‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 18 sur 58 · ORAISON F U N E R R F · texte numérisé non relu

ORAISON F U N E R R F

Vous nous attirez par vos promesses; faites craindre vos j ugements , inorrDieti. C’étoit assez de lui faire connoîtrc vos volontés; et ce que nous faisons par obligation et avec peine, elle le faisoit par son inclination et par votre amour.

Nous l'avons vne , sur tin simple avertissement , pratiquer à la rigueur toute l’austérité des jeûnes et des abstinences, et se priver de certains adoucissements que les privilèges et les coutumes de son pays lui avoient fait regarder comme permis, et que la flatterie lui avoit même conseillés connue nécessaires. Elle reçut tous les avis qu’on lui donna pour son salut connue autant de lois qu’on lui imposoit , persuadée que tout chrétien doit obéir à la vérité, et chercher toujours avec .lésus-Christ ce qui est plus agréable à son pere. Quœ placila surit i/li fuci o semper ( 1 ).

De là venoit cette délicatesse de conscience qui lui faisoit peser toutes ses actions au poids du sanctuaire : de là ces fréquentes et soigneuses recherches , jusque dans les replis les plus secrets de son aine, pour y découvrir les moindres désirs que l’esprit du siecle et l’amour-propre y pouvoient cacher: de là ces saiutcs joies ou ces tristesses salutaires qu’on a si souvent remarquées sur son visage à la fin de ses oraisons et de ses retraites , selon le plus ou le. moins de progrès qu’ellecroyoit avoir fait dans les voies de Dieu : de là ces confessions réitérées , qui marquoient que dans son cœur contrit et humilie elle sentoit le poids des fautes même les plus par'

(1) Joan. 8.

DE MARIF.-TH. D'AUTRICHE. i55

donnablesetlespluslégeres ; de là venoitenfin cette louable impatience de remplir tous les devoirs de son état, et d’étendre sa charité au-delà même de ses devoirs.

Ames tiedes, qui ménagez votre timide et avare piété, et qui croyez avoir toujours assez fait pour votre salut ; aines lâches, à qui le péché pese moins que la pénitence , venez ici vous confondre : ou plutôt , âmes pures qui portez le joug du Seigneur , et qui marchez dauslesseutiersde ses commandements et de ses conseils , venez vous exciter ici par les exemples d’une reine.

Une vue intérieure de Dieu lui ôtoit tout le goût des plaisirs du siecle. La ligure du monde, dont parle l’apôtre (i) , passoit devant ses yeux saus s’y arrêter ; et dans ses divertissements mêmes il y avoit non seulement de la dignité , mais encore du christianisme. Au milieu des jeux et des assemblées où l ame se dissipe et s’évapore ordinairement , la sieunese recueilloit en elle même ; et tant d'objets de vanité qui se répandent autour des trônes étoieut des sujets de réflexions pour sa piété, et non pas des sources de distractions pour ses prières.

Avec quel empressement alloit-elle en effacer jusqu’aux moindres idées dans le fond de son oratoire , et présenter à Jésus-Christ un cœur tout fait pour l'adorer et pour le bénir ! C’est là qu’elle portoit sa rcconnoissance et sa joie pour les assurances de la paix , pour les bons succès de la guerre. C’est là qu elle répandoit ses larmes et sa tendresse , soit

(i) i Cor. 7, 3i.

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dans la perte de ses enfants, que le ciel lui donna pour accomplir scs désirs , et lui ôta pour éprouver sa résignation; soit dans l’absence du roi, lorsque l’ardeur de son courage et les besoins de l’état l’engageoient à ces expéditions militaires où il achetoit par ses propres périls sa réputation et sa gloire; .soit dans ces inquiétudes et dans ces peines sécrétés jqne la providence de Dieu, ponr le salut de ses lélus , mêle souvent aux grandes fortunes.

Mais ne sondons pas ce qui sepaseoit entre Dieu et clic. Les gémissements de la colombe doivent être laissés à la solitudeel au silence , à qniellclcsa confiés. Il y a des croix dont le sort est de demeurer cachées à l’ombre de celle de Jésus-Christ ; et il suffit de dire à la gloire de celte princesse , que tout servit à son salut, et qüclc pere des miséricordes , et le Dieu de toute consolation, qu’elle aima toujours également, là soutint et dans les douceurs et dans les amertumes de la vie.

