affaires , après avoir déployé tous les secrets de leur politique , conclurent enfin cette bienheureuse alliance ; alliance qui fut pourtant l'ouvrage de la providence de Dieu , et non pas le fruit des travaux et de la sagesse de ces grands hommes. Quel fut ce jour heureux qu’on la vit sortir, comme la colombe de l’arche, de ce petit espace de terre que les flots respecteront éternellement , pour annoncer aux provinces leur félicité , et porter par-tout où elle passoit la paix et la joie dans les cœurs des peuples ! Quel fut ce triomphe , lorsqu’cuvironnée de la gloire de son époux et de la sienne propre , elle nous parut par sa modestie comme un ange de Dieu parmi les acclamations et les fêtes de cette ville royale !
Trompons si nous pouvons notre douleur , messieurs , par le souvenir de nos joies passées; et, nous élevant aux grandeurs invisibles de Dieu par les grandeurs visibles des créatures , formons-nous une légère idée de la gloire dont elle jouit par la gloire où nous l’avons vue. Mais elleavoit bientôt passé cette gloire. Autant d’hominages qu’on rendoitâson rang ou à sa vertu étoient autaut d’offrandes qu'elle faisoit intérieurement à .Jésus - Christ crucifié : et l'impatience où elle étoit de se cacher dans quelque paisible et sainte retraite, pour y vaquer à la prière, marquait assez combien lesapplau-
Pt.lTHIFR. i. g
i/i* ORAISON FUNEBRE dissemeuls et les vaiues louanges des hommes Ini étoieut à charge.
Ses premières occupations furent d’aller d’église en église reconnoitre Dien par-tont où il veut être adoré. Sous la conduite d’une reine qui lui servoit de îuere par sa tendresse et de guide par son expérience , et qui , déchargée du poids du gouvernement et libre des soins et des distractions des affaires , n'avoit plus de pensées que pour le ciel et pour sou salut ; sous ces auspices , dis-je , on la vit dans tous les lieux saints consacrer les prémices de son régné , et mettre au pied de chaque autel la plus belle couronue du monde. C’est dans cette sainte maison qu’elles venoient s’unir par la foi et par la charité plus étroitement qu'elles n’étoieut unies par le sang et par la nature , ralfcriuir par leurs vœux la paix quand elle étoit chancclaute , attirer les lumières de Dieu sur le roi , et ses bénédictions sur le royaume.
Vierges de Jésus -Christ qui m’entendez, rappelez ces jours heureux en votre mémoire. Le zele que vous avez pour votre époux vous faisoit voir avec plaisir ces majestés humiliées en sa présence ; et l'ardeur de leurs oraisons vous servit souvent de motif pour renouveler la ferveur des vôtres. Vous vites ces maîtresses du monde vivre parmi vous comme vous qui l’avez quitté , chanter les cautiques du Seigneur, se mêler daus vos exercices de pénitence , faire daus ce désert un saerilice des plaisirs et des joies du siècle, et répandre leurs cœurs devant Dieu, ces cœurs qui l’aimerent pendant leur vie , et que vous voyez ici desséchés et consumés
DE MAIUE-TH. D’AUTRICHE. 147 moins par la mort que par les désirs et l’impatience qu'ils ont d’être ranimés pour l'aimer éternellement.
Ne croyez pas qu’il entrât ni ostentation , ni raison humaine, dausla religion de cette princesse. Elle se proposa non pas de servir de spectacle au peuple, ou de se faire d’abord une réputation de piété par ces dévotions extérieures qui sont ordinaires à sa nation , et qui ne s’établissent que trop dans la nôtre; mais d’aimer Dieu dans la simplicité de son cœur, d’accomplir ses devoirs, et de donner de bons exemples. Un air de sagesse et de vérité répandu dans tontes les actions de sa vie marquoit la pureté de scs intentions. La modestie de son visage répondoit de la sincérité et de la bonté de son cœur ; et sa persévérance dans la piété faisoit voir qu’elle étoit fondée sur la charité et snr la grâce de Jésus- Christ , et non pas sur les jugements et sur l’approbation des bout nés.
Ce n’est pas qu’elle ne se crût redevable aux hommes. C’est à tous les chrétiens que Jésus-Christ a commandé dans son évangile de faire des fruits de pénitence et de justice , alin de s’édifier les uns les autres par les bonnes œnvres qu’ils font, et de s’exciter à glorifier le pere céleste (1) , qui leur donne la force et la volonté de les faire. Mais ce commandement regarde sur-tout les rois de la terre : ils sont plus élevés , et leurs actions sont plus remarquables ; ils ont plus d’autorité, et leurs
(1) Ut vidraut opéra vestra bona , et glorificcnt patrrm,ctc. Mvtth. 5.
i4 S O RAISON FUNEBRE exemples sont plus efficaces ; ils tirent leur grandeur de Dieu , et ils doivent servir à sa gloire.
