CH EVAT. 1ER, CHANCELIER DE FRANCE
prononcée clans l’église de l’hôtel royal des Invalides, le 29 mai 1686.
U s q u s In scnectutem permansit ci virtus , ut asccnderet in excelsuin terras locum ; et semeu ipsius obtinuit hæreditatem , ut vidèrent omues filii Israël quia bonum est obsequi sancto Deo.
Sa vertu s’est soutenue jusqu’à sa vieillesse ; elle la fait monter aux lieux élevés de la terre : sa postérité a recueilli son héritage, alin que les enfants d’Israël conuoisscut qu’il est bon d’obéir au Dieu saint.
Au livre de l’Ecclésiastique, c. 4Ô.
A quel dessein , messieurs , êtes-vous assemblés ici , et quelle idée avez-vous de mon ministère ? Viens-je vous éblouir de l’éclat des honneurs et des dignités de la terre, et venez-vous interrompre ici l'attention que vous devez aux saints mystères, pour nourrir votre esprit du récit spécieux d’une félicité mondaine? Attendez-vous qu’au lieu d’exciter votre piété par des instructions salutaires, j’irrite votre ambition par de vaines représentations des prospérités de la vie ? Oserois-jc, à la vue de ce tombeau ,
OR. FUN. DE M. LETELL1ER. ifi9 fatal écueil des grandeurs humaines, à la face de ces autels, demeure sacrée de Jésus- Christ anéanti, louer les vanités du siecle, et, dans un jour de tristesse et de deuil, étaler à vos yeux l’image flatteuse des faveurs et des joies du monde !
Dans l’éloge que je fais aujourd’hui de très haut et puissant seigneur messire Michel le Tellier, ministre d’état, chevalier, chancelier de France , j’envisage , non pas sa fortune , mais sa vertu ; les services qu’il a rendus, non pas les places qu'il a remplies ; les dons qu’il a reçus du ciel, non pas les honneurs qu’on lui a rendus sur la terre ; en nn mot , les exemples que votre raison vous doit faire suivre , et non pas les grandeurs que votre orgueil ponrroit vous faire desirer.
Ce n’est pas, messienrs, que je veuille blâmer ici ces ministères honorables où la providence de Dieu l’avoit élevé, qui sont les fruits de la réputation et dn mérite. Je sais que son crédit n’a fait qu’autoriser sa probité ; que ses grands emplois ont servi de moyen et de matière à ses bonnes œuvres ; et que nous devons à ses dignités ce caractère singulier d’une vie simple dans sa sagesse, modeste dans sou élévation, tranquille dans l’embarras et le tumulte des affaires ; uniforme dans ses conditions différentes, toujours louable, toujours utile, et toujours, quelque bonheur qui l’accompagnât, plus heureux pour le public que pour lui-même.
Il est vrai que le ciel a rempli ses désirs , et qu'il a eu, pour ainsi dire, la destinée des patriarches: cette plénitude de jours qui consomme la prudence de l'homme juste ; celte suite de bons succès que le i . ni
ri. rentra.
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temps , et la fortune qui change tout, n’ont osé troubler ; ces richesses innocentes qui ont entretenu son honnête et frugale opulence; cet esprit qui, malgré le poids des années et des affaires, a conservé sa force et sa vigueur dans les ruines même du corps ; cette gloire qu’il a maintenue, et qu’il a vue renaître en ses enfants de génération en génération ; cette mort dans la paix et dans l'espérance du Seigneur, qu’il a regardée comme la fin de son travail et le terme de son pèlerinage.
Ce sont là les récompenses visibles de la vertu ; mais ce n’est pas la vertu même. Ce sont les bénédictions de l’ancienne loi, non pas les grâces de la nouvelle. Je m’arrête à cette vertu persévérante et continuée, suivant les paroles de mon texte, et je viens vous montrer par quels emplois le ciel nvoit préparé ce grand Homme, par quelles voies il l’a conduit, par quels secours il l'a soutenu dans les dignités éminentes , et recueillir en sa personne la fidélité d’un sujet, la sagesse d'un ministre d’état , la justice d’un chancelier, fasse l’esprit divin que la religion régné dans mon discours, et que les enfants de ce siecle apprennent aujourd'hui de moi la prudence des enfants de lumière.