‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 5 sur 58 · DE MADAME · texte numérisé non relu

DE MADAME

MARIE DE WIGNEROD,

D U C H F. SSE d'a I G U I Ï.L0N , PAIR DE FRANCE;

prononcée en l’église «les Carmélites, à Paris, le 12 août 1675.

R e l i q u u m est... ut qui utuutur lioc mundo, tamquam uoii utantur: præterit euim figura hujus uiundi.

L importance est d'user de ce inonde comme si l'on n en usoit j»as: car la figure de ce monde passe.

Ep. 1 aux Corinthiens, c. 7.

u’attende i-yo ds de moi, messieurs ,et quel doit être aujourd'hui mon ministère? .le ne viens ni déguiser les faiblesses , niflatter les grandeurs humaines, ni donner à de fausses vertus de fausses louanges. Malheur à moi , si j’interrompois les sacrés mystères pourfaire un éloge profane , si je înêlois l'esprit da monde à une cérémonie de religion , et si j’attrihuois à la force ou à la prudence de la chair ce qui n’est dû qu'à la grâce de .lésus-Chrisf. •le cherche à vous édifier plutôt qu’à vous plaire. Je viens vous annonccravec 1 apôtre que tout Cnit , alin de vous ramener à Dieu qui ne finit point, et vous faire souvenir de la fatale nécessite de mourir,

OK. FUN. DE MAD. D'AIGUILLON. 41 pour vous inspirer une sainte résolution de bien vivre.

Les tristes dépouilles d’une illustre morte, les larmes de ceux qui la pleurent , des autels revêtus de deuil , un prêtre qui offre attentivement le sacrifice que l’Eglise appelle terrible, un prédicateur qui , sur le sujet d’une seule mort , va décrier la vanité de tous les mortels, tout cet appareil de funérailles vous a sans doute déjà touchés. A la vue de tant d’objets funèbres , la nature se trouve saisie ; un air triste et lugubre se répand sur tous les visages : soit horreur , soit compassion , soit foiblesse , tons les cœurs se sentent émus ; et chacun regrettantlamort d’autrui , et tremblant pour la sienne propre , reconnoitque le monde n’a rien de solide, rien de durable , et que ce n’est qu’une figure et une figure qui passe.

Oui, messieurs, les plus tendres amitiés finissent : les honneurs sont des titres spécieux que le temps efface; les plaisirs sont des amusements qui ne laissent qu’un long et funeste repentir ; les richesses nous sont enlevées par la violence des hommes , ou nous échappent par leur propre fragilité ; les grandeurs tombent d’elles-mêmes ; la gloire et la réputation se perdent enfin dans les abîmes d’un éternel oubli. Ainsi le torrent du monde s’écoule, quelque soin qn’ou prenne à le retenir. Tout est emporté par cette suite rapide de moments qui passent ; et par ces révolutions continuelles nous arrivons , souvent sans y avoir pensé , à ce point fatal où le temps finit et où l’éternité commence.

Heureuse donc l’ame chrcticnue , qui , suivant le

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