Telle fut la reine dans tout le cours de sa vie. Dieu l’avoit élevée sur le trône , afin qu’elle honorât sa religion ; unie au plus grand roi du inonde , afin que sa vertu fût plus regardée ; établie dans un royaume ou lu communication plus libre des rois avec leurs sujets fait qu'on perd moins de leurs bons exemples. Elle suivit sa vocation ; et jamais vie ne fut plus pure , plus régulière, plus uniforme , plus approuvée. Est-il échappé quelque indiscrétion à sa jeunesse ? Sa beauté n’a-t-elle pas toujours été sous la garde de la plus scrupuleuse vertu ? A-t-elle aimé qu'on la louât contre la vérité , ou qu’on la divertit aux dépens delà charité chréticnne?Aquellcespece de ses devoirs publics ou particuliers do religion ou domestiques a-t-elle manqué ? Quelle liberté s’estelle donné qui pût, je ne dis pas mériter une censure , mais souffrir une mauvaise interprétation?
La crainte de Dieu régloit toutes ses actions , et la médisance n’eut jamais ni le sujet ni le courage d’en parler: Timcbat dominant ■valde , nec crat qui loquerelur de ca verbum malum (i). Louange que l’écriture donne â Judith , plus grande encore en ce temps ou il y a si peu de réputations innocentes et irréprochables , et â la cour où la malice ne pardonne rien à la foiblesse , et où l'innocence même se sauve difficilement des soupçons et des mauvais bruits.
La Providence se servit d’elle pour donner aux
(i) Judith , 8.
DE MARIE-TH. DAL’TRICHE. i4y tins l’envie de leur perfection, pour ôter aux autres les prétextes de leur négligence. Combien d’ames timides a-t-elle encouragées par sa profession publique de dévotion , et par les marques visibles de la miséricorde de Dieu sur elle ! Combien de fausses vertus a-t-elle redressées par les réglés qu’elle prescrivit à la sienne ! Combien de désordres a-t-elle arrêtés , moins par la force de ses corrections que par la persuasion de son exemple !
Il est vrai que tout le poids de l’autorité , et toute la grandeur de l’état, est en la personne des rois ; mais on peut dire que la discipline des mœurs , et lesuccès de la piété dans la cour, est en la personne des reines. C’est autour d’elles que se range et que se réunit ordinairement tout l’esprit du siecle , le désir de plaire , l'envie de parvenir, le plaisir de voir et d’être vu. C’est là que se forgent ces traits de feu , selon les termes de l’apôtre ( i ) , dont l’ennemi se sert pour allumer les passions dans ces âmes vaines qui sont les idoles du monde , et dont le monde lui-même est l’idole. C’est là que s’apprennent tons les usages du luxe, de la vanité, de l’ambition, et de la délicatesse ; qucse forment ces passions qui font mouvoir toutes les antres, et qne,par un commerce fatal au salut des âmes , les uns se font un art de séduire , et les autres une gloire d’être séduits. Comme le vice est coutagieux , il se répand de là dans les régions inférieures des royaumes : on se fait des modèles de ces dérèglements de mœurs ; et, par une suite funeste, mais naturelle, les péchés
(i) Tela nequissimi ignea. F.ra. 6.
i 5o ORAISON V U N E R K E
mêmes des grands deviennent les modes des peuples et la corruption delà cour s'établit enlin comme politesse dans les provinces.
■lusqu'où vont ces excès, quand une princesse mondaine les entretient on les autorise ! Qui ne sait que l’esprit du siecle est un poison qui s’enflamme et se dilate par de tels exemples i1 Et quelle espérance de salut peut-on avoir dans un lieu qui devient le centre de la vanité , le règne des mauvais désirs , le séjour des tentations, et le pays de l'idolâtrie
La reine , messieurs, sanctifia sa cour en se sanctifiant elle-même. Pour être appelé auprès d’elle , il ne suflisoit pas de la suivre , il falloit aussi l’imiter dans ses pratiques de piété. La sagesse et l’ordre y régnoient par-tout ; la pudeur y étoit plus estimée que la beauté ; et la vertu y trouvoit plus decrédit que la fortune. Méditer les sacrés mystères , assister au saint sacrifice , écouter la parole de Dieu, réciter les prières de l’Église; c’étoient les occupations de chaque journée. La visite extraordinaire d'un hôpital dans des nécessités pressantes , un voyage de dévotion pour honorer la lête d’un saint , une retraite dans un monastère pour y faire une revue de sa conscience; c’étoient les affaires que sa religion etsa charité luifaisoient regarder comme importantes. Ceux qui, par leurs rangs ou par leurs devoirs avoienl l’honneur de l'approcher, étoient touchés de ces bons exemples ; et le peuple qui la voyoit dans ses dévotions , et dans quelles dévotions ne la vit-on pas ! l'admiroit , labénissoit , et l' i mi toi t.