Aussi rien ne la toucha jamais si sensiblement que l’intérêt de sa religion. Quelle mission y a-t-il eu qu’elle n’ait on assistée de son crédit ,ou entretenue par ses bienfaits ! Qnelles conversions a-t-elle apprises, dont elle n’ait eu la même joie que les anges en ont dans le ciel , selon la parole de l’évangile(i) ! Dés qu’on ouït gronder l’orage qui vient de fondre sur l’Empirect sur la Hongrie, n’ajouta-t-elle pas à scs dévotions ordinaires une heure d’oraison par jour? Ne dit-elle pas plusieurs fois: «Qu’étant « chrétienne sur toutes choses, elle craignoit encore

(i) Luc. 1 5.

DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. i57 » plus pour sa religion que pour sa maison? » Et peut-être que ce coup du ciel qui vient de dissiper ce gros nuage, et d’arracher la couronne des empereurs des mains presque des infidèles, est un effet des intercessions de cette princesse.

Ce zele qu’elle avoil pour la foi de Jésus-Christ luifaisoit admirer tout ce que le roi fait pour elle. C’étoit là comme le centre de ce** vive et constante tendresse qu’elle nourrissoit ui danssoncœur. Qu’il étoit grand, et qu’il lui paroissoit aimable , quand parla sévérité de ses lois il arrêtoit la licence et l’impiété ; quand , à l’exemple de ces prinees religieux dont le Saint-Esprit a fait l’éloge dans l’écriture, il abattoit les hauteurs, je veux dire les temples que l’hérésie avoit élevés sur les débris de nos autels ; quand il rétablissoit le mite de Dieu dans scs conquêtes, et que , marchjnt ,r ces remparts qu’il veuoit de foudroyer, il allo*t lui offrir pour preinierhommage, an pied de ses autels renouvelés , les lauriers qu’il avoit cueillis! Quel étoit le cœur de la reine en ees occasions , où l’intérêt de l’Église étoit joint à celui de l’état , et où l’amour de Dieu et l’amour du roi n’étoient presque qu’une même chose ?

Que ne puis-je vous la représenter dans les pratiques du christianisme ! Quel spectacle plus édifiant que de la voir dans les églises , et très souvent dans sa paroisse , plus remarquable encore par sa vertu que par sa suite, se mêlant aux plus simples hrebis pour entendre la voix du pasteur, et ne se distinguant de la foule que par son humilité, son recueillement , et son application à la priere ?

i 5S ORAISON FUNEBRE

Suspendez pour uu temps votre douleur, lidele» ft désolés domestiques de cette princesse , et rendez ici témoignage à la vérité. Dés qu’elle entroit dans la maison de Dieu, n’oublioit-elle pas qu’elle étoit reine ? L'avez-vous vue distraire sa foi par un regard curieux, ou par une parole indiscrète? Dans les plus rudes liivers , au milieu des étésbrùlants , vous êtes-vous jamais appercus de quelque relâchement , ou de quelque impatience dans la longueur de ses oraisons? Ne fut-elle pas eu tout temps également attentive , immobile, anéantie eu elle-même? Combien de fois la vîtes-vous ramener les courtisans à l’exercice de leur foi par les marques qu’elle donnoit de la sienne , inspirer des sentiments de religion aux âmes les plus déréglées, et les retenir dans le silence et dans le devoir, moins parle respect de sa dignité que par l'exemple de sa modestie?

Les événements d’une régence tumultueuse , la va • leur d'un héros, unesuitedeguerresetde victoires , des vertus brillantes et presque mondaines , frapperoieut peut-être davantage vos esprits: mais je ne viens pas vous surprendre par des actions extraordinaires; jeviensvous édifierpardes vertus qui, tontes communes qu’elles paraissent, ne laissent pas d’être héroïques.

Avec quelle soumission écoutoit-elle la parole de Dieu ! On lisoit dans son cœur l’impression qu elle vfaisoit,et le fruit qu’elle y devoit faire: pourvu que .lésus-Christ fût annoncé, et que son ame fût nourrie, elle demeurait satisfaite. Dans nos sermons, mes frères, elle clicrclioit scs défauts, elle nous pardonnoit les nôtres; et pour toucher nos

DE MARIE-TH. D'AUTRICHE. t ây jiditeurs , avouons-le, sa présence fut quelquefois plus efficace que nos paroles.

Quel respect enfin n’avoit-elle pas pour tout ce qui regarde Jésus-Christ, pour ses saints, pour ses autels, pour le chef visible de son Église, pour ses prêtres ! prêtres que les gens du monde n estiment ordinairement que par leur qualité, ou par les revenus de leurs bénéfices, et que les grands regardent quelquefois comme les moins importants et les motus utiles de leurs domestiques , avilissant ainsi le sacerdoce de Jésus-Christ, et passant insensiblement du peu d'estime pour les ministres au peu de respect pour le ministère.

