‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 22 sur 58 · DE M. LE TELLIER · texte numérisé non relu

DE M. LE TELLIER

de merveilles ! Les affaires d'état, selon récriture (i ), «ont des mystères du conseil des rois : il a’y a que ceux qni entrent dans le sanctuaire qui puissent en savoir les secrets. On ne les voit pas en eux-mêmes ; mille voiles les dérobent à nos veux : on ne les voit que dans les mouvements qu’ils font, et dans les effets qu'ils produisent.

Rappelez donc en votre mémoire ces guerres si renommées dont il fut le directeur et le ministre ; cette paix fortunée dont il fut le solliciteur, et, pendant le traité, le dépositaire; ces conquêtes surprenantes dont il avoit été comme le prophète ; ces négociations avantageuses dont il fut et l’auteur et le condocteur par ses projets et par ses vnes : ajoutez à tous ces honneurs le témoignage d’un roi dont les paroles sont des oracles : « Que jamais homme snr toute « sorte d'affaires n’avoit été de meilleur conseil. »

Cependant, messieurs, a-t-ou vu dans sa conduite quelque apparence de vanité? S’est- il écarté de l'honnête simplicité de ses peres? A-t-il répandu en superfluités de festins ou de bâtiments ce qu’il trnoit des libéralités du roi , ou de sa prudente et modeste économie? A-t-il prodigué des trésors pour embellir ses maisons, et forcé la natnre et le. éléments pour orner ses solitudes? Qn’a-t-il cherché dans sa retraite de Chaville, que les pures délices de la campagne? Et quelles peines n’eut-on pas à lui persuader d'étendre un peu, en faveur de sa dignité , les limites de son patrimoine, et d’ajouter quelques

(i) Mysterium ronsilh soi. JirorrH,'*, ?..

iS4 ORAISON FUNEBRE politesses de l'art aux agréments rustiques de la nature?

De ce fonds de modération naissoit cette douceur et cette affabilité si nécessaire et si rare dans les grands emplois, où l’importunité des hommes, l'opiniàtreté du travail, et je ne sais quel esprit de domination , rendent l’humeur austere et chagrine. J 1 ’écoutoit avec patience, il accordoit avec bonté , et refusoit même avec grâce. Accessible, accueillant , honnête, sachant employer son temps, et quelquefois même le perdre pour compatir à des misérables, à qui il ne reste d'autre consolation que celle de redire ennuyeusement leur misero, il se communiquoit selon les besoins, et ne pouvoit souffrir ces hommes chargés des affaires du public et des particuliers , qui se renferment et se rendent comme invisibles, et se font de leurs cabinets comme un rempart à leur oisiveté ou à leurs plaisirs, contre les peines et les devoirs de leur ministère.

Mais quelle étoit cette douceur, quand elle se renfermoit dans l'enceinte de sa famille et dans les bornes d’une vie privée! Quel sage et noble repos 1 Quelle tendresse pour ses enfants ! Quelle union avec cette épouse lidele, qui, selon le langage du | Saint-Esprit , est la récompense de l'homme de bien ! 1 Quel le sensibilité et quelle constance pour ses amis 1 ! Qu il eût aimé à jouir en repos du fruit de ses tra- 1 vaux dans une heureuse vieillesse ! Il laissoit à l’état un fils dont il avoit formé l’esprit et le cœur; ils remplissoient les mêmes emplois avec les mêmes vertus ; et ils auroient été l’un et l'autre inimitables, si le pere n’eût eu le fils pour successeur, et si le fil»

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n'eût eu le pere pour exemple. Mais sa vertu devoit continuer jusqu’à la fin , et l'élever au premier trône de la justice , je veux dire à la charge de chancelier de l'rance. Ut ascenderet in excelsurn terrœ locum (i).

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