‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 55 sur 58 · O K AIS O N FU IN EI$ RE · texte numérisé non relu

O K AIS O N FU IN EI$ RE

Mais l'épreuve la moins équivoque d’une venu solide, c'est l’adversité. Et quels coups, ô mon Dieu, ne prépariez-vous pas à sa constance! Ce grand roi que la victoire avoit suivi dés le berceau , et qui comptoit ses prospérités par les jours de son régné ; ce roi dont les entreprises toutes seules annouçoient toujours le succès, et qui, jusque-là , n’ayant jamais trouvé d’obstacle, n’avoit eu qu’à se délier de ses propres désirs ; ce roi dont tant d’éloges et de trophées publics avoient immortalisé les conquêtes, et qui n’avoit jamais eu à craindre que les écueils qui naissent du sein même de la louange et de la gloire ; ce roi , si long- temps maître des évènements, les voit, par une révolution subite, tous tournés contre lui. Les ennemis prennent notre place; ils n’ont qu’à se montrer, la victoire se montre avec eux; leurs propres succès les étonnent; la valeur de nos troupes a semblé passer dans leur camp ; le nombre prodigieux de nos armées en facilite la déroute; la diversité des lieux ne fait que diversifier nos malheurs ; tant de champs fameux de nos victoires sont surpris de servir de théâtre à nos défaites; le peuple est consterné ; la capitale est menacée ; la misere et la mortalité semblent se joindre aux ennemis; tous les maux paroissent réunis sur nous: et Dieu, qui nous eu préparoit les ressources, ne nous les raontroit pas encore; Denain et Landreeies él oient encore cachés dans les conseils éternels. Cependant notre cause étoit juste ; mais l’avoit-elle toujours été? et que sais-je si nos dernières défaites n’expioient pas l’équité douteuse ou l’orgueil inévitable de nos anciennes victoires?

DE LO t'I S-LE-GRAND. 23y Louis le reconnut; il le dit : « J’avois autrefois « entrepris la guerre légèrement, et Dieu a voit sem- « blé me favoriser : je la fais pour soutenir les droits " légitimes de mon petit-fils à la couronne d’Espa- « gne, et il m’abandonne; il me préparoit cette pu- « nition que j’ai méritée. » Il s’humilia sous la main qui s’appesantissoit sur lui; sa foi ôta même à ses ''malheurs la nouvelle amertume que le long usage des prospérités leur donne toujours : sa grande aine ne parut point émne ; au milieu de la tristesse et de l’abattement de la cour, la sérénité seule de son auguste front rassuroit les frayeurs publiques. Il regarda les châtiments du ciel comme la peine de l’abus qu’il avoit fait de ses faveurs passées; il répara par la plénitude de sa soumission ce qui pouvoit avoir manqué autrefois à sa reconnoissance. Il s’éloit peut-être attribué la gloire des évèueinenls ; Dieu la lui ôte, pour lui donner celle de la soumission et de la constance.

Mais le temps des épreuves n’est pas encore fini. Vous l’avez frappé dans son peuple, ô mon Dieu, comme David; vous le frappez encore comme lui dans ses enfants : il vous avoit sacrifié sa gloire, et vous voulez encore le sacrifice de sa tendresse.

Que vois-je ici! et quel spectacle attendrissant même pour nos neveux, qnand ils en liront l’histoire ! Dieu répand la désolation et la mort sur tonte la maison royale. Que de têtes augustes frappées ! que d appuis du trône renversés! Le jugement commence par le premier né : sa bonté nous promeltoit des jours heureux, et nous répandîmes ici nos prie rcs et nos larmes sur ses cendres cliercs et augustes.

*40 ORAISOW PUfrE B R E Mais il nous restoit encore de quoi nous consoler. I'.lles n’éloieut pas encore essuyées nos larmes ; et une princesse aimable (i), qui délassoit Louis des soins delà royauté, est enlevée dans la plus belle saison de son âge aux charmes de la vie, :i l'espérance d’une couronne, et à la tendresse des peuples, qu'elle commençoit à regarder et à aimer comme ses sujets. Vos vengeances, A mon Dieu, se préparent encore de nouvelles victimes: ses derniers soupirs souflieut la douleur et la mort dans le cœur de son royal époux (2). Les cendres du jeune prince se bâtent de s’unir à celles de son épouse ; il ne lui survit que les moments rapides qu'il faut pour sentir qu'il l’a perdue; et nous perdons avec lui les espérances de sagesse et de piété qui dévoient faire revivre le régné des meilleurs rois et les anciens jours de paix et d'innocence.