C'étoit de leurs mains qu'elle recevoit le corps et le sang du Cils de Dieu: voilà la source de son respect. Comme c’est de cette nourriture céleste que l’ame chrétienne tire sa force , sa consolation et sa charité, la reine se disposoit à profiter de ces avantages. Quoiqu’elle approchât souvent des autels, c'étoit religion , et non pas coutume. Elle communiait avec autant de pureté que si elle eût communié tous les jours; avec autant de préparation que si elle n’eût communié qu’une fois l’année. Cette familiarité , pour ainsi dire , des sacrés mystères ne faisoit que la rendre plus respectueuse et pins circonspecte ; et l’usage fréquent qu’elle en faisoit, toujours humble et toujours tremblante, ne diminuoit pas sa ferveur, et redoubloit sa reconnoissance. Elle s’éprouvoit, elle se corrigcoit, elle vcilloit sur elle-même, à l’imitation de cette merveilleuse femme dont parle l’écriture : « Elle visi- « toit tous les endroits de sa maison , et ne mangeoit

if.o ORAISON FUNEBRE

« pas son pain dans l'oisiveté (i); » travaillant tantôt à humilier sa grandeur par des abaissements volontaires, tantôt à soumettre sa volonté à des complaisances difficiles , souvent à réprimer par sa patience ses vivacités naturelles , et toujours à secourir le prochain dans ses nécessités et dans ses peines.

C’est ici, messieurs, que s'ouvre une matière nouvelle à mou discours , et que j’ai besoin que l'esprit de Dieu, dans le peu de temps qni me reste, éleve mon esprit et ma voix pour louer les miséricordes qu’il a faites, et celles qu’il a inspirées à cette priucesse. Deux choses endurcissent ordinairement le cœur des riches et des puissants du siecle à l’égard des pauvres; l’orgueil de la condition, et la délicatesse de la personne. Comme ils sont vains, ils ont peine à descendre à des ministères qui sont honnêtes, mais qni ne parcissent pas honorables; et, comme ils sont à couvert de la plupart des misères humaines, ils ont moins de pitié de ceux qui les souffrent. Cependant l’écriture leur ordonne d'humilier leurs âmes devant le pauvre, et d’être touchés dans le coeur de sa pauvreté et de ses peines.

C’étoit là, messieurs, le caractère de 4a reine. Ces dédains , ces dégoûts , que le respect assidu des grands et l'abaissement des petits ne produisent que trop souvent dans l’ame des princes, ne rebutèrent jamais le malheureux ni l’indigent , lorsqu’il implora son secours. Tout ce qui lui représentât

( i ) Considcravit semitas domùs eux , et panem otios» uon comedit. l'aov. 3i-

DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. tôt Jésus-Christ souffrant fut l’objet de sa compassion et de son estime , et sa charité n’ent d’autres bornes que celles que Dieu avoit données à son pouvoir ou à ses désirs. Retraites sombres où la honte renferme la pauvreté, combien de fois a-t-elle fait couler jusqu’à vous ses consolations et ses aumônes, inquiété de vos besoins et de vos chagrins , et plus soigneuse de cacher ses charités , que vous ne l’étiez de cacher votre rnisere ! Monastères qui n’avez que la croix de Jésus-Christ pour possession et pour héritage , combien de fois vous fit-elle voir que vous pouviez mettre en lui votre confiance, et que rien ne manque à ceux qui le craignent ! Combien de troupes de malades assista-t-elle! Combien de jeunes filles fitelle élever dans des communautés de vierges chrétiennes ! Combien de communautés même fit-elle subsister par ses pensions et par ses bienfaits ! Qui pourroit raconter ici tout ce que nous avons connu de sa charité, et découvrir tout ce que son humilité nous en a caché ?

Mais qu’est-il besoin de lever le voile qu'elle a jeté sur ces actions ? Voyo ts-la dans ces hôpitaux où elle pratiquoit ses miséricordes publiques, dans ces lieux où se ramassent toutes les infirmités et tous les accidents de la vie humaine, où les gémissements et les plaintes de ceux qui souffrent remplissent l'ame d une tristesse importune, où l’odeur qui s’exhale de tant de corps languissants porte dans le cœur de ceux qui les servent le dégoût et la défaillance, où l'on voit la douleur et la pauvreté exercer à l'envi leur funeste empire , et où l'image de la rnisere et de la mort entre presque par tocs

ida O RAISON FUNEBRE les sens : c’est là que s’élevant au-dessus des craintes et des délicatesses de la nature, pour satisfaire à sa charité, au péril de sa santé même, on la vit toutes les semaines essuyer les larmes de celui-ci, pourvoir aux besoins de celui-là , procurer aux uns des reinedes et des adoucissements à leurs maux, aux autres des consolations de l’esprit, et des secours pour la conscience.

