‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 44 sur 58 · HENRI DE LA TOUR-D'AUVERGNE, "VICOMTE DE TURENNE · texte numérisé non relu

HENRI DE LA TOUR-D'AUVERGNE, "VICOMTE DE TURENNE

Par MASCARON

EXTRAIT de* l’Essai sur les éloges, par Thomas.

« iM ascahon fut dans le genre des oraisons fuue- « bres ce que Kotrou fut pour le théâtre. Rotrou « annonça Corneille , et Mascaron, Bossuet. Ou peut « dire que cet orateur marque dans l'éloquence le pas- « sage du siecle de Louis XIII à celui de Louis XLV. « Il a encore de la rudesse et du mauvais goût de « L’un; il a déjà de l’harmonie, de la magnificence « de style, et de la richesse, de l’autre. Sa maniéré ■ tient à celle des deux hommes célébrés qui, en le « suivant, l’ont effacé. 11 semble qu'il s’essaie à la « vigueur de Bossuet et aux détails heureux de Blcu chier; mais, ni assez poli, ni assez grand, il est « également loiu et de la sublimité de l’un, et de l’é- « légance de l’autre. Au reste, il ne faut pas confon- « dre les derniers discours de cet orateur avec les ■< premiers. A mesure qu’il avance, on voit que sou « siecle l'entraine; et de l’oraison funebre d’Anne « d'Autriche à celle de Turcnnc, il y a peut-être la « même distance que de Saint-Genêt à Ycnccslas (i) , « ou de Clitandre à Cinna.

« En général, Mascaron étoit né avec plus de gc- « nie que de goût, et plus d’esprit encore que degé- « nie. Quelquefois son ame s’élève ; mais, soit le dé- « faut dn temps, soit le sien, quand il veut être « grand, il trouve rarement l’expression simple. Sa « grandeur est plus dans les mots que dans les idées.

( I ) Deux tragédies de Kotrou.

» Trop souvent il retombe dans la métaphysique de « l’esprit, qui paroît une espece de luxe, mais un « luxe faux qui annonce plus de pauvreté que de ri- « chesse. Il est alors plus ingénieux que vrai, plus « lin que naturel. On lui trouve aussi de ces raisonci nements vagues et subtils qui se rencontrent si sou- « vent dans Corneille; et l’on sait combien ce lan- « gage est opposé à celui de la vraie éloquence. Son « plus grand mérite est d’avoir eu la connoissance « des hommes. Il a, dans ce genre, des choses seuil ties avec esprit, et rendues avec finesse. Ainsi, dans « l’oraisonfunebre de Henriette d’Angleterre , il dit, « en parlant des princes : Qu’ils s’imaginent avoir « un ascendant de raison comme depuissance; qu’ils « mettent leurs opinions an même rang que leurs « personnes, et qu'ils sont bien aises, quand on a « l’honneur de disputeravec eux, qu’on se souvienne « qu’ils commandent à des légions.

« Plus bas il ajoute : Que les g.ands ont une cer- « taine inquiétude dans l'esprit, qui leur fait tou- « jours demander une courte réponse à une grande a question.

« Il dit, en parlant du désintéressement de Tu- « renne : Que les l’abrice et les Camille se sont plus « occupés des richesses par le soin laborieux de s'en « priver, que M. de Turenne par l’indifférence d’en « avoir, ou de n’en avoir pas; et, en parlant de la « simplicité de ce grand homme : Qu'il ne se cachoit « point , qu’il ne se montroit point , qu’il étoit aussi » éloigné du faste de la modestie que de celui de « l’orgueil.

» Ou trouve dans cette dernière maison funèbre

« plus de beautés vraies et solides que dans toutes ■ les autres. Le ton en est éloquent, la marche en est « belle, le goût plus épuré. Il s’y rencontre moins « de comparaisons tirées et du soleil levant et du so- « leil couchant, et des torrents et des tempêtes, et “ des rayons et des éclairs. Il y est moins question « d’ombres et de nuages, d’astre fortuné, de fleuve « fécond , d’occan qui se déborde , d’aigle , d’aiglon , « d'apostrophe an grand prince ou à la grande prin- * cesse , ou a l’épée flamboyante du Seigneur , et tous «ces lieux communs de déclamation et d’ennui, « qu'on a pris si long-temps , et chez, tant de peuples , « pour delà poésie et de l’éloquence. »

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