Arrêtez, grand Dieu : montrerez-vous encore votre colerect votre puissance contre l’enfant qui vient de naître? Voulez-vous tarir la source de la race royale? et le sang de Charlemagne et de saint Louis, qui ont tant combattu pour la gloire de votre nom , est-il devenu pour vous comme le sang d’Achab, et de tant de rois impies dont vous exterminiez tonte la postérité ?

Le glaive est encore levé, mes l'reres; Dieu esS sourd à nos larmes, à la tendresse et à la piété de Louis. Cette fleur naissante, et dont les premier»

( 1) Mort d’Adélaïde de Savoie. — (2) Mort du due de Bourgogne.

DE LOUIS-LE-GRAIN D. 241 jours étoient si brillants, est moissonnée (1); et si la cruelle mort se contente de menacer celui qui est encore attaché à la mamelle (2), ce reste précieux que Dieu votiloit nous sauver de tant de pertes , ce n’est qne pour finir cette triste et sanglante scene , par nous enlever le senl des trois princes (3) qui nous restoit encore pour présider à son enfance et le conduire ou l’affermir sur le trône.

Au ra ilieu des débris lugubres de son auguste maison, Louis demeure ferme dans la foi. Dieu souffle sa nombreuse postérité , et en un instant elle est effacée comme les caractères tracés sur le sable. De tous les princes qni l’environuoient , et qui forinoient comme la gloire et les rayons de sa couronne , il ne reste qu'une foible étincelle sur le point même alors de s’éteindre. Mais le fonds de sa foi ne peut être épuisé par ses malheurs ; il espere , comme Abraham , que le seul enfant de la promesse ne périra point : il adore celui qui dispose des sceptres et des couronnes, et voit peut-être dans ces pertes domestiques la miséricorde qui expie et qui achevé d’effacer du livre des justices du Seigneur ses anciennes passions étrangères.

Louis conserva donc à Dieu ttn cœur fidele : Gubernavit ad Dominum cor ipsius ; et c’est là le devoir essentiel de l'homme. Mais jusqu’où ne portat-il point son zele ponr l’Eglise, cette vertu des sou-

(1) Mort du duc de Bretagne , frère aîné de Louis XV, arrivée encore peu de jours après — (2) Le roi Louis XV lut alors à l’extrémité. — (3) Mort du ducdeBerri, 01» à* du roi Louis XV.

a.', a ORAISON FUNEBRE verains, qui n’ont reçu le glaive et la puissance que pour être les appuis (les autels et les défenseurs de sa doctrine? Tulit abomination.es impic.tatis.

Ici les évènements parlent pour moi ; et les plain tes séditieuses de l'hérésie chassée du royaume, qui ont si long-temps retenti dans toute l’Europe, et les clameurs des faux’ prophètes dispersés, qui sonnoient par-tout, à l’exemple de leurs pères, le signal de la guerre et de la vengeance contre Louis, oui fait avant nous l’éloge de son zele.

Spécieuse raison d’état, en vain vous opposâtes à Louis les vues timides de la sagesse humaine : le corps de la monarchie alfoibli par l'évasion de tant de citoyens; le cours du commerce ralenti ou par la privation de leur industrie, on par le transport furtif de leurs richesses; les nations voisines protectrices de l’hérésie, prêtes à s’armer pour la défendre. Les périls fortifient son zele; l’oeuvre de Dieu ne craint point les hommes; il croit même affermir son trône en renversant celui de l’erreur : les temples profanes sont détruits, les chaires de séduction abattues, les prophètes de mensonge arrachés des troupeaux qu'ils séduisoient, les assemblées étrangères réunies à l’assemblée des lideles. Le mur de séparation est ôté; nos freres viennent retrouver au pied de nos autels, avec les tombeaux de leurs ancêtres , les titres domestiques de la foi dont ils avoient dégénéré. Le temps, la grâce, l’instruction, achèvent peu à peu un changement dont la force n’obtient.' jamais que les apparences; et l ‘erreur, qui, née en France, sembloit y avoir jeté des racines éternelles ; et cette zizanie qui tant de fois