Compagnes fidèles de sa piété, qui la pleurez aujourd'hui, vous la suiviez quand elle marchoit dans celte pompe chrétienne : plus grande dans ce dépouillement de sa grandeur, et plus glorieuse, lorsqu’entre deux rangs de pauvres, de malades ou de mourants, elle participoit à l’humilité et à la patience de Jésus-Christ, que lorsqn’eutre deux haies de troupes victorieuses , dans un char brillant et pompeux, elle prenoit part à la gloire et aux triomphes de son époux.

Admirez, femmes riches, et tremblez, dit le prophète (i ) , vous qui , par des dépenses folles et excessives, contraignez vos maris à chercher dans l’oppression des pauvres de quoi fournira vos vanités et à votre luxe ; vous qui frémissez à la vue d’un hôpital ; qui faites servir votre délicatesse de prétexte à votre dureté; et qui , bien loin de soulager les maux de tant de personnes affligées, affectez do les ignorer.

Mais ce qui couronne la vie de cette princesse, c’est quelle fut toujours égale: mêmes vertus,

(i) Obstupesritc, npulentæ, et contuibamini. Isa. 3a , ii.

DE MARIE TH. D'AUTRICHE. i<i3 mêmes retraites , mêmes prières , même usage des sacrements, mêmes principes, mêmes réglés. La grâce l’excitant, la grâce la soutenant, elle demeuroit eu Jésns- Clirist, et Jésus -Christ demeuroit en elle. Comme sa foi ne fnt pas feinte, sa persévérance ne lui fut point ennuyeuse, et sa ferveur se renouvela par tout ce qui devoit, ce semble , la ralentir. Occupations, divertissements, devoirs publics, nécessités et servitudes de la rovauté, rien ne put lui faire perdre la suite de ses oraisons. Elle savoit racheter le temps , selon le conseil de l’apôtre (i), et reprendre sur sou sommeil les heures qu’on avoit dérobées à sa retraite. Où trouvoit-elle du repos dans les fatigues des voyages , sinon dans les cloîtres , au pied des autels? Et qui de nous ne l’a pas vue se délasser dans ses exercices de piété , et ménager si bien son temps, que, sans retarder les desteins du roi, et sans rien omettre de ses dévotions, elle avoit tonte la complaisance qu’une femme doit à son époux, et toute la fidélité qu’une chrétienne doit à Dieu ?

Telle fut, durant le temps qu’elle vécut , la foi persévérante de la reine. Vous l’avez dit , mon Dieu : « ( i ) Qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera « sauvé ; >. et vous 1 avez fait , en donnant votre couronne et votre salut à cette princesse prédestinée. Vous l’avez prise au milieu de ses satisfactions, de «on bonheur et de sa joie; et vous avez pourtant trouvé son cœur occupé de vous. Vous l’avez enlevée par un accident imprévu ; nous adorons vos

(i) Epiits. 5. Coi.oss. 4- — (a) Matth.

i64 ORAISON FUNEBKE jugements, et nous rccounoissons vos miséricordes : la confiance qu’elle avoit en vous ne devoit être affaiblie par aucune crainte, et l’innocence de sa vie valoit bien la pénitence des mourants.

La reine avoit passé ses jours avec la mêmeatteution à son salut qu’on a d'ordinaire à sa derniere heure. Hostie vivante de Jésus -Christ , elle avoit dressé de ses propres raaius le bûcher où elle devoit consommer son sacrifice; et il étoit juste de lui épargner les horreurs de la mort en récompense de sa bonne vie.

Pour nous , Seigneur, qui violoussi souvent votre sainte loi , faites-nous sentir que nous mourons longtemps avant que de mourir. Qu’un prophète nous vienne dire de votre part : « (i) Mettez ordre à votre « maison; car votre heure derniere approche. » Jlcnez-nous pas à pas à la mort; et, pour expier nos péchés, faites durer notre sacrifice. Que notre aine ait le temps de se purifier par la tribulation et par la patience d'une maladie ; et que l’image de la mort et la crainte de vos jugements venant à remuer nos cœurs excitent en nous la ferveur de la pénitence.

Que lui rcstoit-il, messieurs, à demander an ciel , ou à desirer sur la terre ? Elle voyoit le roi au comble des prospérités humaines, aimé des uns, craint des autres, estimé de tons, pouvant tourte qu’il veut , et ne voulant que ce qu’il doit , au-dessus de tous par sa gloire , et par sa modération audessus de sa gloire même.

