DK MADAME DE MONTAUSIER
avertissements qu’il falloit se préparer à la mort ? Ces derniers reiuedes que l'Eglise emploie pour le salut des fideles ne faisoient-ils pas voir l’extrémité de sa maladie ?
Le courage qu’elle témoignoit eu souffrant faisoit qu’on lui parloit hardiment de ses souffrances. Ceux-là même qui prenoient le plus de part à sa vie osoient lui annoncer sa mort. Cependant vîtes-vous changer son visage? ses yeux furent-ils jamais moins sereins? perdit-elle quelque chose de sa tranquillité ordinaire? sa voix fut-elle moins ferme jusqu’à la fin? Il est vrai qu elle n’en eut que pour Dieu dans ses derniers jours. L’interrogeoit-ou sur ses maux, lui faisoit-ondes questions plus nécessaires pour son soulagement que pour son salut ? elle étoit muette, elle étoit insensible. Lui parloit-on des dispositions à la mort? elle recueilloit dans son sein tout oe qui lui restoit de force et de sentiment, pour rendre raison des mouvements de son ante ; et , ne prenant plus aucune part au monde, elle ne parloit qu’à ceux à qui elle devoit répondre de sa résignation et de sa foi.
•Te n’aurois plus qu’à reprendre les paroles de mon texte, et à finir par où j’ai commeucé. Car que me reste-t-il avons dire , mesdames. "Vous représenterois-je des exemples? votre profession vous engage assez à une vie pénitente. Vous inarquerois-je la fragilité des grandeurs et des plaisirs du siecle? je vous ai déjà dit que vous y avez renoncé. Vous exhorterois-jc à modérer votre douleur? vous n'ètes pas de ces âmes paieunes, qui, n’ayant point d’espéance solide, n’ont point aussi de véritable consolation. Je chercherois peut-être dans les raisonnc-
Ft.p.cniER. i. 3
incnts des philosophes et dans la persuasion de la sagesse humaine ce qu'il faut trouver dans les pures sources de la vérité. Il faut que Jésns-Christ vous parle lui-même, comme il parloit autrefois à deux sœurs, illustres par leur piété, par leur retraite, par les fonctions de la charité qn’elles avoient exercées, et par une aflliclion pareille à la vôtre. 11 vous dira : Cette sœur que vous pleurez n’est pas morte ( i ). Tous ceux qui croient et vivent en moi ne mourront jamais. Vous l'avez, ce semble, perdue, au moins vous l’avez pleurée : cependant elle est vivante en moi, qui suis la résurrection et la vie. Ne le croyez-vous pas ainsi? Si je pénétré dans vos sentiments, si j'euteuds bien la voix de votre cœur, il me semble que chacune de vous , animée d’une foi vive et d’une espérance sincère, pense ce que pensoient ces filles affligées et soumises, et qu’elle répond ce qu’une d’elles répondit : Je le crois. Seigneur, je lo crois.
Four vous , chrétiens qui tenez encore au monde par vos passions , par vos désirs, par vos espérances , rentrez en vous-mêmes; reconnoissez les illusions et les tromperies du monde: que cette mort qui vous a touchés vous serve de disposition à la vôtre. Plût à Dieu que cette illustre morte pût encore vous exhorter elle-même ! Elle vous diroit : Ne pleurez pas sur moi ; Dieu m'a retirée par sa grâce des misères d’une vie mortelle : pleurez sur vous , qui vivez encore dans on siccle où l’on voit, où l’onsouffre et ou l’on fait tous les jours , beaucoup de mal :
(i) Jeaw, c. ii.
DE MADAME DE MONTAUSIER. 3g apprenez en moi la fragilité des grandeurs humaines. Qu'on vous couronne de fleurs, qu’on vous compose des guirlandes ; ces fleurs ne seront bonnes qu’à sécher sur votre tomhean : que votre nom soit écrit dans tons les ouvrages que la vanité de l’esprit veut rendre immortels ; que je vous plains s’il n’est pas écrit dans le livre de vie ! Que les rois de la terre vous honorent ; il vous importe seulement que Dieu vous reçoive dans ses tabernacles éternels. Que toutes les langues des hommes vous louent : malheur à vous , si vous ne louez Dieu dans le ciel avec ses anges ! Ne perdez pas ces moments de vie, qui peuvent vous valoir une éternité bienheureuse. Trois ans de langueur, trois ans de pénitence, ne sont pas donnés à tout le monde. Profitons de ces instructions ; bénissons Dieu avec elle , et tâchons de nous rendre dignes des grâces qu’il lui a faites , et de la gloire qu’il lui a donnée.