UE LOUIS-LE-GR AND. 243 avoit pensé étouffer parmi nous le bon grain; et l'hérésie, depuis si long-temps redoutable au trône par la force de ses places , par la foiblesse des régnés précédents forcés à la tolérer, par un déluge de sang français qu’elle avoit fait verser, par le nombre de ses partisans et par la science orgueilleuse de ses docteurs, par l’appui de tant de nations, et même par l’ancien souvenir et l’injustice de cette journée sanglante qui devroit être effacée de nos annales, que la piété et l’humanité désavoueront toujours, et qui, en voulant l’écraser sous un de nos derniers rois, ranima sa force et sa fureur, et fit, si je l’ose dire, de son sang , la semence de nouveaux disciples ; l’hérésie, à l'abri de tant de remparts, tombeau premier coup que Louis lui porte, disparoît, et est réduite on à se cacher dans les ténèbres d’où elle étoit sortie, ou à passer les mers, et à porter, avec ses faux dieux, sa rage et son amertume dans les contrées étrangères.

Heureuse si la soumission eût précédé les châtiments; si, au lieu de céder à l’autorité, elle n’eût cédé qu’à la vérité; et si ses sectateurs, contents la plupart d'obéir en apparence au souverain, n’eussent tiré d’autre avantage du zele de Louis que de laisser à leurs enfants et à leurs neveux le bonheur d'obéir aujourd'hui à l’Eglise! Mais enfin la France, à la gloire éternelle de Louis, est purgée de ce scandale : la eontagion ne se perpétue plus dans les familles : il u’y a plus parmi nous qu'un bercail et un pasteur; et si la crainte fit alors des hypocrites , l’instruction a fait depuis, de ceux qui sont venus après eux, de véritables fidèles.

Aussi , sous quelque couleur que l’erreur cherchât à reparoître, elle réveilloit également le zele et la piété de Louis. Vaines idées de perfectiou, qui, sous prétexte d’élever l’homiue jusqu’à Dieu, le laissiez font entier à lui-même, et lui faisiez de la pureté sublime de sa vertu la sûreté de son libertinage; nouveau système d'oraison, si inconnu à la simplicité de la foi, et qui mettiez l’acquiescement oiseux et le fanatisme de vos prières à la place des devoirs et des violences de l’évangile; doctrine impie et ridicule, qui cherchiez à persuader en secret que la priere , qui seule nous obtient la grâce de surmonter les tentations, nous donne elle-même le droit d'y succomber sans crime , Louis eut horreur de vos blasphèmes : il arma le zele de l’Eglise contre les piégés mystérieux que vous tendiez à la piété ; et le grand évêque (i) qui, pour démêler vos illusions, s’en éto.it presque laissé éblouir, plus séduit par son amour pour la priere que par les fausses maximes qui en abusoient , se joignit à la voix unanime des pasteurs contre lui-même, laissa un exemple à l’épiscopat qui sauverait à l’Eglise bien des scandales s’il éloit imité, et changea, par la candeur et la promptitude de sa soumission, les éclairs et les foudres de l’Église qui le menaçoient en une pluie abondante de grâces et de bénédictions pour lui : (2) l'ulgura in pluviam je cil.

Mais l’homme ennemi veille toujours pour semer des scandales dans le champ du Seigneur. La vérité

(1) M. de Fénélon, archevêque de Cambrai — (2) Ps. 1 3 i , 7.

DE LOUIS-LK-GRAÏND. 245 a triomphé de l’hérésie et du fanatisme ; mais la paix que nous attendions n'est point encore venue : Expectavimus pacem, et non erat bonum (t). Les mystère* de la grâce , où l’orgueil de l’esprit humain a si souvent échoué, échauffent de nouveau les esprits; les pasteurs de l’Eglise, qui, toujours unis entre eux, ne devroient jamais prendre les armes que contre les ennemis du dehors, se divisent, comme s’ils avoient des intérêts et des espérances différentes ; les esprits s’aigrissent , les disputes s’animent : ce n’est par-tout que trouble et que confusion. Grand Dieu! à quoi aboutiront ces dissentions funestes? Un siecle entier de contestations ne devroit-il pas en avoir enfin ralenti la fnreur? Les troupes des Philistins nous environnent: an lieu de nous réunir pour repousser les infidèles, c’est nous-mêmes qui leur fournissons des prétextes spécieux d’insulter aux armées du Dieu vivant. Mais laissons une matière dont le seul récit ne peut qu’aflligcr les enfants de l'Eglise qui ont quelque amour pour cette mere commune des fideles: il suffit à mon sujet de dire que Louis n’eut rien tant à cœur que de voir la concorde et l’union régner parmi les pasteurs; la foi maintenue dans la pureté; les fideles point partagés entre Paul, Apollon ou Céphas, mais uniquement attachés à Jésus-Christ et à son Eglise ; et que c’étoit là constamment le but de toutes ses démarches. Dieu ne lui a pas donné la consolation, avant de mourir, de voir finir nos tristes dissentions ; mais avec quelle douleur les voyoit-il se perpétuer dans son royaume 1

(i) Jehe.m. 9, t 5.