Elle voyoit en vous , monseigneur, tous ses vœux

(i) Isaias, 38 , I.

DE MARIE-TH. D’AUTRICHE. i65 accomplis. Ce caractère de grandeur et de bonté , de modération et de courage, de justice et de religion ; ce respect que le roi vous inspira toujours pour elle, cette soumission qu’elle vous inspira toujours pour le roi ; ces vertus de tous les deux nuies ensemble, qui vous font regarder comme l’image de l’un et de l'autre ; cette union si pure et si tendre avec cette auguste princesse que le ciel semble nous avoir donnée pour recueillir le double esprit de la reine, et pour nous représenter sa grandeur et sa piété ; ces bénédictions que Dieu a répandues et qu’il va répandre encore sur votre auguste mariage , furent des sources de joie et de consolation pour elle. Que son cœur fut touché, lorsqu’elle vous vit dans ces camps où votre intelligence , votre activité, votre application, vous tenant lieu d'expérience, vous pratiquiez les réglés du commandement sans avoir presque besoin de les apprendre, prêt à recevoir les ordres du roi et à les donner à ses armées; capable de faire exécuter ses grands desseins et de suivre ses grands exemples ; fait pour obéir à lui seul et pour commander au reste du monde ! Dieu voulut que ce fût là sa dernière joie ; heureuse d’avoir vu jusqu’où peut aller votre gloire, sans être exposée à ces craintes que pouvoit lui donner un jour votre grand courage.

Que pouvoit-elle espérer après sa mort? la surprise et l'effroi, puis les regrets et la douleur des peuples ; les monuments dressés à sa gloire, les prières et les sacrifices offerts pour elle , les larmes des pauvres répaudues , les témoignages rendus à sa vertu par la voix publique, ses bonnes œuvres

ibo ORAISON FUNEBRE annoncées pour l’édification des lîdeles ; tout releve, tout bénit sa mémoire. Vous-même, grand roi, unique objet de son respect et de sa tendresse, auguste témoin de sa vertueuse et sage conduite , vous l’avez aimée, vous l'avez pleurée, vous l’avez louée : vous l'avez dit: « .le u'ai jamais reçu de chagrin d’elle « <[ue celui de l'avoir perdue; >> et si parmi les joies du ciel il reste encore aux saintes aines quelques sentiments pour les consolations de ce monde , elle est touchée de celle-ci; et il me semble que je vois ce cœur, tout insensible qu'il est, se réveiller et s’attendrir à cette parole.

Mais les honneurs dont elle a joui , et ceux qu’on rend à sa mémoire sont d'inutiles et foihles secours : ce qui seul peut nous consoler dans la mort soudaine de cette princesse, c’est l'assurance de son salut. C’est aussi ce qui doit nous instruire, messieurs , et nous faire prévoir nos dangers. Après un reste de malheureux jours, « une nuit vient, dit le Fils de Dieu, où personne ne peut travailler. » y enit nox r/iiandô nemo polcsl operari (i). Un aveuglement volontaire, qu’on s’est fait durant le cours de plusieurs années par la négligence de ses devoirs , forme enfin des téuehres impénétrables. On est surpris d’une maladie dont on craint trop ou dont on ne craint pas assez les progrès. Ou ne voit ni l’importance du passé ni les conséquences do l’avenir. On a commis le péché sans crainte, on. reçoit les sacrements sans réflexion. Ou sc flatte de vaines espérances de guérison , ou l’on est flatté do

(l) JOAN. ().

DE MAIUE-TH. D’AUTRICHE. ifi:

vaines espérances de salut, et l'on est mort avant qu’on ait appereu qu’on pouvoit mourir.

Quand il luiroit quelque rayon de connoissance , les puissances de l’ame se trouvent ou liées par la douleur, ou usées par l'habitude. Ou se repaît des vains projets d’une conversion imaginaire, ou d’une confiance présomptueuse en la miséricorde divine ; et, dans ces malheureux moments où 1 on ne peut ni pratiquer les vertus ni vaincre les vices, on tombe entre les mains de la justice de Dieu , avec le désespoir de ne pouvoir y satisfaire.

Fasse le ciel, messieurs, que nous prévenions ces dangers; et que si nous n'avons pas , comme la reine , les mérites d’une vie pure et innocente, nous ayions au moins les précautions de la pénitence , afin d’obtenir, par le mérite du sang de Jésus-Christ, la gloire qu’elle possédé, et que je vous souhaite.

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