Ne vous figurez pas pourtant , messieurs , que
DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. i5i cette reine , quoique tout occupée deson salut , n’ait point en de part aux évènements et aux affaires du siecle. Elle v a eu toute celle que la. Providence lui aroit desti née. Je ne parle pas de ces soins et de ces craintes cruelles qui firent si souvent portera soncceur le poids de tant de difficiles entreprises. Je ne parle pas de cette régence qui, dans son peu de durée, ne laissa pas de faire voir les lumières qu elle recevoit de Dieu , et la confiance que le roi son époux avoit en elle. Je parle de cette piété qui fut la source des prospérités constantes et souvent meme inespérées de ce rovanme. Je ne crains point de diminuer la grandeur des actions du roi : ce prince veut bien partager sa gloire avec la reine , et joindre ce que le ciel a fait par lui à ce que le ciel fit pouT elle. S’il méditoit en secret ces grands et impénétrables desseins, la reine invoquoit cette sagesse éternelle qui préside au conseil des rois. Si la victoire voloit devant lui, les vœux de la reine avoient volé devant la victoire. S’il marclioit au milieu des hivers, l’oraison de cette princesse pénétroit les nues pour lui préparer les saisons. S’il combattoit les ennemis, elle levoit ses mains innocentes vers le ciel ; et nos armées s'échanffoient plus de l’ardeur de sa priere que de la chaleur du combat. S il s’exposoit luimême aux périls; anges de Dieu, députés à la garde du roi et à la sienne, combien de fois vous conjurat-elle d'accourir, de veiller, et de lui conserver une tète si cbere et si précieuse !
C’est ainsi que s’accoinplissoient les desseins île Dieu et sur le roi et sur la reine , et que se veri-
*Aa ORAISON FUNEBRE tioient ces oracles de l’écriture : « (i) Que la fcmm« « vertueuse est la récompense de l'homme de bien.; « qu’elle attire grâce sur grâce su-r sa famille, et « qu’elle est la couronne de son époux ». Les ordres du Seigneur dont cette reine étoit chargée furent les fondements de sa grandeur; et les commandements du Seigneur qu’elle avoit gravés dans son cœur furent les réglés de sa piété. C’est cë qui me reste à vous faire voir.
SECONDE PARTIE
Quoique la piété ait ses réglés et ses principes , et que , selon l'apôtre (2) , lecultequ’on rend à Dieu doive toujours être raisonnable, on peut dire qu’il y a parmi les hommes peu de dévotions sages et bien conduites. Les uns, sous les dehors de la vertu, cachant les désirs et les affections du siecle, donnent les œuvres à la religion, et gardent le cœur pour le monde. Les autres vivant , selon leur esprit, dans une excessive sévérité ou dans une molle indulgence , se font une dévotion d’humeur et de naturel , et , se rendant eux-mêmes leurs propres guides, veulent servir Dieu comme il leur plaît, et non pas comme il leur ordonne. Plusieurs quittent leurs devoirs essentiels pour des nouveautés superstitieuses, et mettent à la place des commandements de Dien les méthodes et les traditions des hommes.
La reine s’est sauvée de ces défauts, messieurs;
(1) Eccr. c. 26. I’nor.c. la. — (a) Rationabile ohscquium veslrum. Rom. 12.
DE AlARIE-TH. D’AL I ÎUCHE. i53 et nous avons vu dans sa conduite une dévotion solide, et selon les réglés; cherchant les connoissances nécessaires , et fuyant une vaine et dangereuse curiosité ; donnant à l’édification du prochain ce qu’elle devoit à l’exemple ; donnant à sa propre sanctification ce qu’elle devoit à sa conscience, se mettant au-dessns de la coutume quand elle étoit contraire à la loi; ne trouvant rien de petit dans la religion, ni rien de difficile pour sou salut ; attachée à tous ses devoirs, comme si elle n’en eût eu qu'un seul à remplir; humble sans bassesse, simple sans superstition, exacte sans scrupule, sublime sans présomption , animée enfin de l’esprit de Dieu , établie sur ses vérités, et réglée par ses préceptes.
Comme tons ces préceptes se réduisent à aimer Dieu et le prochain ; que c’est à ces deux points que se rapportent toute la loi et toute la discipline des prophètes, et que tontes les bonnes œuvres, selon l'expression de saint Augustin (i), sont l’ouvrage de la seule charité, parceque c’est d’elle que naissent les pensées pures, les bons désirs et les actions saintes, et que toutes les vertus chrétiennes sont ou les fruits ou les offices de celles-là ; voyons , messieurs , quel fut sur ce principe l’esprit et la piété de la reine.
Une parfaite docilité d'esprit et de cœur, un desir sincere de sa perfection et de son salut ; une intention générale d'ob; ir et de plaire à Dieu ; c'étoit là le fond de son ame. On exhorte les autres à faire le bien ; il suffisoit de le proposer à cette princesse.
(r) Acc. in l's. 29 .
vous nous