*'i<5 ORAISON FUNEBRE les malheurs de l'état le trouvoient constant : les troubles de la religion llétrissoient son cœur, et effacoient l'auguste sérénité de son visage; et dans le lit même de sa douleur et de sa mort, comme un autre Thcodose mourant, les maux de l’Église l’occupoient plus, le touchoient plus, que les horreurs de la mort dont il étoit environné : (i) Qui cùnt jnn corporc solvcrelur, magis de statu ccc/esiaram quant de sms periculis angcùatur.

Tout ce qui pouvoit avancer les intérêts de la religion devenoit un intérêt d’état pour lui. Avec quelle magnificence ouvroit-il son royaume et ses trésors à un roi (2) et à une reine pieuse , qui, pour avoir voulu faire remonter la foi sur le trône de leurs ancêtres , en avoient été eux-mêmes chassés ! Une na'ion vaillante, mais aussi orageuse que la mer qui l'environne, et accoutumée à donner de semblables spectacles à l’Euro ie, s’ébranle, s’agite , se soulevé, et jette hors de son sein ces sacrés dépôts. Louis, senl de tous les souverains, que cet outrage iutéressoit tous , court au-devant d’eux, les essuie du naufrage, offre un asile à la religion et à la royauté fugitives ; s’arme pour venger la majesté des rois et la sainteté de la foi, foulées aux pieds en leurs personnes ; attire surses états les fureurs d’une ligue redoutable, et les calamités d’une longue guerre qui n a pensé finir qu’avec la monarchie ; et

(1) S. Ambu, in orat. funeb. Theod. — (2) Le roi Jacques II, et la reine sa femme, chasses d’Amrlclcrrc , et réfugiés en France.

DE LOUIS- LE -OR A ND. 2/l7 s'il n’a pas eu la gloire de leur rendre leur couronne , il a eu le mérite d’exposer la sienne.

Mais si son zelepour la défense de la foi semi-doit croître et se ranimer avec son grand âge, rappelezvous quels furent ses soins pour le rétablissement de la piété en ccs jours de pécbé et de malice : Corroboravit pietatem in diebus peccatorum ; et c’est l’exemple que doit le pasteur et le pere de ses sujets.

Vous le savez, mes freres: la source de la régularité et de la pureté des moeurs publiques est toujours dans le zele et dans la sainteté des évêques, établis pour être la forme du troupeau, pour le sanctifier, et pour le conduire : aux soins et aux exemples des premiers pasteurs est presque toujours attaché le salut ou la perte des fidèles. Pénétré de cette vérité, quelles furent les attentions de Louis à choisir des ministres irrépréhensibles ! quelLes précautions ! quelle délicatesse de conscience ! Les témoignages les plus sûrs, les plus publics , pouvoient à peine suffire pour le lassurer dans scs choix. Plus effrayé que flatté de ce droit brillant attaché à sa couronne, il le regarda comme l’écueil îles rois, et le fardeau le plus pénible et le plus dangereux de la royauté. Les brigues, la faveur, la chair et le sang , n’étoient pas un droit auprès de lui pour posséder les places de l’Église, qui est le royaume de .lésus-Christ. Les services mêmes, la naissance, la longue suite d’ancêtres, ne lui paroissoieut pas une vocation suffisante an sacerdoce de Melchisedech , qui n’avoit point de généalogie. 11 étoit vivement persuadé que l’épiscopat n’étoit

pas une faveur temporelle destinée à gratifier les familles, mais uu dou céleste destiné à honorer l'Église eu lui donnant des ministres capables d'honorer leur ministère ; et l’exactitude de sa religion et de son zelc là-dessus alla peut-être (juelquefois plus loin même que celle des réglés.

Il vouloit que la puissance de son régné ne servit qu’à établir le régné de Dieu sur ses peuples. Quelle joie quand il voyoit quelqu’un de sa cour revenir des égarements des passions , et mener une vie conforme à la sagesse et à la piété de la sienne ! c'étoit pour lui comme une nouvelle conquête ajoutée à ses anciennes victoires. La vertu n'étoit plus un titre de dérision à la cour: c’étoit elle qui remplissoit les premières places, elle qui étoit comblée d’honneurs, elle enfin qui frayoit l’accès au trône et à la confiaucc du souverain.

Jours fortunés ! vous deviez ramener parmi nons le régné de la piété et de l’innocence ; et cependant jamais la malice n’a plus abondé ; et les faveurs royales accordées à la vertu n’eu ont peut-être rendu que les apparences estimables. Siecle pervers ! tout coopéré donc à ta perte : Si le prince oublie Dieu , il affermit et perpétue les vices : s’il favorise les justes, il multiplie les hypocrites.

Mais enfin Louis contraignit les œuvres de ténèbres à se cacher, et à ne plus insulter à la lumière : le désordre ne fut plus un bon air ; et s’il n’en arrêta pas le cours, il en ôta du moins l’ostentation et le scandale.

La licence d’un théâtre étranger, où, à la honte

DE LOUIS-LE-GRAND. 34 > des ruceurs publiques et de la politesse de la nation , les plus grossières obscénités assembloient les grands et le peuple , où le vice parloit un langage dont uotre langue même rougit , et où le sexe lui-même venoit publiquement applaudira des indécences qui étoient comme des insultes solennelles faites à sa pudeur; cette licence fut proscrite, et les débris de cette scene impure élcverent à la piété de Louis un monument plus immortel que les murs renversés de tant de villes conquises n’en avoient élevé à sa gloire.

En renversant les écoles du vice , quels asiles n'érigea-t-il point à la piété ? Vous l’apprendrez à nos neveux, édifice auguste (i), où la valeur réfugiée consacre au pied des autels les restes tronqués et languissants d’une vie tant de fois exposée pour l’état ! Vous l’apprendrez encore, maison sainte (2), où la naissance et la pauvreté dotée sauvent également l’innocence du sexe des périls, et sa noblesse de la honte et de l’indigence !

Que d’établissements pieux vois-je s’élever sous son régné, au milieu de la capitale et dans les provinces ! Le régné de Dieu croit et s'étend avec celui de Louis. Les jeunes ministres du sanctuaire reprennent , dans des maisons saintes que chaque pasteur éleve à l’en' i, ce premier esprit de science, de ferveur, de discipline, si déchu du temps de nos peres. Les forêts même se repeuplent de solitaires ; et , comme au temps des Machabées , plusieurs descendent daus le désert (3) , pour y chercher le

(1) llotel des Invalide». — fa) Maison de Saint-C.jr. — (3) La Trappe , cl Sept. Fonts.

iS

*3o ORAISON FUNEBRE jugement et la justice, parccque les maux et la corruption avoient inondé, et que Dieu n’étoit plus connu au milieu des villes : Tune dcscenderunt rnulti quœrcntes ÿidicium et justitiam in désertion, quoniam inundaverunt super eos ma/a (i). Des ouvrages infinis, remplis de doctrine et de lumière, paroissent pour aider à la piété des l'ideles. Nos neveux , qui , en remontant , retrouveront dans ce siècle les premiers monuments delà science et de la piété renouvelées, béniront le régné de Louis, recevront la grâce que nous avons rejetée, et puiseront dans ces secours dus à ses soins, et transmis d'âge eu âge, les règles des mœurs, la justice, et le salut , que nous n’avons pu trouver même dans scs exemples.

Qu’étoit-il réservé à une piété si fidele à Dieu , si zélée pour l’Église, si utile aux peuples, qu’une couronne de justice encore plus éclatante que celle qu’il avoit reçue de ses ancêtres, et une mort encore plus glorieuse à la grâce et plus héroïque que sa vie?

Non , mes freres : la source du véritable héroïsme et de l’ élévation des sentiments est dans la foi; le monde n’a jamais fait que de faux héros; et la mort, qui nous montre toujours tels que nous sommes, découvre enfin en eux, ou une foiblesse de timidité qui les déshonore, ou une ostentation de fermeté, encore plus foible et plus méprisable que leur frayeur, parcequ’elle est plus fausse.

Louis meurt en roi , en héros , en saint. Un soudain dépérissement ébranle d’abord les fondements,

( I ) I MacC. 9 , 90 , 3w.

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